Une deuxième journée non payée pour financer la dépendance : trois questions sur la "piste" envisagée par Macron

Le président de la République, Emmanuel Macron, lors de son interview sur Mediapart et BFMTV, le 15 avril 2018 à Paris. 
Le président de la République, Emmanuel Macron, lors de son interview sur Mediapart et BFMTV, le 15 avril 2018 à Paris.  (FRANCOIS GUILLOT / AFP)

L’idée fait son chemin. Après la ministre de la Santé, c'est le chef de l'Etat lui-même qui a évoqué l'hypothèse d’un nouveau jour férié travaillé, dimanche soir.

"C'est une piste." Interrogé lors d'une émission spéciale organisée par BFMTV et Mediapart, dimanche 15 avril, Emmanuel Macron a expliqué ce qu'il pensait de la création d'une nouvelle journée de solidarité. Calquée sur le modèle du lundi de Pentecôte mis en place en 2004, elle constituerait une deuxième journée de travail non rémunérée, pour aider à la prise en charge des personnes âgées dépendantes et handicapées. Franceinfo vous résume l'idée en trois questions.

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1Pourquoi une deuxième journée de solidarité ?

La ministre des Solidarités et de la Santé est la première à avoir évoqué cette hypothèse. C'était jeudi 12 avril sur l'antenne de RMC. Ce jour-là, Agnès Buzyn a rappelé que "toutes les pistes existent" face au vieillissement de la population et à l'augmentation du coût de la dépendance des personnes âgées. "Toutes", même une nouvelle journée de solidarité, comme celle mise en place par le gouvernement en 2004 quelques mois après la canicule meurtrière qui a frappé le pays.

Jean-Pierre Raffarin avait inventé la journée de solidarité active, le lundi de Pentecôte (...). On pourrait imaginer avoir deux lundis de Pentecôte travaillés. Agnès Buzyn, ministre de la Santésur RMC

Dimanche 15 avril, Emmanuel Macron s'est dit à son tour ouvert à l'idée lors de son interview sur BFMTV et Mediapart "Est-ce que ça a bien marché la dernière fois ? Je ne suis pas contre, je pense que c'est une piste intéressante, il faut le regarder (...) Ça peut être une option", a répondu le chef de l'Etat aux journalistes Jean-Jacques Bourdin et Edwy Plenel.

2Combien pourrait-elle rapporter ?

Pour les salariés, cette journée de solidarité se matérialise le plus souvent par une journée de travail supplémentaire, non rémunérée. L'argent est reversé à une caisse de solidarité spéciale. Son nom : la Caisse nationale de solidarité pour l'autonomie (CNSA). Depuis sa création il y a quatorze ans, la journée de solidarité a déjà permis de rapporter près de 30 milliards d’euros à l'Etat, selon la CNSA qui gère le dispositif. Plus de 2,3 milliards d'euros, rien que l’an dernier. Les recettes de la CNSA sont ensuite destinées à financer les aides aux personnes âgées et handicapées : formation des personnes employées à domicile, création d'établissements médicosociaux... 

Une deuxième journée permettrait donc logiquement d'augmenter cette enveloppe... mais pas de la doubler. Interrogé par Le HuffPost, le député LREM Olivier Véran, spécialiste des questions de santé et rapporteur général de la Commission des affaires sociales, précise que "la mesure ne rapporterait que 2 milliards d'euros, alors que les besoins devraient avoisiner près de 8 milliards."

3Quelles sont les réactions ?

Le président de la Confédération française des retraités applaudit cette piste de réflexion. "Ce n'est pas une nécessité, mais c'est une piste intéressante puisque s'il y a déjà une première journée consacré à cela, cette deuxième journée vient renforcer le financement de la prise en charge des personnes âgées", explique Pierre Erbs sur RMC.

C'est certainement une bonne chose !Pierre Erbs, président de la Confédération française des retraitéssur RMC

Ce n'est pas ce que pense Pascal Champvert. Selon le président de l'Association nationale des directeurs au service des personnes âgées, ce serait de toute façon "largement insuffisant" pour changer les choses en profondeur. "Si on veut que les professionnels cessent de s'épuiser à domicile ou en établissement, il faut qu'ils soient respectés, il faudra beaucoup plus de 1,5 milliard. C'est plutôt 10 milliards ! On voit bien que c'est la cinquième semaine de congés payés qu'il faudrait supprimer", s'emporte-t-il sur RMC.

Les responsables politiques aussi ont des doutes sur l'intérêt de cette deuxième journée de solidarité pour financer la dépendance. "On va encore rendre la vie plus difficile à ceux qui travaillent, regrette Clémentine Autain, la députée de La France insoumise, lundi 16 avril, sur franceinfo. 

Ça n'est absolument pas la réponse. La réponse est de sortir de l'austérité budgétaire.Clémentine Autain, députée de La France insoumisesur franceinfo

Rien n'est acté pour le moment. La ministre de la Santé souhaite d'abord "un débat sociétal, avec notamment les élus", avant de "proposer une solution d’ici à la fin de l’année". Selon les projections de l'Insee, en 2060, 23,6 millions de Français seront âgés de plus de 60 ans. Soit une personne sur trois.