Affaire Fillon : l'ancienne procureure dit avoir subi des "pressions" de sa hiérarchie, des responsables politiques s'en émeuvent

Penelope et François Fillon au palais de justice de Paris lors de leur procès, le 10 mars 2020.
Penelope et François Fillon au palais de justice de Paris lors de leur procès, le 10 mars 2020. (THOMAS SAMSON / AFP)

Eliane Houlette, qui a depuis quitté la tête du Parquet national financier, a affirmé devant des parlementaires se poser des "questions" sur le contrôle "étroit" exercé par le parquet général, lui-même sous l'autorité directe du ministère de la Justice.

"On ne peut que se poser des questions, c'est un contrôle très étroit et c'est une pression très lourde". L'ancienne cheffe du parquet national financier (PNF) a affirmé avoir subi des "pressions" lors de l'enquête sur les soupçons d'emplois fictifs visant François Fillon, en 2017, venues de son instance de tutelle, le parquet général. Eliane Houlette, qui a pris sa retraite en 2019, a fait ces déclarations lors de son audition par une commission parlementaire mercredi 10 juin (visionnable en ligne), avant qu'elles soient repérées par Le Point.

Face à la commission d'enquête parlementaire sur l'indépendance de la justice, Eliane Houlette a réaffirmé avoir décidé en toute indépendance d'ouvrir, en janvier 2017, une enquête préliminaire visant les époux Fillon après les révélations du Canard enchaîné, alors que François Fillon était en campagne pour l'élection présidentielle.

Mais elle explique avoir reçu de sa hiérarchie "des demandes de transmission rapide" sur les actes d'investigation ou les auditions réalisées dans le cadre de cette enquête, dans des délais inhabituellement courts et en nombre particulièrement important.

Aucune incitation directe d'un ministre

Elle affirme également avoir été convoquée par le parquet général, le 15 février 2017, pour lui demander d'ouvrir une information judiciaire : "Le choix procédural que j'avais adopté ne convenait pas. On m'engageait à changer de voie procédurale, c'est-à-dire à ouvrir une information judiciaire. J'ai reçu une dépêche du procureur général en ce sens".

Eliane Houlette a affirmé aux députés avoir d'abord refusé cette demande, estimant ne pas avoir "les éléments pour le faire", avant de se convaincre elle-même de la nécessité d'ouvrir une information judiciaire, ce qu'elle a finalement fait le 24 février 2017.

Autant d'éléments que l'ex-procureur dit avoir vécus comme une "pression du parquet général", placé sous la tutelle directe du ministère de la Justice. En revanche, elle a assuré à la commission d'enquête qu'aucun des ministres qui se sont succédé lorsqu'elle était à la tête du PNF "ne [l]'ont interrogée ou [l]'ont incitée à agir ou à ne pas agir dans des dossiers particuliers".

Vives réactions de LR, LFI et du RN

Le procès en correctionnelle de François Fillon et son épouse Penelope s'est tenu en mars 2020, et le jugement est attendu le 29 juin.

Le parti Les Républicains, qui a souvent dénoncé une "instrumentalisation" de la justice dans l'affaire Fillon, a évoqué des accusations "extrêmement graves".

Le leader de La France Insoumise Jean-Luc Mélenchon a réagi à ces déclarations sur Twitter, tout comme la présidente du Rassemblement national Marine Le Pen. Les deux partis sont actuellement visés par des enquêtes du Parquet national financier.

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