Naturalisation de 28 tirailleurs sénégalais à l'Élysée : "Ils ont toujours attendu que la France leur rende hommage"

François Hollande salue un vétéran durant une cérémonie de naturalisation d\'anciens tirailleurs sénagalais, à l\'Elysée, le 15 avril 2017.
François Hollande salue un vétéran durant une cérémonie de naturalisation d'anciens tirailleurs sénagalais, à l'Elysée, le 15 avril 2017. (GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP)

Près d'une trentaine de tirailleurs sénégalais ont été naturalisés par le président de la République samedi. Une reconnaissance "tardive" pour l'historien Pascal Blanchard. 

François Hollande a présidé samedi 15 avril, à l'Elysée, une cérémonie de naturalisation de 28 anciens tirailleurs sénégalais, ces hommes qui ont combattu dans les rangs de l'armée française de la fin du XIXe siècle jusqu'aux guerres coloniales. Ils seraient un millier encore en vie aujourd'hui. "Ils ont toujours attendu que la France leur rende hommage", a déclaré ce samedi sur franceinfo Pascal Blanchard, historien spécialiste du fait colonial.

franceinfo : Cette reconnaissance de l'engagement des tirailleurs sénégalais n'est-elle pas un peu tardive ?

Pascal Blanchard : Bien sûr qu'elle est tardive. On aurait aimé qu'elle se fasse plutôt au début du quinquennat, au moment des commémorations de la Seconde Guerre mondiale ou du centenaire de la Première Guerre mondiale. Ça n'a pas été considéré par les derniers présidents de la République comme une priorité.

Maintenant, ces tirailleurs sénégalais ne sont plus très nombreux, ce n'est plus qu'une commémoration symbolique.Pascal Blanchardà franceinfo

Il y a quelques années, il y aurait eu peut-être beaucoup plus d'impact financier au niveau des retraites et des pensions. On a peut-être perdu, à cause de cela, une relation majeure qui existait entre la France et l'Afrique.

Il y a pourtant eu le film "Indigènes", en 2006, qui posait déjà la question des soldats issus de l'empire colonial...

Bien sûr, Rachid Bouchareb [le réalisateur] a permis, à travers ce film, que les retraites et les pensions soient revalorisées. Mais vous vous rendez compte : il faut que des cinéastes viennent faire prendre conscience à nos politiques qu'il faut simplement mettre l'Histoire à l'endroit. Normalement, ce serait le rôle de nos hommes politiques. On se retrouve, à chaque fois, par rapport à l'Histoire coloniale, dans ce décalage entre les attentes de la société et les faits de l'Histoire. Nous n'avons même pas encore un musée d'histoire coloniale pour rendre hommage à ce passé, pour mieux faire connaitre cette histoire pour les enfants de France.

Il y a aujourd'hui un millier d'anciens tirailleurs sénégalais encore en vie, certains vivent dans des conditions difficiles. Ils ne se sont jamais révoltés contre le pouvoir français ?

Non. Ils ont toujours attendu parce qu'ils ont toujours considéré qu'en tant que soldats, ils avaient servi la France et donc ils attendaient que la France, naturellement, leur rende hommage. Mais cet hommage n'a jamais eu lieu. Ils ne sont pas passifs face à l'Histoire, ils sont juste désabusés. Ils ont toujours attendu que ce pays, qui leur a promis beaucoup, leur donne tout simplement leur dû. Ils ont donc été respectueux, et c'est peut-être nous qui avons eu tort de ne pas assez prendre conscience de ce qu'on devait à ses hommes.

"On aurait aimé qu'une grande cérémonie ou un grand hommage soit rendu par la nation à ces combattants qui ont combattu aux côtés des Français", Pascal Blanchard, historien.
--'--
--'--

Vous êtes à nouveau en ligne