Le maire communiste, une espèce en voie de disparition ?

En 1977, le Parti communiste comptait près de 1 500 maires en France. A la veille des élections municipales de 2014, leur nombre a fondu de moitié. Mais sur le terrain, les élus communistes résistent.

Depuis 1977, l'érosion est continue. A son apogée, le Parti communiste comptait près de 1 500 maires à travers la France. A la veille des élections municipales de 2014, leur nombre a fondu de moitié, comme le montre ce graphique réalisé grâce aux données compilées par l'historien Roger Martelli dans L'archipel communiste. Une histoire électorale du PCF (Editions sociales, 2008). La tendance est encore plus marquée dans les grandes villes : à la tête de 73 villes de plus de 30 000 habitants en 1977, ils n'en dirigent plus, quatre décennies plus tard, que 28.

En 1983, le PCF conquiert plusieurs dizaines de communes rurales, mais perd de nombreuses villes moyennes. Les deux élections suivantes, en 1989 et 1995, marquent un recul généralisé, tant en ville qu'à la campagne. En 2001 et 2008, la chute se poursuit, mais elle est atténuée par les succès de candidats "apparentés" (non encartés) proches du PCF. Aujourd'hui, les maires communistes et apparentés n'administrent plus que 5,6% de la population française.

Le déclin se poursuivra-t-il en 2014 ? Certains maires communistes sortants joueront gros les 23 et 30 mars. A Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), seule ville de plus de 100 000 habitants encore détenue par le Parti communiste, Didier Paillard va devoir faire face à la concurrence du député socialiste Mathieu Hanotin. Le PS présente aussi des candidats à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis),Vénissieux (Rhône), Vaulx-en-Velin (Rhône), Gardanne (Bouches-du-Rhône) et Chevilly-la-Rue (Val-de-Marne). D'autres villes pourraient tomber entre les mains de la droite voire du Front national, comme Brignoles (Var).

Un déclin moins prononcé qu'au niveau national

Pourtant, le déclin subi par le Parti communiste au niveau local est sans commune mesure avec la dégringolade enregistrée lors des élections nationales. Et en 2008, lors d'un cru certes exceptionnel pour la gauche, le PCF est parvenu à enrayer une chute qui paraissait alors inexorable.

Malgré ses déboires nationaux, le PCF a réussi à conserver plusieurs bastions, la plupart situés en banlieue parisienne (l'ex-"banlieue rouge"), en banlieues lyonnaise et grenobloise, dans le Nord-Pas-de-Calais, ainsi que dans le département des Bouches-du-Rhône. "Cette puissance relative du PCF à l'échelon local s'explique notamment par les stratégies d'autonomisation des élus. Depuis les années 1990, les élus et candidats proches du PCF ne mettent pas en avant leur lien avec le parti lors des campagnes électorales et ils ont pris leurs distances avec l'appareil national. Ils se présentent de manière relativement individuelle et n'ont donc pas trop souffert du déclin de l'image du PCF dans l'opinion", explique le sociologue Julian Mischi dans une interview à francetv info.

Les élections municipales de mars auront valeur de test pour un PCF écartelé entre deux stratégies. La première consiste à s'allier avec le PS pour garder un maximum d'élus. La seconde, partir sous les couleurs du Front de gauche avec les partisans de Jean-Luc Mélenchon, est plus dévastatrice en termes d'élus. Mais elle a le mérite de susciter un renouvellement et un rajeunissement chez les militants communistes.