Affaire des assistants parlementaires : "Le Monde" publie des échanges accablants pour le Rassemblement national

Marine Le Pen au Parlement européen à Bruxelles en Belgique, le 13 juin 2019. 
Marine Le Pen au Parlement européen à Bruxelles en Belgique, le 13 juin 2019.  (ARIS OIKONOMOU / AFP)

Le quotidien révèle les conversations par e-mails et SMS de plusieurs membres du parti. Elles semblent montrer qu'ils étaient au courant du système d'emplois présumés fictifs d'assistants parlementaires européens. 

Après ses bons résultats aux européennes, l'heure de la célébration paraît révolue pour le Rassemblement national (RN). Le Monde révèle, vendredi 14 juin, des conversations par e-mails et sms de plusieurs cadres du parti qui viennent ébranler la défense de Marine Le Pen dans l'affaire des assistants parlementaires européens présumés fictifs.

La présidente du RN est mise en examen depuis mi-mars dans ce dossier, aux côtés de Wallerand de Saint-Just et Louis Aliot pour "détournement de fonds publics" ou complicité. Les juges d'instruction soupçonnent le parti d'avoir fait rémunérer des assistants parlementaires de députés européens RN indûment par Bruxelles, alors qu'ils ne travaillaient que pour le parti. 

"Je ne rédige aucune note européenne pour Flo" 

Parmi les quatre échanges révélés par le quotidien, un SMS envoyé par Mickaël Ehrminger, ancien assistant parlementaire de Florian Philippot, semble confirmer les soupçons des enquêteurs. Dans son message, il s'inquiète que "le PE [Parlement européen] vérifi[e] de plus en plus l'activité des assistants européens. C'est vrai ? Si c'est le cas je suis dans la merde, je n'ai aucune "preuve de travail" (…) Je ne rédige aucune note européenne pour Flo, je n'ai pas accès à ses mails européens", écrit-il. 

Contacté à ce sujet, Florian Philippot explique à franceinfo : "L'assistant en question, à mi-temps pendant trois mois, s'occupait essentiellement de la gestion de mon courrier, d'appels et d'organiser des événements de groupe. Pas de 'notes'".  

Le quotidien cite également un courriel de l'ancien assistant parlementaire de Mylène Troszczynski, Julien Odoul, embauché début octobre 2014. "Serait-il possible que je vienne à Strasbourg demain pour voir comment se déroule une session au PE, rencontrer députés et assistants et faire la connaissance de Mylène Troszczynski à qui je suis rattaché ?" écrit-il le 10 février 2015, montrant qu'il n'avait donc toujours pas rencontré l'eurodéputée, cinq mois après son embauche. 

"On va se faire allumer"

Un autre échange semble montrer que ce système frauduleux était connu de Wallerand de Saint-Just, le trésorier du parti. Dans ce mail, Jean-Luc Schaffhauser (eurodéputé RN) lui écrit : "Ce que Marine nous demande équivaut qu'on signe pour des emplois fictifs… et c'est le député qui est responsable pénalement sur ses deniers, même si le parti en est bénéficiaire… ".

Je comprends les raisons de Marine mais on va se faire allumer car on regardera, c'est sûr, nos utilisations à la loupe avec un groupe si important. Je n'ai pas prévenu les autres du cadre légal car je créerais encore plus le bordel…Jean-Luc Schaffhauserà Wallerand de Saint-Just
Cité par "Le Monde"

Réponse du trésorier : "Je crois bien que Marine sait tout cela…"

Wallerand de Saint-Just reconnaît à franceinfo avoir reçu le 22 juin 2014 un e-mail de l'eurodéputé Jean-Luc Schaffhauser, sans y voir une quelconque faute de sa part : "Il nous demandait de faire attention pour ne pas commettre d'imprudences. Dans ma réponse, je lui ai expliqué que Marine savait tout cela, qu'elle n'avait pas l'intention de violer les règles", explique le trésorier du parti. 

Le préjudice causé par cette affaire est évalué par le Parlement européen à 6,8 millions d'euros entre 2009 et 2017, sur deux mandatures. Mais les investigations portent sur des faits remontant à 2014. L'enquête cible au total 17 députés et les contrats d'une quarantaine de collaborateurs. 

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