FN-UMP, entre tentation et répulsion

(Philippe Wojazer Reuters)

Le Front national, créé le 5 octobre 1972, fête ses quarante ans vendredi. Crise de la quarantaine oblige, le parti se cherche, écartelé entre Jean-Marie Le Pen, hostile au compromis, et sa fille, Marine, en quête d'alliances. Des alliances tentantes pour une partie de l'UMP, taboues pour l'autre.

40 ans, l'âge de la maturité. Le parti groupusculaire des débuts, devenu quadra, a un "plan de carrière" désormais très clair : les élections municipales et régionales de 2014 pour un maximum d'élus locaux. Dans cet objectif, le FN a entrepris de "professionnaliser son personnel militant, de se donner une culture de gouvernement ", analyse Sylvain Crépon, sociologue et spécialiste du FN à l'université de Paris-Nanterre. Et de nouer des alliances avec la droite classique.

Opération séduction vers l'UMP

Ce changement de stratégie au FN date de 2002. Jean-Marie Le Pen accède alors au second tour de la présidentielle, en devançant Lionel Jospin de 400.000 voix. Mais si près du but, il se voit rejeter massivement. Pour Marine Le Pen, le parti doit changer. Elle s'entoure de jeunes frontistes et entreprend de dédiaboliser le parti. "L'objectif, c'était de montrer le FN comme un parti crédible et apte à gouverner, notamment en se détachant des compromissions de l'extrême droite ", selon Sylvain Crepon.

Cette stratégie entre réellement en oeuvre quand Marine Le Pen est désignée présidente du parti au congrès de Tours, le 16 janvier 2012. "Son arrivée à la tête de la PME familiale permet de rallier au FN ceux que la figure de son père repoussait ", affirme le sociologue. Et l'entreprise de banalisation se poursuit. Il est désormais question de changer le nom du FN pour une appellation plus lisse, moins frontale, comme "Génération Marine". Objectif : amadouer une certaine frange de l'UMP. Même si la patronne du FN a prévenu mercredi sur LCP : "Je ne vais m'allier qu'avec ceux qui à l'UMP n'ont plus rien à faire ". 

La stratégie fait son chemin 

Reste que sa stratégie paye. Le FN ne fait plus aussi peur à droite. En témoigne un sondage OpinionWay paru jeudi dans Le Figaro . Il indique que près d'un sympathisant de l'UMP sur trois est favorable à une alliance avec le FN dans la perspective des prochaines élections. Pourtant, officiellement, la ligne reste inchangée : "Nous ne ferons jamais le moindre accord avec le FN ", déclarait Jean-François Copé mercredi. Le secrétaire général de l'UMP, tout à sa campagne pour la présidence du mouvement, marche dans les pas de Nicolas Sarkozy qui avait remporté la présidentielle en 2007 en chassant sur les terres du FN.

Jean-François Copé se fait le héraut d'une "droite décomplexée ", n'hésitant pas à emprunter des thématiques identifiées frontistes. C'est d'ailleurs sur l'attitude à adopter devant une éventuelle confrontation FN-PS qu'il se distingue le plus clairement de son rival François Fillon, assumant un "ni-ni" tandis que l'ancien Premier ministre affirme : "Je suis contre le FN. Je vote contre le FN, point ". Une ligne qu'il a toujours tenue.

Refuser les alliances UMP-FN ? "De l'hypocrisie totale" (C. Vanneste)

Il n'empêche, une brèche est ouverte. Dans laquelle se sont déjà engouffrés quelques représentants de l'UMP, tels Roland Chassain, se désistant à Arles en juin dernier pour laisser le FN seul affronter le socialiste Michel Vauzelle, ou Christian Vanneste, l'ancien député UMP, devenu président du Rassemblement pour la France : "C'est de l'hypocrisie totale. Que l'on fasse cesser cette barrière stupide face à un FN qui s'est assagi ".

Pour Christian Vanneste, ces possibles alliances vont même dans le sens de l'histoire : "L'émergence d'une droite large arrivera forcément un jour ". Et de citer en exemple l'alliance entre Berlusconi et Gianfranco Fini en Italie qui avaient formé un seul courant de droite en 2009. "Si on tolère Mélenchon, on doit tolérer Le Pen , plaide-t-il. Pourquoi ce brusque privilège donné à l'extrême gauche et refusé à ce qui n'est même plus l'extrême droite ? "

Le FN a-t-il réellement changé ?

Le parti de Marine Le Pen s'est-il donc assagi, comme l'affirme Christian Vanneste ? "Pas autant que ce qu'on dit dans le programme de Marine Le Pen , nuance le sociologue Sylvain Crépon. La question du nationalisme est toujours là. Et la sauce identitaire est la pierre angulaire du programme ".

Si à l'UMP, quelque uns plongent, d'autres voient se refermer le piège. Le député Dominique Bussereau met en garde : "Si l'UMP passait des accords avec le FN, ça remettrait en cause son projet, sa morale, ses idées et ce serait mortifère au plan électoral, car une partie de l'électorat centriste fuirait -et elle aurait bien raison ". 

L'opposition de Jean-Marie Le Pen

Le FN pourrait-il d'ailleurs changer, devant le travail de sape de Le Pen père, qui semble chercher lui à torpiller un éventuel rapprochement avec l'UMP. Certes, sur i-Télé, l'ancien candidat à la présidentielle, a déclaré jeudi que des alliances seraient "logiques " dans ce système majoritaire à deux tours. Mais, selon le politologue Stéphane François interrogé par Atlantico , il ne faut pas s'y tromper : "Il semble vouloir s'immiscer dans les débats au sein de l'UMP , analyse-t-il, avec sa stratégie de communication habituelle qui ne laisse pas place au compromis : diviser et éclater l'UMP, mais aussi et surtout réduire à néant un potentiel accord politique entre les deux formations ". 

"Le Rassemblement Bleu Marine, c'est pour les tièdes" (JM Le Pen)

Son discours, ce vendredi, se fait d'ailleurs plus clair. Interrogé par leJDD.fr , l'ancien président du FN ironise : "Laissez venir à nous les petits hommes politiques ". Et de moquer le Rassemblement Bleu Marine : "C'est pour les tièdes. Les chauds vont au FN "

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