Election présidentielle : l'impossible campagne de François Fillon

François Fillon visite le Salon international de la machine agricole à Villepinte (Seine-Saint-Denis), le 28 février 2017.
François Fillon visite le Salon international de la machine agricole à Villepinte (Seine-Saint-Denis), le 28 février 2017. (HAMILTON / REA)

Englué dans l'affaire des emplois présumés fictifs de son épouse et de deux de ses enfants, le candidat de la droite et du centre ne parvient pas à se faire entendre. En dépit des tentatives de contre-offensives.

François Fillon n'y arrive plus. Au tout dernier moment, mercredi 1er mars, et sans même prévenir ses plus proches soutiens, le candidat de la droite a décidé de reporter de quelques heures son déplacement au Salon de l'agriculture. A la place, l'ancien Premier ministre a choisi de s'exprimer depuis son QG de campagne, pour annoncer sa convocation chez les juges le 15 mars, en vue d'une très probable mise en examen.

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Malgré cette stratégie – qui consiste à accuser tour à tour le gouvernement, les médias et les juges –, le report de cette visite très attendue est ô combien symptomatique des terribles difficultés que connaît François Fillon pendant cette campagne. Incapable de faire oublier l'affaire des accusations d'emplois fictifs de son épouse Penelope et de ses enfants, le candidat de la droite demeure inaudible lorsqu'il s'agit de faire de nouvelles propositions.

Le bruit des casseroles

Depuis la fin janvier et les premières révélations du Canard enchaîné, François Fillon semble fuir le contact des Français sur le terrain. Et pour cause : à chaque fois qu'il apparaît publiquement, le candidat sait qu'il s'expose au bruit des casseroles des membres de la CGT ou des militants de Jean-Luc Mélenchon, à l'image de ce meeting à Compiègne (Oise) le 16 février, de cette visite mouvementée à Tourcoing (Nord), le 17 février, ou encore le 24 février lors de son meeting à Maison-Alfort (Val-de-Marne).

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Pour l'équipe de François Fillon, contraint de passer par des portes dérobées et de choisir des terrains sécurisés, la campagne de terrain devient un calvaire. Afin de minimiser les risques, ses conseillers ont choisi d'organiser des déplacements éclairs, comme mardi lorsqu'il s'est rendu au Salon international de la machine agricole à Villepinte (Seine-Saint-Denis). Fuyant quelques invectives du public, il a effectué une visite au pas de course, en moins d'une heure, à tel point que certains de ses soutiens avaient du mal à suivre. "Il faut qu'il aille au contact des gens. Ça ne sert à rien de traverser les allées à toute vitesse comme cela", s'agace d'ailleurs un parlementaire dans Le Figaro.

Lundi à Meaux (Seine-et-Marne), l'ancien Premier ministre n'a pas non plus pris le risque de se confronter à l'humeur des gens. Entre un passage par les locaux de la police municipale, une table ronde avec des acteurs locaux soigneusement choisis, une déambulation au musée de la Grande Guerre et dix petites minutes à la Maison du brie de Meaux, François Fillon n'a pris aucun risque, avec une visite très cadrée, sur les terres de Jean-François Copé. "L'agenda était très chargé, cela n'a pas permis de prévoir une rencontre avec les citoyens", tente de justifier un proche du député-maire.

Résultat, pas de casseroles cégétistes, même si des adolescents de passage n'ont pas épargné l'ancien Premier ministre. "Fillon, rends le pognon !", a ainsi lancé un jeune homme. Le candidat, lui, s'est contenté de sourire aux journalistes qui l'interrogeaient sur les affaires et de se réfugier auprès d'une poignée de militants des Républicains venus à sa rencontre. Quelques légers "Fillon, président" scandés par ses sympathisants n'ont pas suffi à effacer l'image d'un candidat coupé du terrain. "Et pourtant, à la fin, son équipe était vraiment soulagée, c'était surprenant. Ils nous ont dit que c'était le meilleur déplacement depuis longtemps", confie-t-on dans l'entourage de Jean-François Copé.

Une communication en crise

Au milieu des polémiques, il est devenu difficile de rester audible sur le fond. Le candidat a pourtant bien tenté, sur les conseils de Nicolas Sarkozy, de reprendre la main en lançant des propositions fortes. Il a par exemple avancé l'idée d'un abaissement de la majorité pénale à 16 ans. Mais même la meilleure communication de crise – en l'occurrence, celle de la papesse de la com' Anne Méaux – échoue face au déroulé de l'enquête judiciaire. "Elle a été parasitée, cette campagne. Il n'arrivait plus à s'exprimer sur les thèmes", constate mercredi sur France 2 Brice Teinturier, directeur général délégué de l'institut Ipsos.

Cette pression plonge par ailleurs l'équipe de campagne du candidat dans un certain désarroi. "On ne sait pas où on va. On n'a aucun élément de langage, aucune réflexion sur l’image, sur la communication en général", déplorait auprès de franceinfo un membre de l'équipe mi-février. 

Maintenant, pour chacun de ses déplacements, on en est même à repérer toutes les issues de secours possibles, au cas où ça tournerait mal.Un membre de l'équipe de campagne de François Fillondans "Le Parisien"

"C'est plutôt le genre de dispositif que l'on fait pour un président en fin de mandat, quand les réformes douloureuses sont passées...", analyse cette même source dans Le Parisien.

Des soutiens de plus en plus timides

Le Monde évoquait il y a quelques semaines la réticence de certains élus locaux à accueillir le candidat, en citant l'exemple de Limoges. La municipalité a depuis démenti cette information, évoquant un simple problème de calendrier. "François Fillon était, est et sera toujours le bienvenu", explique à franceinfo l’entourage du maire. Du côté des militants, certains affichent publiquement leur défiance depuis plusieurs semaines. "Nous, on est des quartiers populaires, alors c'est compliqué d'aller leur dire que c'est François Fillon qu'il nous faut", expliquait mi-février un militant à France 2.

S'il maintient sa candidature, le Front national sera à la tête du pays l'année prochaine.Jérôme Sourisseau, maire UDI de Bourg-Charenteà France 2

Plusieurs élus et ténors du parti semblent aussi au bord de la crise de nerfs. Mercredi matin, après l'annonce du report de la visite de François Fillon au Salon de l'agriculture, certains s'interrogent sur la possibilité d'un renoncement, quand d'autres évoquent à nouveau des négociations autour d'un fameux "plan B".

Le coup de grâce est finalement porté par Bruno Le Maire : peu après la déclaration de François Fillon, l'ancien candidat à la primaire de la droite a annoncé sa décision de quitter ses fonctions au sein de l'équipe de campagne. Dans son communiqué, le chantre du "renouveau" emploie des mots particulièrement sévères à l'égard du candidat de la droite.

Je crois au respect de la parole donnée. Elle est indispensable à la crédibilité de la politique.Bruno Le Mairedans un communiqué de presse

Dans la foulée, plusieurs proches de Bruno Le Maire, comme Arnaud Robinet et Franck Riester, se sont également mis en retrait de la campagne. "François Fillon parle d'assassinat (...), moi j'assiste plutôt à un suicide collectif", a expliqué le député-maire de Reims sur franceinfo.

Lâché par sa propre famille politique

L'UDI a également annoncé son retrait de la campagne par la voix de Jean-Christophe Lagarde, son président. Des sarkozystzes commencent aussi à quitter le navire, comme Catherine Vautrin, une des vice-présidentes de l'Assemblée nationale. Dans un message acerbe sur Twitter, le député Sébastien Huyghe a pour sa part fait référence à la phrase de François Fillon, qui se demandait pendant la campagne de la primaire : "Qui imagine le général de Gaulle mis en examen ?"

Depuis un mois, le candidat Fillon passe donc plus de temps à se défendre ou à réclamer l'unité dans son camp, qu'à faire campagne sur le terrain. Comme le déplorait il y a quelques jours Pierre Lellouche : "Cette campagne est incroyablement difficile. Elle est jouable, mais il faut qu'on arrive à refaire campagne." Désormais, le député de Paris demande le retrait de François Fillon et le report de l'élection présidentielle...

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