Juppé à Toulouse contre Fillon à Lyon : un combat par meetings interposés

Des partisans de François Fillon assistent à son meeting, le 22 novembre 2016, à Chassieu (Rhône), près de Lyon.
Des partisans de François Fillon assistent à son meeting, le 22 novembre 2016, à Chassieu (Rhône), près de Lyon. (JEAN-PHILIPPE KSIAZEK / AFP)

Mardi soir, les deux finalistes de la primaire de la droite se sont rendus coup pour coup, dans un duel à distance, à 500 km l'un de l'autre.

Deux jours après la surprise du premier tour de la primaire de la droite, Alain Juppé et François Fillon étaient chacun en meeting, mardi 22 novembre, respectivement à Toulouse (Haute-Garonne) et à Lyon (Rhône). Alors que le ton de la campagne s'est subitement durci ces dernières heures, les envoyés spéciaux de franceinfo comptent les points.

Le casting

Côté Alain Juppé. Un Jean-Pierre Raffarin en maître de cérémonie, distribuant la parole avec panache. Un Jean-François Copé venu crânement expliquer pourquoi, fort de ses 0,3% du premier tour, il choisit Alain Juppé plutôt que François Fillon. Une Nathalie Kosciusko-Morizet, gagnante à l'applaudimètre, qui voit dans le maire de Bordeaux le seul capable de porter son projet de "nouvelle France". Pas plus de cinq minutes chacun : les prises de paroles sont courtes. Seule l'épouse d'Alain Juppé, Isabelle, qui parle pour la première fois derrière un pupitre, dispose de plus de temps pour expliquer, avec délicatesse, pourquoi elle croit en lui. "Il me rassure, il sait écouter mais aussi décider avec détermination", déroule-t-elle au micro, avant de laisser la parole à son mari.

Côté François Fillon. Ils se sont écharpés, critiqués, provoqués, mais se sont rabibochés. Depuis qu'il est arrivé en tête du premier tour de la primaire, François Fillon compte de nouveaux amis. Il y a d'abord Bruno Le Maire, l’un de ses anciens adversaires désormais allié. Il est monté le premier sur scène, pour lui souhaiter "de devenir président de la République en 2017". Puis c’est Laurent Wauquiez, président par intérim du parti Les Républicains, qui s’est installé quelques minutes à la tribune : "On te reproche d’être de droite ? Quelle horreur !" s’est moqué ce fidèle de Nicolas Sarkozy, avant de laisser la place à l’homme de la soirée.

Les supporters

Côté Alain Juppé. Une salle plus petite mais bien garnie laisse en général une meilleure impression qu'un immense espace partiellement vide. Pour le premier de ses deux meetings d'entre-deux-tours, Alain Juppé a choisi une salle plutôt modeste d'un millier de places, toutes occupées. En partie grâce au renfort de quelque 200 militants en provenance de son fief de Bordeaux, de loin les plus bruyants. Côté slogans, du très classique ("Juppé président") et quelques tentatives peut-être inspirées par la proximité d'un stade de foot ("Qui ne saute pas n'est pas Juppé !").

Côté François Fillon. Les organisateurs du meeting ont sûrement vu trop grand. Il y avait 8 000 places, mais un tiers des chaises sont restées vides. "Parce que Lyon joue ce soir en Ligue des champions !" assure un militant. Chacun des 6 000 participants a reçu un drapeau français à l’entrée, qu'il était de bon ton d'agiter à tout-va. Globalement, ambiance chaude, bruyante. Beaucoup de "François président", qu'ont aussi entonné les quelques militants de Nicolas Sarkozy et de Bruno Le Maire qui s’étaient glissés dans la salle. Parmi les invités qui ne sont pas passés inaperçus : Madeleine de Jessey, figure de proue du mouvement Sens commun, issu de La Manif pour tous.

Le style

Côté Alain Juppé. Les circonstances ont radicalement changé depuis dimanche. Avec un retard de 16 points à rattraper sur son rival, Alain Juppé se doit de faire feu de tout bois. Dans un mélange de décontraction et d'amertume face au résultat inattendu du premier tour, il tente de faire bonne figure : "Une surprise peut en cacher une autre : dimanche prochain, nous allons gagner !" lance-t-il à ses partisans. Après une campagne de premier tour lors de laquelle il s'est contenté de gérer son avance sans faire de vagues, Alain Juppé cogne désormais son rival, auquel il accole le plus souvent possible le nom de l'épouvantail Nicolas Sarkozy, et dont il juge le programme "brutal".

Côté François Fillon. Lui n'a pas changé de style. Offensif et autoritaire, comme toujours. Sur son visage, pas un seul sourire. Il a en revanche tapé fort sur "François Hollande, qui nous laisse une France en dépôt de bilan", et sur son adversaire de dimanche : "Alain me reproche de", "Alain juge que"... A l’applaudimètre, ce sont les thèmes de la famille et de l’école qui sortent largement gagnants. Il a redit être favorable au "retour de l’universalité du quotient familial", et "à la réécriture du droit de la filiation mis à mal par le mariage pour tous". En revanche, pas un mot sur la polémique du jour lancée par son rival Alain Juppé sur l'avortement.

La punchline

J'ai vérifié Madame Thatcher, c'était 1979-1990. Ce n'est pas vraiment l'avenir !Alain Juppéen meeting à Toulouse

Souvent attaqué sur son âge, Alain Juppé s'en prend au modèle auquel se réfère le camp Fillon, en la personne de l'ancienne Première ministre britannique. Et tente de prouver que la modernité, c'est lui. Sur quarante minutes de discours, un gros quart d'heure a été entièrement consacré à attaquer François Fillon. "Notre vision de la société n'est pas exactement la même", attaque-t-il, critiquant la "France nostalgique de l'ordre ancien" prônée, selon lui, par son concurrent. 

Je trouve singulièrement piquant qu’on m’accuse d’être droit dans mes bottes !François Fillonen meeting à Lyon

François Fillon visait là encore Alain Juppé. Il lui a d'ailleurs chipé cette expression d'être "droit dans mes bottes". C'était l'un des qualificatifs utilisés par Alain Juppé pour se décrire quand il était Premier ministre. 

Le moral des troupes

Côté Alain Juppé. Bien sûr, ils ne le disent pas ouvertement. Mais tous savent qu'une victoire d'Alain Juppé dimanche prochain est devenue hautement improbable. Après le résultat sans équivoque du premier tour, ses partisans concèdent que le favori est devenu l'outsider. Dans le public, on tente par tous les moyens de se persuader que le second tour sera une autre bataille. "Si Fillon a fait ce score, c'est parce que les gens de gauche ont voté pour lui pour virer Sarkozy. Puisqu'il n'est plus là, ils ne viendront pas voter au deuxième tour !" veut croire Sabine. Annie, une autre militante, pense pour sa part que "tout se jouera lors du débat de jeudi" et que "Fillon peut se faire piéger".

Côté François Fillon. Dans le Rhône, François Fillon a évité les pièges de l’excès de confiance. Il a joué la carte de la continuité et de la prudence, sans jamais en rajouter. L’ancien Premier ministre ne veut "surtout pas" crier victoire avant dimanche. Le statut de grand favori ? Ça ne l'intéresse pas, dit-il : "Nous avons gagné la première manche, mais je ne me laisse pas emporter par les vivats et les pronostics d’un microcosme qui m’enterrait il y a deux mois."