Gendarme, tentures et solitude du "roi des Français" : l'Elysée vu par des journalistes réfugiés dans "Libération"

François Hollande inaugure le campus Jourdan, qui abrite des locaux de l\'Ecole normale supérieure et de l\'Ecole d\'économie de Paris, le 23 février 2017, à Paris.
François Hollande inaugure le campus Jourdan, qui abrite des locaux de l'Ecole normale supérieure et de l'Ecole d'économie de Paris, le 23 février 2017, à Paris. (STEPHANE DE SAKUTIN / AFP)

Le quotidien publie mardi un portrait du président de la République écrit par une Syrienne et deux Iraniens.

"La France vue par ceux qui, d'habitude, n'ont pas la parole." Ainsi Libération explique-t-il son édition spéciale du mardi 7 mars : un journal entièrement rédigé par des réfugiés. Trois d'entre eux, la journaliste syrienne Anmar Hijazi, le consultant iranien Hamze Ghalebi et le journaliste iranien Roohollah Shahsavar, ont rédigé le portrait qui clôt le journal. Intitulé "Résident de la République", il est consacré à François Hollande. Qu'est-ce qui a le plus surpris ces reporters étrangers dans leur rencontre à l'Elysée avec le chef de l'Etat ?

Le "képi" du gendarme

Premier cliché qui ravit les trois invités, le couvre-chef à la De Funès du gendarme leur ouvrant "la lourde porte" de l'Elysée. "Est-ce la faute à son képi, son uniforme, ses grosses lunettes ou à la forme de son visage ? En tout cas, il nous a immédiatement remémoré les dessins animés français que l’on pouvait regarder quand on était enfant, en Syrie ou en Iran. (...) Une image un peu décalée, amusante et caricaturale que l’on pouvait avoir de la France." Et ils confient, pour une fois, avoir été "contents" de donner leurs papiers d"identité.  

Le "palais" du "roi des Français"

Autre éblouissement, les fastes de l'Elysée. Le pays ne serait-il pas, au fond, resté monarchique, malgré la Révolution ? "Pour un palais, c’est un palais, écrivent-ils. Celui du roi des Français pendant cinq ans. Tentures, chandeliers, statuettes… toute la majesté d’un passé que l’on sent glorieux est là."

"Un beau stylo" pour lui, "un Bic" pour eux

Annoncé par un huissier, le président de la République se montre "immédiatement chaleureux". Mais un indice trahit son rang : "Il s’installe le dos à la cheminée. Devant chaque bloc-notes a été disposé un simple Bic. Mais lui a le droit a un beau stylo."

Un homme "seul", qui "ne peut pas le dire"

Ont-ils percé le mystère Hollande ? Non, avouent-ils. L'homme leur a livré "des analyses" là où ils attendaient des "émotions", trouvant toujours une "porte de secours" pour s'échapper. Mais le vrai secret ne serait-il pas celui d'un homme seul en son palais ? "Un autre François Hollande est tout d’un coup apparu à la table. Humain. Fragile. Déjà un peu mélancolique. Quand il dit qu’il ne se sent pas seul, on entend tous le contraire. Est-ce à cause du timbre de sa voix ? De la position de ses épaules ? Du regard qui tombe un peu plus ? Son corps a semblé nous dire l’inverse de ses mots. 'Je suis seul, mais je ne peux pas vous le dire car je suis toujours président de la République.' Voilà ce que l’on a compris.

Vous êtes à nouveau en ligne