Pourquoi François Hollande est-il en voyage officiel à Cuba ?

Le président François Hollande arrive à l\'aéroport Jose Marti, à La Havane, le 10 mai 2015.
Le président François Hollande arrive à l'aéroport Jose Marti, à La Havane, le 10 mai 2015. (ADALBERTO ROQUE / AFP)

Le président de la République est le premier chef d'Etat occidental à se rendre sur l'île depuis l'annonce du dégel des relations avec les Etats-Unis.

Sa visite est historique et le chef de l'Etat ne s'en cache pas. "J'arrive ici à Cuba avec beaucoup d'émotion, car c'est la première fois qu'un président de la République française vient à Cuba. C'est aussi un symbole d'être le premier chef d'Etat occidental à participer à l'ouverture de Cuba et à accompagner Cuba dans cette mutation", a déclaré François Hollande, à son arrivée à La Havane, dimanche 10 mai, après une tournée dans les Antilles.

Pour faire un grand "coup diplomatique"

Avant son arrivée sur l'île déjà, François Hollande a reconnu que cette étape cubaine était "d'une certaine façon historique", même si "Raul et Fidel Castro ont bien sûr déjà rencontré des présidents français""Moi-même, j'ai rencontré Raul Castro en Afrique du Sud, aux obsèques de [Nelson] Mandela" fin 2013, a-t-il rappelé.

L'idée de ce voyage, "c'est que la France soit la première au nom de l'Europe et parmi les pays occidentaux à pouvoir dire aux Cubains que nous sommes à leur côté s'ils décident eux-mêmes de franchir les étapes nécessaires vers l'ouverture", a expliqué François Hollande à des journalistes, avant d'arriver à La Havane, dimanche soir.

Libération estime que le président a mené ce "coup diplomatique" pour "permettre aux entreprises françaises de prendre leurs marques avant la levée de l'embargo américain sans froisser Washington, l'allié historique. Tout en damant le pion à Barack Obama en mettant les pieds sur l'île en premier." Ce que le quotidien résume d'un "Hollande vend du rêve et rêve de vendre".

Pour "se positionner" sur le marché cubain

Première "étape nécessaire", l'ouverture du marché. "Le jour où les Etats-Unis lèveront l'embargo (...), ça va créer un appel d'air phénoménal" et il s'agit "de se positionner", souligne l'entourage de François Hollande. "Depuis 1991, la France vote chaque année la résolution de l'Assemblée générale de l'ONU pour la levée de l'embargo", relève aussi Paris. Le président et le ministre des Affaires étrangères voyagent avec les dirigeants de quelques grandes entreprises françaises, dont certaines sont déjà présentes sur l'île.

"On n’est pas là pour vendre des Rafale", plaisante un proche du président, cité par RFI. La France exporte déjà à Cuba des céréales, des engrais agricoles et du matériel de transport, précise la radio. Une soixantaine d'entreprises sont présentes sur l'île, dont Bouygues, Air France, Total et Pernod-Ricard, premier investisseur français à Cuba sous sa marque Havana Club. Le rhum représente d'ailleurs la moitié des exportations vers la France.

Mais l'île a désormais besoin d'infrastructures, notamment dans le domaine des transports et des communications, d'où la présence dans le cortège des dirigeants de la SNCF et d'Orange.

Pour évoquer (un peu) les droits de l'homme ?

En 2003, dans Le Nouvel Observateur, François Hollande critiquait violemment la "dictature" castriste. Une tribune brandie aujourd'hui par les opposants au régime pour dénoncer la "trahison" du président français. En marge de son déplacement en Guadeloupe, Hollande explique qu'il était à l'époque de son "devoir" de défendre la "liberté des droits". "Ça reste vrai comme président", a-t-il pris soin d'ajouter, mais le chef de l'Etat veut croire que le régime "a changé". "Raul Castro prépare une transition", assure le président.

Toutefois, François Hollande assure que le sujet des droits de l'homme, thème sur lequel le régime cubain est toujours régulièrement ciblé, sera "nécessairement évoqué". "Je parlerai des droits de l'homme, car, chaque fois qu'il y a des prisonniers politiques, chaque fois qu'il y a des manquements à la liberté, la France ne reste pas bouche cousue", a-t-il insisté.

Son premier geste lundi matin est d'ailleurs de remettre la légion d'honneur au cardinal Jaime Ortega, chef de l'Eglise catholique cubaine, détenu dans un camp de travail dans les années 1960. Un modéré qui a notamment joué un rôle de médiation pour favoriser la libération de prisonniers politiques en 2010. Mais le programme officiel de la visite ne prévoit aucune rencontre avec les opposants du régime Castro.

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