Municipales : le Front de gauche fonce-t-il dans le mur ?

Le coprésident du Parti de gauche, Jean-Luc Mélenchon, et le secrétaire général du Parti communiste, Pierre Laurent, lors du défilé du 1er mai 2013, à Paris.
Le coprésident du Parti de gauche, Jean-Luc Mélenchon, et le secrétaire général du Parti communiste, Pierre Laurent, lors du défilé du 1er mai 2013, à Paris. (MAXPPP)

L'alliance entre le PCF et le Parti de gauche de Jean-Luc Mélenchon, conclue en 2009, voit sa solidité menacée par la campagne des municipales.

Le navire Front de gauche continue à tanguer avant l'échéance des municipales. L'alliance entre le PCF et le Parti de gauche de Jean-Luc Mélenchon, nouée en 2009 avant la campagne des élections européennes, est mise à rude épreuve par la campagne. A Paris, où les communistes ont décidé de faire alliance dès le premier tour avec la socialiste Anne Hidalgo, la question du logo Front de gauche, revendiqué par les deux formations, a trouvé un épilogue tardif, le PCF décidant finalement de ne pas l'apposer sur les affiches de campagne.

L'affaire illustre le dilemme stratégique auquel se retrouve confrontée la gauche de la gauche. Deux ans après les 11,1% de Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle, le Front de gauche fonce-t-il dans le mur ?

Oui, le divorce est acté dans une ville sur deux 

S'allier ou pas ? Nouer des accords avec le PS ou monter des listes autonomes ? Au Parti de gauche, la réponse est claire : pour les municipales, l'objectif est de présenter un maximum de listes indépendantes du Parti socialiste. Au PCF, la stratégie est plus confuse : commune par commune, l'objectif est de rassembler au maximum "pour faire battre la droite et l'extrême droite" et avoir un maximum d'élus, explique-t-on au parti.

Résultat : dans la moitié des villes de plus de 20 000 habitants, soit 210 villes, le PCF a choisi de s'allier au PS dès le premier tour. C'est notamment le cas à Paris. Ailleurs, les communistes font liste commune avec les mélenchonistes et/ou les autres composantes du Front de gauche. Le Parti de gauche, lui, est en mesure de présenter des listes autonomes dans 75% des villes de plus de 20 000 habitants. Dans de nombreuses communes, candidats PG et PCF se retrouveront donc sur des listes concurrentes. Pire : à Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne), rapporte Le Parisien, le Parti de gauche local ne soutiendra pas le maire communiste sortant !

Oui, Mélenchon et le PCF ont des stratégies incompatibles

Rien d'étonnant à ce que ces élections municipales fassent voler en éclat l'unité du Front de gauche. La dimension locale du scrutin ne favorise pas les accords d'appareils nationaux. Surtout, communistes et mélenchonistes n'ont pas du tout les mêmes objectifs. D'un côté, le PCF, qui dirige près de 70 villes de plus de 10 000 habitants, dont 28 de plus de 30 000 habitants, cherche à conserver son socle d'élus, qui s'effrite d'année en année mais qui reste conséquent. En tout, 8 800 conseillers municipaux communistes remettent leur siège en jeu en mars. Le PCF a donc gros à perdre lors de ces élections, d'autant que les contributions versées par les élus représentent 13,8 millions d'euros, soit 38% des recettes du parti.

En nouant des alliances avec le PS, le Parti communiste s'évite ainsi des duels périlleux contre des socialistes qui auraient l'idée de venir leur ravir leur mairie. Une stratégie qui n'empêche pas le PS de présenter des candidats contre des maires communistes sortants, comme à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) ou Vénissieux (Rhône).

A l'inverse, le Parti de gauche, jeune parti né fin 2008, n'a pas grand-chose à perdre dans ce scrutin municipal. Dans les villes de plus de 30 000 habitants, la formation de Jean-Luc Mélenchon ne compte qu'un maire sortant, Simone Mathieu, à Viry-Châtillon (Essonne). Contrairement au PCF, le Parti de gauche ne se retrouve donc pas contraint à faire des appels du pied au PS. Bien au contraire.

Oui, le message anti-Hollande est brouillé

Au niveau national, les communistes disent toujours vouloir "organiser la résistance aux politiques d'austérité imposées par le Medef et le gouvernement". Mais sur le terrain, bon nombre de maires, tout en approuvant le message national et l'attitude des parlementaires communistes vis-à-vis du gouvernement, ne ressentent aucune gêne à s'allier avec des socialistes de leur ville.

Ce positionnement ambigu crée un flou quant au message politique envoyé par les communistes en cette période préélectorale. Fin décembre, en diffusant une vidéo de vœux au vitriol contre la politique de François Hollande, le PCF s'était attiré les foudres du premier secrétaire du PS, Harlem Désir. En porte-à-faux, les dirigeants communistes avaient dû plaider "l'humour" pour faire passer la pilule.

Le Parti de gauche, lui, ne s'embarrasse pas de tant d'états d'âme. Avec une remarquable constance, Jean-Luc Mélenchon et ses amis multiplient les diatribes contre François Hollande et les "solfériniens" au pouvoir. Et s'interrogent sur l'attitude de leurs alliés communistes. "Il y a un devoir d'honnêteté : on ne peut pas faire une manifestation contre le ministre le samedi, et aller voter pour lui le dimanche. Le ministre ou ses avatars, c'est-à-dire tous ceux qui le soutiennent", explique le leader du PG depuis plusieurs mois.

"Les municipales, c'est une élection nationale avec une déclinaison locale", avance Eric Coquerel, secrétaire national du parti, interrogé par francetv info. L'occasion de tester localement la construction d'une "majorité alternative", comme à Grenoble, où le Parti de gauche s'est notamment allié à EELV contre la liste PS-PCF. Dans certaines villes, le Parti de gauche s'est même allié au Nouveau Parti anticapitaliste.

Non, le Front de gauche va se ressouder aux européennes 

Eprouvé par le scrutin municipal, le Front de gauche a une bonne occasion de se ressaisir avec les élections européennes, qui se tiennent en mai. Scrutin défouloir par excellence, l'échéance s'annonce d'ores et déjà désastreuse pour le PS, qui pourrait terminer derrière l'UMP et le FN. "Nous espérons être en tête de la gauche", avertit même Eric Coquerel.

Sur la même longueur d'onde pour s'opposer au libéralisme de Bruxelles, les deux formations pourraient bénéficier d'un mode de scrutin favorable (la proportionnelle) et d'une campagne nationale qui leur garantira davantage de lisibilité. D'un côté comme de l'autre, on se projette déjà dans l'après-municipales. Nul n'ose imaginer que les deux partis puissent partir en ordre dispersé aux européennes.

Avant d'en arriver là, communistes et mélenchonistes devront recoller les morceaux. Mi-février, le Parti de gauche a posé deux conditions avant d'entamer les négociations pour la constitution des listes aux européennes. La première – le retrait du logo du Front de gauche des affiches d'Anne Hidalgo – a été acceptée par le PCF. Le parti de Jean-Luc Mélenchon demande également aux communistes de s'engager à ne pas s'allier avec les socialistes lors des régionales et des cantonales de 2015. La réponse se fait encore attendre.