Ce que pense Emmanuel Macron des exigences de François Bayrou

Face à face entre Emmanuel Macron et François Bayrou, réalisé le 22 février 2017.
Face à face entre Emmanuel Macron et François Bayrou, réalisé le 22 février 2017. (JOEL SAGET / AFP)

Le président du MoDem a annoncé, mercredi, qu'il ne se présentera pas à la présidentielle. Il propose une alliance avec le candidat d'En marche !, mais sous conditions. Franceinfo a testé la "macronpatibilité" du maire de Pau.

C'est la fin d'un suspense qui durait depuis quelques jours. Non, François Bayrou ne sera pas candidat à sa quatrième élection présidentielle. Le président du MoDem a annoncé sa décision, mercredi 22 février, lors d’une conférence de presse au siège de son parti. "Parce que le risque est immense", dit-il, en raison d'une possible "flambée de l'extrême droite". A la place, le maire de Pau propose de s'allier à Emmanuel Macron... à condition que ce dernier accepte quatre exigences. 

1Une "véritable" alternance politique

Ce que demande Bayrou. Le maire de Pau est pour une "véritable" alternance politique. Emmanuel Macron doit savoir, dit-il, que "ce qui est attendu de cette majorité nouvelle par les Français et par nous-mêmes, le grand courant du centre français", c'est "un vrai changement des pratiques et des orientations, et non pas un recyclage des pratiques antérieures".

Ce que dit Macron sur le sujet. Dans un entretien accordé à L'Obs, début novembre, il déplorait "le clivage gauche-droite" calqué sur "des paramètres de l’ancien modèle", et "plus adapté aux vrais défis du pays". Lui ne croit "pas du tout à la logique de l’alternance, celle dans laquelle le système politique s’est enfermé pour survivre, et qui implique que les grands partis traditionnels se succèdent mécaniquement". Au contraire, il est persuadé que "la recomposition politique" qu'il porte "pourra changer les choses". 

2Une loi de moralisation de la vie publique

Ce que demande Bayrou. Il souhaite "expressément" que le programme d'Emmanuel Macron comporte une loi de moralisation de la vie publique, notamment sur la lutte contre les conflits d'intérêts. "Je refuse, comme j’ai refusé toute ma vie, que de grands intérêts prennent la vie publique en otage. Je ne céderai rien sur la séparation nécessaire de la politique et de l’argent", a-t-il souligné. 

Ce que dit Macron sur le sujet. Lors d'un déplacement à Strasbourg, le 4 octobre dernier, l'ancien ministre de l'Economie avait posé la question : "Peut-on imaginer se présenter au suffrage des Français quand sa probité a été mise en cause ?" Dans son viseur notamment, "la prise illégale d'intérêts", "un manquement à la probité". Il s'interrogeait alors : "Comment peut-on incarner l'Etat, donner des leçons à tout le monde, commencer à constituer son gouvernement et envisager, en s'étant rendu coupable de telles fautes, de dire aux Français qu'on sera garant de leurs règles ?" Emmanuel Macron propose donc de contraindre chaque ministre et chaque président à présenter son casier judiciaire avant sa prise de fonction. 

3La proportionnelle aux prochaines législatives

Ce que demande Bayrou. lI réclame l'introduction de la proportionnelle aux élections législatives. "Il faut un changement pour notre démocratie pour que le pluralisme, qui est la véritable expression du pays, soit enfin respecté au sein de notre vie publique et au sein du Parlement", explique-t-il. Selon lui, il n'est pas normal que "les deux tiers des citoyens n'aient aucune représentation alors que le tiers restant, les deux partis qui gouvernent la France sans interruption depuis des décennies, trustent la totalité de cette représentation".

Ce que dit Macron sur le sujet. Il s'est déclaré plusieurs fois favorable à une meilleure "hygiène démocratique". Parce qu'il y a "un doute dans la capacité de ce système à représenter la société, dans sa complexité, dans sa diversité". La proportionnelle, expliquait-il en octobre dernier, "il faut l'introduire à l'Assemblée", "et de façon massive au Sénat". 

4La défense des salaires

Ce que demande Bayrou. Il demande que tout soit fait pour défendre les salaires. "Je souhaite qu'il soit clair que la France résistera à la pente universelle qui cherche à réduire sans cesse la rémunération du travail, indépendant ou salarié. La France, c'est une vision du monde, une vision de résistance à la loi du plus fort."

Ce que dit Macron sur le sujet. C'est toujours le flou autour de son programme économique. Mais sur France Inter, le 1er février, il a quand même annoncé vouloir transformer le RSA. "Aujourd'hui, le lissage n'est pas bon. Quand vous rentrez dans le travail avec un smic à temps partiel ou un smic et que vous étiez au RSA, vous n'avez pas la prime d'activité, vous n'êtes pas incité forcément à travailler" en raison d'un gain marginal "trop réduit". Selon les calculs de l'ancien ministre de l'Economie, cela équivaudrait à une augmentation d'environ "100 euros par mois" pour une personne payée au smic aujourd'hui.