Comment François Fillon a (légèrement) édulcoré son projet sur la santé

François Fillon, à Romilly-sur-Seine (Aube), le 7 février 2017.
François Fillon, à Romilly-sur-Seine (Aube), le 7 février 2017. (FRANCOIS NASCIMBENI / AFP)

Très critiqué à ce sujet à l'issue de la primaire de la droite, le candidat des Républicains a remodelé son programme de santé. Sans toutefois revenir sur le fond de ces propositions.

Sortir des affaires et relancer sa campagne. Comme d'autres candidats à la présidentielle, François Fillon planche sur son programme en matière de santé, mardi 21 février, lors d'un "grand oral" organisé par la Mutualité française. Même s'il ne renonce à "rien", selon Le Figaro, il gomme dans une interview au Parisien les aspects les plus polémiques de son projet tel qu'il l'avait formulé pendant la primaire de la droite. Et émet quelques propositions nouvelles censées le rendre plus attractif. Passage en revue.

Sur la prise en charge par la Sécurité sociale

Avant. Dans son programme pour la primaire de droite, qui était encore en ligne en décembre 2016, François Fillon écrivait en toutes lettres vouloir focaliser "l'assurance publique universelle sur des affections graves ou de longue durée, et l'assurance privée sur le reste". En clair, la Sécurité sociale ne s'occupait plus que des maladies graves, baptisé "panier de soins solidaire". Aux mutuelles et assurances complémentaires d'assurer "le petit risque", qu'il restait à définir.

Bien qu'effacée, la proposition est restée gravée dans les mémoires... et sur internet, comme en témoigne cette capture d'écran publiée par un journaliste spécialisé.

Après. La notion d'"affection de longue durée" disparaît du programme santé fillonniste. Ce qui ne signifie pas que le candidat renonce à son idée, arguments à l'appui. Dans Le Parisien, François Fillon rappelle qu'aujourd'hui, "l'assurance-maladie rembourse globalement 76% des dépenses de santé, mais cela recouvre des différences avec, d'un côté, les personnes en affection longue durée remboursées à ce titre à 100%, et d'autres dépenses de santé moins bien prises en charge".

Dans son projet, assure-t-il, "le niveau de prise en charge des dépenses de santé par l'assurance-maladie ne diminuera pas". Le député de Paris affirme que la "proportion" des dépenses prises en charge par la Sécurité sociale ne bougera pas, sans pour autant s'engager à une couverture identique des soins. Qui prendra en charge les "20 milliards d'économies" promis par le candidat sur les dépenses publiques de santé ?

En terme de couverture supplémentaire par l'assurance-maladie proprement dite, François Fillon prend un seul engagement : "dès 2017, l'assurance-maladie prendra en charge à 100% les lunettes pour enfants". Comme le relève L'Obs, c'est une réponse à Emmanuel Macron, qui promet pour sa part le remboursement à 100% des soins d'optique, d'audition et dentaires.

Sur le rôle des mutuelles et complémentaires

Avant. François Fillon entendait confier aux mutuelles et complémentaires l'ensemble du "petit risque", la Sécurité sociale se limitant aux maladies graves. La ministre de la Santé, Marisol Touraine, avait estimé que ce projet ferait exploser le coût des mutuelles.

Après. Sur le fond, François Fillon ne cède rien, et entend bien consolider la place des complémentaires. Pendant son quinquennat, François Hollande lui a d'ailleurs ouvert la voie avec la généralisation d'une complémentaire santé pour tous les salariés. Il avait promis en 2015 sa généralisation aux retraités, rappellent Les EchosLe candidat de droite lui emboîte le pas : "Pour les retraités les plus modestes, assure-t-il au Parisien, je veillerai à augmenter les aides à l'acquisition d'une complémentaire santé." C'est la seule catégorie mentionnée. Pour les autres, il se contente d'affirmer qu'une agence de garantie veillera "à ce que les cotisations n'augmentent pas abusivement".

Des complémentaires pour payer quoi ? François Fillon ne se hasarde plus à tracer une ligne de partage électoralement risquée entre "gros" et "petit" risque. A la fin de son quinquennat, s'il est est élu, "l'objectif", affirme-t-il, "est d'aboutir à un reste à charge 0 pour les audioprothèses, l'optique, les prothèses dentaires et les dépassements d'honoraires qui sont aujourd'hui à l'origine de nombreux renoncements aux soins". Le tout "grâce à un nouveau partenariat entre la Sécurité sociale et les organismes complémentaires".

"A  charge 0", mais pour un patient bénéficiant de quelle couverture santé ? Et de quel type de mutuelle, sachant que des différences considérables existent entre les différentes offres des complémentaires ? Le candidat ne le précise pas.

Sur la prévention

Avant. Le projet publié en décembre mentionnait déjà l'importance de la prévention, notamment en matière d'addictions ou d'obésité.

Après. Dans son interview au Parisien, François Fillon formule une proposition très concrète. Il annonce qu'il instaurera, s'il est élu, "une consultation de prévention longue et gratuite tous les deux ans, pour tous les Français, assurée par les médecins généraliste qui seront rémunérés en conséquence". Au passage, le candidat offre un petit cadeau aux médecins : le rendez-vous sera facturé entre 35 et 45 euros, contre 23 pour une consultation classique.

Sur le temps de travail dans les hôpitaux

Avant. Dans le programme établi pour la primaire de droite, "sa mesure phare pour l'hôpital, c’est le retour aux 39 heures, payées 35", notait fin 2016 le site Allodocteurs.

Après. "Pour dégager du temps, le retour progressif aux 39 heures sera négocié au niveau local". Dans le nouveau projet santé de François Fillon, la rédaction a été adoucie sur la forme et l'augmentation du temps de travail s'accompagne d'une "contrepartie""mieux rémunérer le personnel hospitalier".

Il est désormais question d'"associer plus étroitement l'ensemble du personnel hospitalier (médecins, soignants et administratifs) pour améliorer la gouvernance hospitalière et l’organisation quotidienne de l’hôpital public" : "Cette démarche opérationnelle devra intégrer le retour à un temps de travail hebdomadaire de 39 heures que nous mettrons en œuvre dans l’ensemble de la fonction publique".

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