Affaire Fillon : pour la presse étrangère, "Monsieur Propre n'existe plus"

Le candidat des Républicains à l\'élection présidentielle, François Fillon, lors d\'un meeting à Paris, le 29 janvier 2017.
Le candidat des Républicains à l'élection présidentielle, François Fillon, lors d'un meeting à Paris, le 29 janvier 2017. (ANTHONY MICALLEF / HAYTHAM-REA)

Depuis le début des révélations, la presse internationale se montre sévère à l'égard du candidat de la droite à l'élection présidentielle, qu'elle juge décrédibilisé.

Ces derniers jours, François Fillon a encore droit aux gros titres de la presse étrangère. Mais cette fois, ce n'est plus pour décrire, comme c'était le cas fin novembre, ce "Thatcher français", "sérieux", "catholique assumé", qui a remporté haut la main la primaire de la droite face à Nicolas Sarkozy et Alain Juppé. Depuis que l'ancien Premier ministre est soupçonné d'avoir offert à son épouse Penelope un emploi fictif d'attachée parlementaire pendant huit ans, la presse internationale se montre au contraire très sévère à son égard, le jugeant – pour certains titres – totalement décrédibilisé.

"Dans d'autres pays, la pression à sa démission aurait été immédiate"

Il y a encore quelques jours, François Fillon était vu à l'étranger comme le "père la morale", celui qui "s’est toujours félicité de n’avoir jamais été mis en examen, contrairement à ses principaux rivaux de droite", rappelle le quotidien suisse Le Temps. Et puis patatras, le voilà à son tour cerné par les affaires, au point de se retrouver aujourd'hui "sur la sellette". Et il ne peut s'en prendre qu'à lui-même, poursuit le journal helvète, qui balaie d'un revers de main l'idée d'un "tribunal médiatique" ou d'un "lynchage" dont serait victime l'ancien Premier ministre. François Fillon n’est pas "déstabilisé par la presse", "mais par des révélations qui le mettent en porte-à-faux avec sa posture de candidat intègre".

Le Temps observe d'ailleurs que "dans d’autres pays européens, la pression à sa démission aurait été immédiate". En particulier au Royaume-Uni, où The Independant ne semble "pas surpris que François Fillon n'ait pas interrompu sa campagne présidentielle". Pourquoi ? Parce que "la fraude est une habitude dans la politique française" et que "l'aisance avec laquelle des représentants élus peuvent écarter d'un revers de main des accusations bien étayées, selon lesquelles ils remplissent leurs poches avec de l'argent public, est véritablement stupéfiante".

"Si une telle affaire éclatait au Danemark ou ailleurs en Scandinavie, le candidat serait cuit depuis longtemps, estime lui aussi Bjørn Willum, correspondant à Paris de la Radio-télévision danoise, interrogé par Courrier International. Au Danemark, on a du mal à expliquer aux auditeurs comment ce candidat peut continuer à faire campagne."

"Il y a quelques soucis en matière de communication dans son équipe"

Si certains journaux étrangers veulent bien entendre les explications de François Fillon, encore faudrait-il qu'elles soient claires. "Il n'a pas apporté de réponse convaincante", juge le quotidien autrichien Der Standard. "Fillon va devoir apporter des réponses convaincantes pour remettre sa campagne sur les rails", observe le magazine américain Politico.

"Il y a définitivement quelques soucis en matière de communication au sein de l’équipe Fillon", égratigne aussi Le Soir, en Belgique, qui parle de "bourdes" à répétition de la part de ses proches. Pour le journal italien La Repubblica, "François Fillon est maintenant soupçonné de ne pas être mieux que Sarkozy". En clair, il est vu comme "quelqu'un qui a pendant des années bénéficié du système qu'il prétend vouloir combattre".

Terminé, donc, le candidat de "l'intégrité, l'honnêteté et la transparence", tranche le journal allemand Die Welt : "Il a perdu toute crédibilité." "Toute cette polémique a torpillé sa stratégie", abonde le Spiegel. Toujours outre-Rhin, le Frankfurter Allgemeine Zeitung va même plus loin : "Monsieur Propre n'existe plus", écrit le quotidien en gros titre.

"Ce scandale entache ses aspirations élyséennes"

A trois mois de l'élection présidentielle, peu de journaux étrangers l'imaginent en tout cas se relever. Tout simplement parce que "ce scandale entache ses aspirations élyséennes", constate en Espagne El Pais. D'ailleurs, le "Penelope Gate" a "déjà causé des dommages dans la campagne", estime La Repubblica. "L'affaire a déjà un impact sur sa popularité", rappelle d'ailleurs le Taggespiegel en Allemagne, en citant un sondage Odoxa réalisé pour franceinfo.

Le problème, écrit Le Temps, c'est que "son image est atteinte tant que les investigations judiciaires se poursuivent" et que les électeurs vont se retrouver "toujours plus nombreux à douter", enclenche de son côté La Repubblica, qui voit déjà un "gagnant" dans cette affaire : "Les populistes de droite, comme Marine Le Pen". Pour eux, cela s'apparente à "un cadeau de campagne". "François Fillon devait barrer la route à Marine Le Pen" ? Avec ce scandale, "ses chances s'amenuisent", acquiesce en Allemagne le Spiegel.

Mais aux Etats-Unis, Politico rappelle que la présidente du Front national pourrait néanmoins rester discrète sur cette affaire : "Elle ne voudra peut-être pas attirer l'attention sur le fait qu'elle et plusieurs parlementaires du Front national font actuellement l'objet d'une enquête pour abus d'assistants parlementaires au Parlement européen – une affaire qui ressemble beaucoup à celle de François Fillon."

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