Tribune anti-Macron : Le "macronisme" est "un mélange de volonté, d'arrogance et de réformes pas particulièrement novatrices"

Emmanuel Macron le 8 septembre 2017 à Athènes, en Grèce.
Emmanuel Macron le 8 septembre 2017 à Athènes, en Grèce. (REUTERS)

Chris Bickerton, enseignant à Cambridge et auteur d'une tribune "anti-macronisme" dans le "New York Times" a répondu aux critiques du porte-parole du gouvernement lundi sur franceinfo.

"Président raté", "ego démesuré" : une tribune dans le New York Times, publiée jeudi 7 septembre, critique vertement Emmanuel Macron. Son auteur, Chris Bickerton, enseignant à Cambridge et spécialiste de la politique européenne et pro-Brexit, estime qu'Emmanuel Macron est un président français qui va échouer.

Invité de franceinfo, il a assuré qu'il n'était pas "fan de Marine Le Pen" comme l'accusait, sur Twitter, Christophe Castaner, porte-parole du gouvernement. Une accusation "diffamatoire" pour le chercheur qui explique que le projet politique d'Emmanuel Macron, qu'il définit comme étant le "macronisme", est un "mélange de volonté, d'arrogance et aussi de réformes qui ne sont pas particulièrement novatrices".

franceinfo : Êtes-vous étonné par l'ampleur des réactions que votre tribune a suscité ?

Chris Bickerton : J'avoue que cela m'a étonné, surtout qu'il y a eu une réaction de la part du gouvernement, une réaction diffamatoire. Je ne suis absolument pas "fan de Marine Le Pen". Le texte que le porte-parole du gouvernement, Christophe Castaner, a cité était un texte d'analyse. Il n'y avait aucun commentaire sur le bon ou le mauvais du programme du Front national. Je ne pense pas avoir été utilisé comme un instrument pour les opposants. Ce qui m'a intéressé dans cette réaction, c'est qu'elle donne une impression que, peut-être, il n'y a pas un espace en France de critiques autour du président. Les gens se sont précipités sur un article très critique par un auteur étranger pour ensuite faire leur propre critique du président. 

Vu la réaction à l'article, c'est possible que l'on s'interdise une critique trop sévère du pouvoir en France.Chris Bickerton, enseignant à Cambridgeà franceinfo

Que reprochez-vous fondamentalement à Emmanuel Macron ?

En tant que chercheur, je m'intéresse aux faits. Il y a eu une chute dans les sondages de Macron pendant cet été. J'ai essayé de l'expliquer et j'ai trouvé que le raisonnement qui s'appuie uniquement sur des résultats électoraux n'est pas une bonne explication. Il y a quelque chose de plus profond à critiquer, et c'est le projet politique, le "macronisme", que j'ai creusé. J'ai voulu trouver le fond, et la réponse était que c'était un mélange de volonté, d'arrogance et aussi de réformes qui ne sont pas particulièrement novatrices. Vu que le gouvernement a réagi sur la défensive, cela me laisse penser que finalement j'avais raison. S'il n'y a pas de projet à défendre, on lance des injures.

Pensez-vous que la France va dans le mur ?

Pas du tout ! J'ai aussi titré clairement qu'Emmanuel Macron a transformé le paysage politique français d'une manière assez fondamentale. Il y a un espace qu'il a créé, et à mon avis, je ne souhaiterai pas qu'il soit occupé par le "macronisme", mais qu'il soit occupé par un autre projet politique, donc il y a quand même beaucoup de possibilités.