Quatre questions pour comprendre la polémique sur la nomination de Philippe Besson, proche des Macron, au consulat de Los Angeles

L\'écrivain Philippe Besson, ici en 2014
L'écrivain Philippe Besson, ici en 2014 (ULF ANDERSEN / AURIMAGES / ULF ANDERSEN)

L'écrivain sera le prochain consul de Los Angeles. Un poste convoité, attribué à un proche du couple présidentiel qui ne dispose pas d'expérience diplomatique : de quoi faire des remous. 

"Peut-être se contente-t-il de me faire travailler à sa propre gloire. Chercherai-je à m'en défendre, en l'égratignant ici ou là ? Me laisserai-je faire quelquefois ? Souvent ?", s'interrogeait Philippe Besson dans son dernier ouvrage, écrit pendant la campagne présidentielle et consacré à Emmanuel Macron. Un peu plus d'un an plus tard, ce proche du couple présidentiel hérite d'un poste diplomatique important, consul de Los Angeles. On vous résume les enjeux de cette nomination controversée en quatre questions.

Quel poste va-t-il occuper ? 

L'écrivain sera le prochain consul général de France à Los Angeles. Il succède à Christophe Lemoine, ancien chef de cabinet de Laurent Fabius au ministère des Affaires étrangères. Situé dans la deuxième ville de la première puissance mondiale, capitale de l'industrie du cinéma, de la musique ou encore des jeux vidéo, le consulat de Los Angeles est particulièrement convoité par les diplomates.

Si la mission des consuls est en premier lieu de s'occuper des Français (visas, décès, santé...), "à Los Angeles, vous n'êtes pas payé que pour ça", avance une source diplomatique à franceinfo. Celle-ci souligne que le poste comprend "un travail politique et diplomatique d'influence", avec tout un volet de missions liées au rayonnement économique de la France. Par ailleurs, la circonscription consulaire est particulièrement grande, couvrant l'Arizona, le Sud de la Californie, le Colorado, le Sud du Nevada et le Nouveau-Mexique. Le tout fait de ce poste "l'ambassadeur délégué sur la côte ouest", selon la formule d'un ancien titulaire du poste. 

Un poste convoité, donc, qui serait, selon les chiffres avancés par une source diplomatique, payé environ 12 000 dollars par mois. Une indemnité "qui ne permet pas d'épargner", précise cette même source, soulignant le coût élevé de la vie, notamment des soins et de la scolarité des enfants.

Pourquoi cette décision suscite-t-elle la critique ? 

• Parce que Philippe Besson n'a pas d'expérience diplomatique. Diplômé en commerce et en droit social, Philippe Besson a d'abord été juriste, avant de grimper les échelons à l'Ifop, en tant que directeur des ressources humaines, puis comme secrétaire général. Il publie son premier roman en 2001, et une vingtaine d'autres suivront. Il est également scénariste et dramaturge. Sur ce CV bien rempli, s'ajoutent des expériences dans les médias. Mais il ne bénéficie d'aucune expérience politique, et encore moins diplomatique. 

• Parce que le gouvernement a fait passer un décret pour pouvoir le nommer. Lors du Conseil des ministres du 3 août, le ministre des Affaires étrangères a présenté un décret modifiant les règles concernant la nomination de certains "emplois supérieurs", dont une vingtaine de postes de consuls généraux. Celui de Los Angeles en fait partie. Désormais, ces postes sont sur la liste des emplois "pour lesquels la nomination est laissée à la discrétion du gouvernement", précise l'AFP et ils sont ouverts à des non-diplomates de métier.

Ces emplois supérieurs "prennent une importance croissante dans les champs politique, auprès d'autorités locales ayant elles-mêmes des compétences accrues, de la diplomatie économique et du rayonnement culturel", justifie le compte rendu du Conseil des ministres. "Ça vise à reprendre la main sur des postes honorifiques pour recaser des amis du pouvoir", analyse plus pragmatiquement un haut fonctionnaire dans Le Monde 

• Parce que sa proximité avec Emmanuel Macron éveille des soupçons de "copinage". Comme de nombreux soutiens de la première heure, Philippe Besson était présent à La Rotonde au côté d'Emmanuel Macron, le soir du premier tour de l'élection présidentielle. Il avait eu accès aux coulisses de la campagne et en a tiré un livre jugé très élogieux à l'égard de l'ancien ministre de l'Economie, au titre évocateur, Un personnage de roman. "Les louanges n'étaient pas gratuites et sont bien récompensées... Emmanuel Macron remercie son VRP, celui qui l'a aidé à créer le mirage du miracle Macron", a fustigé sur son compte la porte-parole des Républicains Lydia Guirous.

Du côté gauche aussi, la proximité de l'écrivain avec le couple présidentiel pose question. "C'est un peu au bon plaisir du monarque, parce qu'on est proche du couple présidentiel et qu'on a su flatter comme il fallait le président de la République", déplore Alexis Corbière, député La France insoumise. Emmanuel Macron se défend lui de tout copinage et le gouvernement justifie ce genre de nomination. 

Est-ce la première fois qu'un écrivain est nommé à un tel poste diplomatique ? 

Non. On peut notamment citer Jean-Christophe Rufin, ambassadeur du Sénégal et de la Gambie entre 2007 et 2010, ou encore Olivier Poivre d'Arvor, nommé ambassadeur de Tunisie en 2016. En remontant plus loin, on trouve aussi Romain Gary, nommé au même poste que Philippe Besson, en 1956.

Mais contrairement à Philippe Besson, les trois avaient déjà une expérience de la diplomatie : Jean-Christophe Rufin au ministère de la Défense, Olivier Poivre d'Arvor comme dirigeant de l'Institut français de Prague puis du Royaume-Uni, où il exerce par la suite un poste de conseiller à l'ambassade. Quant à Romain Gary, il avait exercé trois ans à la mission permanente de la France auprès des Nations unies avant sa nomination. 

Il y a tout de même des précédents, mais il s'agissait d'ambassadeurs, dont les missions sont différentes. En 2008, Bernard Kouchner nomme Daniel Rondeau, écrivain et journaliste, ambassadeur de Malte. Sous Mitterrand, l'écrivain François-Régis Bastide, membre du PS, a aussi été choisi pour diriger l'ambassade du Danemark, alors qu'il n'avait pas d'expérience. 

Comment l'exécutif justifie-t-il cette décision ? 

Lorsque Benjamin Griveaux, le porte-parole du gouvernement, annonce sur le plateau de France 2 la nomination prochaine de Philippe Besson, il évoque dans la foulée une "tradition française". "Je me réjouis qu'on sorte uniquement des profils 'le quai d'Orsay et l'ENA' et qu'on ait des profils différents venus de la société civile, du monde de la culture, du monde des arts, du monde de l'entreprise. Ça fera du bien aussi à nos administrations.", a-t-il ajouté. 

Face aux accusations de copinage, le président de la République a appelé à "revenir à la raison", jeudi 30 août, au cours d'une conférence de presse à Helsinki et a défendu l'ouverture des postes de la haute administration "à des gens de talent et de mérite venus d'autres horizons". 

Il n'y a chez moi aucun copinage pour services rendus. Regardez le gouvernement. Si je servais les gens en fonction de leur implication dans la campagne présidentielle qui était la mienne, aurais-je choisi le Premier ministre que j'ai nommé il y a quinze mois ?Emmanuel Macron, président de la Républiquelors d'une conférence de presse, le 30 août

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