Débat de la présidentielle : "Le débat sur le terrorisme a été à l'image du reste, on n'a jamais pu aller au fond"

Marine Le Pen et Emmanuel Macron, le 3 mai 2017, avant le débat de l\'entre-deux-tours.
Marine Le Pen et Emmanuel Macron, le 3 mai 2017, avant le débat de l'entre-deux-tours. (ERIC FEFERBERG / AFP)

Pierre Conesa, ancien haut fonctionnaire au ministère de la Défense, spécialiste des questions stratégiques internationales, a estimé sur franceinfo que "le débat sur le terrorisme a été à l'image du reste, un mélange de polémiques et de propositions."

Dans le débat de l'entre-deux-tours entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen mercredi 3 mai, les questions internationales et le terrorisme n'ont pas été assez abordées, a estimé jeudi sur franceinfo Pierre Conesa, ancien haut fonctionnaire au ministère de la Défense, spécialiste des questions stratégiques internationales. Pour lui, "le débat sur la politique étrangère, qui est arrivée en fin de discussion, n'a pas permis d'accrocher la question du terrorisme avec son analyse politique, c'est-à-dire s'interroger sur les raisons pour lesquelles notre pays est frappé", a-t-il analysé. 

franceinfo : Que pensez-vous de la prestation des deux candidats sur les questions de défense, sur la politique internationale ?

Pierre Conesa : Le débat sur le terrorisme a été à l'image du reste, un mélange de polémique et de propositions. Entre la posture qu'a adoptée Mme Le Pen, le durcissement, la répression, les expulsions, et puis l'ouverture qu'a fait M. Macron sur le fait qu'il faut aussi s'interroger sur la responsabilité de notre propre société, on n'a jamais pu aller au fond. Je pense que celui qui sera élu sera obligé de faire un pas vers l'autre, car on ne peut pas traiter le terrorisme comme si c'était une maladie alors que c'est un symptôme. Le débat sur la politique étrangère, qui est arrivé en fin de discussion, n'a pas permis d'accrocher la question du terrorisme avec son analyse politique, c'est-à-dire s'interroger sur les raisons pour lesquelles notre pays est frappé.

Il a été très peu question de la lutte contre le terrorisme à l'extérieur dans ses foyers en Syrie, et en Irak ?

C'est un peu à l'image malheureusement de cette discussion. Il n'y avait pas cette hauteur de vue que nous avons vue dans les débats précédents, à cause du ton polémique adopté dès le début du débat, très rapidement par Marine Le Pen, on a vu un débat où chacun s'interrompait, et on ne pouvait pas discuter du fond. L'amélioration du renseignement, ça fait partie des vieilles recettes à chaque fois que nous avons une difficulté. C'est vrai qu'il y a eu des erreurs stratégiques, comme la suppression des renseignements généraux, parce que c'est du travail de terrain. Et je crois que tout le monde est d'accord sur le rétablissement de cette fonction qui n'a pas pu être assurée complètement par l'actuelle DCRI.

Emmanuel Macron a beaucoup insisté sur la coopération européenne sur le fichier PNR, auquel ne croit pas du tout Marine Le Pen. Cette coopération européenne peut-elle vraiment être efficace ?

C'est un axe de travail continu, mais le problème c'est que les démocraties passent leur temps à se donner des leçons mutuellement. Le PNR ["Passenger Name Record", registre de tous les noms des passagers des avions circulant, entrant ou sortant de l’espace européen] a été bloqué par les Danois, pour des raisons de libertés individuelles. Or c'est un aspect de la lutte antiterroriste, le PNR est absolument indispensable. Le problème c'est qu'on est dans une situation à 26, c'est extrêmement difficile à faire avancer. De la même façon, les procédures d'expulsion, d'extradition, pourraient être largement accélérées dans le cadre de la coopération européenne. C'est un travail de fond qui est long, compliqué. On ne peut pas être optimiste, car ce n'est pas l'élection qui va régler la question du terrorisme. Je crois que M. Macron a compris qu'il y avait un problème d'ensemble, grave qui doit être mené sur plusieurs fronts alors que Mme Le Pen le prend plutôt sous l'angle répressif. L'élection de l'un ou de l'autre ne va pas changer les postures. On est dans une guerre de civilisation.

Pierre Conesa : "Le débat sur la politique étrangère, qui est arrivée en fin de discussion, n'a pas permis d'accrocher la question du terrorisme avec son analyse politique."
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