Polémiques en chaîne, sondages en berne... L'été pourri d'Emmanuel Macron

Emmanuel Macron à Versailles (Yvelines), le 3 juillet 2017.
Emmanuel Macron à Versailles (Yvelines), le 3 juillet 2017. (ETIENNE LAURENT / AFP)

De la polémique sur "ceux qui ne sont rien" à sa plainte pour "harcèlement" contre un photographe en passant par la démission du général de Villiers, le chef de l'Etat a connu deux mois tourmentés avant une rentrée qui s'annonce aussi explosive.

C'est un violent retour sur Terre pour un président qui se voulait "jupitérien". Après avoir voulu raréfier sa parole, Emmanuel Macron a confié à des journalistes, jeudi 24 août, qu'il comptait être plus bavard. Il devrait ainsi s'adresser aux Français une ou deux fois par mois, peut-être à la radio. Ce changement radical de stratégie survient après un été maussade pour le chef de l'Etat. Retour sur deux mois qui n'ont pas été de tout repos.

Une petite phrase qui passe mal

Fin juin 2017. En ce début de législature, une pagaille monstre règne à l'Assemblée nationale, mais Emmanuel Macron s'attire les critiques lors de l'inauguration de la Station F, le plus grand incubateur de start-up au monde, à la halle Freyssinet à Paris. Dans son discours en hommage aux entrepreneurs, une phrase fait grincer des dents : "Dans une gare, vous croisez des gens qui réussissent et d'autres qui ne sont rien."


Des propos vigoureusement condamnés aussi bien à gauche qu'à droite. Comme après l'épisode du "costard" et celui des "illettrées" de Gad, Emmanuel Macron est notamment accusé de "mépris de classe".

Un discours au Congrès sans convaincre

Quelques jours après, Emmanuel Macron réunit le Congrès, à Versailles, pour présenter les grandes orientations du quinquennat. Problème : l'événement est boycotté par certains élus, dont ceux de La France insoumise. "Nous nous rebellons et nous n'irons pas à Versailles", promet Jean-Luc Mélenchon. "C'est inutile et ça coûte cher", "ça rabaisse le gouvernement", "le président de la République n'a pas besoin de nous pour sa com", tonne de son côté Jean-Christophe Lagarde, président de l'UDI.

Emmanuel Macron devant le Parlement, à Versailles (Yvelines), le 3 juillet 2017.
Emmanuel Macron devant le Parlement, à Versailles (Yvelines), le 3 juillet 2017. (ERIC FEFERBERG / AFP)

Le mécontentement chez les parlementaires et d'autant plus grand que le Premier ministre Edouard Philippe doit s'exprimer à l'Assemblée le 4 juillet pour son discours de politique générale et les opposants y voient un doublon. Sans surprise, l'Assemblée nationale vote la confiance au gouvernement d'Edouard Philippe, à une large majorité,  mais les prises de parole du président et du Premier ministre ont convaincu à peine plus d'un Français sur quatre, selon un sondage publié le 5 juillet.

Une réforme qui affole les élus locaux

Dans les jours qui suivent, l'exécutif vit son premier couac. En cause : la réforme de la taxe d'habitation, l'une des principales promesses de campagne du candidat Macron. Edouard Philippe n'a annoncé qu'une mise en œuvre à l'horizon 2022 mais le ministre de l'Economie Bruno Le Maire le contredit en évoquant un début d'application dès 2018, ce que Matignon finit par confirmer.

Le 12 juillet, franceinfo révèle que le gouvernement prépare une suppression progressive sur trois ans. L'inquiétude croît chez les élus locaux. Lors de la Conférence nationale des territoires, au Sénat, Emmanuel Macron confirme le scénario. En revanche, il ne livre aucune réponse sur la façon dont sera compensée cette manne financière pour les communes. "Je sais que je vais perdre 340 000 euros. La question, c'est combien vais-je en retrouver ?" témoigne Jean-Pierre Lecomte, maire de Leudeville (Essonne), interrogé par franceinfo.

Un 14-Juillet avec Trump mais sans interview

Après les débuts remarqués d'Emmanuel Macron sur la scène internationale, l'Elysée annonce, le 27 juin, avoir convié Donald Trump au défilé du 14-Juillet. La présidence explique que l'événement célèbre "les 100 ans de l'entrée en guerre des Etats-Unis aux côtés des troupes françaises pendant la première guerre mondiale". Vingt-quatre heures plus tard, l'Elysée se félicite que cette invitation ait été acceptée. Après avoir largement commenté celle du mois de mai, les observateurs sont impatients d'assister à une nouvelle poignée de main entre les deux dirigeants.

Donald et Melania Trump arrivent à Paris le 13 juillet. Tous deux sont reçus en grande pompe et le programme est chargé. Après une conférence de presse commune des deux chefs d'Etat, les couples présidentiels dînent ensemble au restaurant Le Jules-Verne, au deuxième étage de la tour Eiffel.

Brigitte Macron, Donald Trump, Melania Trump et Emmanuel Macron lors d\'un dîner à la tour Eiffel, à Paris, le 13 juillet 2017.
Brigitte Macron, Donald Trump, Melania Trump et Emmanuel Macron lors d'un dîner à la tour Eiffel, à Paris, le 13 juillet 2017. (SAUL LOEB / AFP)

Le 14, le défilé se déroule sans encombre. La France a trouvé dans son histoire des "alliés sûrs, des amis qui sont venus à notre secours" et "les Etats-Unis d'Amérique sont de ceux-ci, c'est pourquoi rien ne nous séparera jamais", déclare notamment Emmanuel Macron sur la place de la Concorde. "C'est un bon gars", commentera Donald Trump au sujet de son homologue français.

Donald Trump et Emmanuel Macron lors du défilé du 14-Juillet, à Paris, le 14 juillet 2017.
Donald Trump et Emmanuel Macron lors du défilé du 14-Juillet, à Paris, le 14 juillet 2017. (MUSTAFA YALCIN / ANADOLU AGENCY / AFP)

Le président de la République clôt avec succès une page internationale qui s'avérait pourtant délicate. Mais il fait face à de nouvelles critiques à propos de la communication verrouillée de l'Elysée, après avoir annoncé qu'il n'accorderait pas d'interview télévisée à l'occasion de la fête nationale, rompant une tradition datant de 1978.

Une guerre ouverte avec le chef d'état-major

Emmanuel Macron aux côtés du général Pierre de Villiers lors du défilé du 14-Juillet, à Paris, le 14 juillet 2017.
Emmanuel Macron aux côtés du général Pierre de Villiers lors du défilé du 14-Juillet, à Paris, le 14 juillet 2017. (CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP)

La démission d'un chef d'Etat-major des armées est un événement inédit sous la Ve République. C'est pourtant ce qui survient, le 19 juillet. Le général Pierre de Villiers, chef d'état-major des armées, quitte son poste car il considère "ne plus être en mesure d'assurer la pérennité du modèle d'armée auquel [il] croit pour garantir la protection de la France et des Français, aujourd'hui et demain". Cette décision survient dans un contexte de tension extrême, après huit jours d'escalade verbale. A l'origine du conflit ? La réduction des dépenses de 850 millions d'euros pour le secteur de la défense.

Pour le général de division de l'armée de terre Vincent Desportes, le "lien [entre l'exécutif et l'armée] est cassé".

C'est une crise de confiance extrêmement grave entre le chef des armées et une armée qui est stupéfaite, sous le choc, parce que c'est le meilleur d'entre nous, un homme unanimement respecté et apprécié, proche de ses hommes.Vincent Desportesà franceinfo

Emmanuel Macron nomme François Lecointre pour succéder à Philippe de Villiers. Dès le lendemain, il se rend aux côtés de son nouveau chef d'état-major des armées sur la base aérienne d'Istres (Bouches-du-Rhône). Dans cette délicate opération de reconquête, le président s'affiche aussi avec la ministre des Armées, Florence Parly. Le chef de l'Etat prolonge son déplacement de quelques heures par rapport au programme initial. Tout sourire, en tenue d'aviateur, il rencontre les troupes et tente de renouer le dialogue.

Emmanuel Macron rencontre des militaires sur la base aérienne d\'Istres (Bouches-du-Rhône), le 20 juillet 2017.
Emmanuel Macron rencontre des militaires sur la base aérienne d'Istres (Bouches-du-Rhône), le 20 juillet 2017. (ARNOLD JEROCKI / AFP)

"Comme Martine va à la ferme, Manu joue au pilote", ironisent dans Challenges Dominique et François Gaulme, auteurs du livre Les Habits du pouvoir. Une histoire politique du vêtement masculin (éd. Flammarion). "Il y a un côté très enfantin, la toute puissance enfantine du petit Macron qui s'habille comme il veut car il est le chef", poursuivent-ils.

Un tollé sur la baisse des APL

Mais une polémique en chasse une autre. France 2 révèle, le 22 juillet, que l'aide personnalisée au logement (APL) diminuera de 5 euros pour tous les bénéficiaires dès le 1er octobre. L'annonce provoque un tollé. Aussi, l'exécutif tente de charger le gouvernement précédent. En vain. Les critiques pleuvent du côté des allocataires, des associations et de la classe politique.

Emmanuel Macron cherche à redorer son image et entame alors une semaine people. Il reçoit à l'Elysée, à deux jours d'écart, le chanteur de U2, Bono, pour parler de la pauvreté dans le monde, et la chanteuse Rihanna, pour évoquer le Fonds pour l'éducation dont elle est ambassadrice.

Pendant que la chanteuse barbadienne décrit devant la presse, le 26 juillet, "une rencontre absolument incroyable", à l'Assemblée nationale, les attaques contre la baisse des APL ne faiblissent pas. Haricots, pâtes, sauce tomate... Jean-Luc Mélenchon sort des courses en pleine séance de questions au gouvernement pour protester contre cette mesure.

Emmanuel Macron est excédé, rapporte Le Canard enchaîné dans son édition du 2 août. "C'était une connerie sans nom" s'emporte le chef de l'Etat devant les dirigeants de la majorité réunis le 26 juillet, faisant allusion à la baisse des APL.

Pas la peine de se retrouver dans des débats complètement dingues qui n’ont fait l’objet d’aucun engagement.Emmanuel Macrondevant des membres de la majorité

Une chute dans les sondages vertigineuse

Les conséquences ne se font pas attendre : la cote de popularité d'Emmanuel Macron est en chute libre. En juillet, il perd 10 points par rapport au mois précédent, selon un sondage Ifop pour le JDD. Pour retrouver une baisse aussi forte après trois mois au pouvoir, il faut remonter à Jacques Chirac, qui avait perdu 15 points entre mai et juillet 1995. Le locataire de l'Elysée perd huit points, selon un sondage Harris Interactive. Pour YouGov, sa cote dégringole de sept points. Du côté d'Elabe, il en perd cinq.

"Il y a une juxtaposition de mécontents, mais pas encore quelque chose de structuré ; chacun réagit par rapport à la mesure qui le concerne. Cela sanctionne quand même une mauvaise séquence, qui a pu donner une impression d'impréparation alors que l'exécutif bénéficiait d'un a priori de compétence", analyse dans Les Echos Bernard Sananès, le président d'Elabe, notant que cette baisse "arrive un peu tôt". Jérôme Fourquet, de l'institut Ifop, pointe des réserves quant à la stratégie de communication du président.

Dans une partie de l'opinion commence à s'installer le sentiment d'avoir affaire à un grand séducteur et un communicant hors pair mais dont la communication hyper hollywoodienne et léchée est un instrument au service d'une politique d'austérité.Jérôme Fourquetà l'AFP

Le Premier ministre fait amende honorable dans un entretien au Parisien, le 4 août : "L'expérience montre que les politiques aguerris peuvent aussi 'couaquer'." Il reconnaît également qu'"il y a forcément, comme au début de chaque période, des choses qui se calent".

Une communication hyper contrôlée

Après un mois de juillet plein de déconvenues, l'Elysée annonce le 7 août que le chef de l'Etat, à l'instar des ministres du gouvernement, prendra "quelques jours de vacances en France" dès le 10 août. L'exercice est dangereux. Les premiers congés estivaux des présidents sont minutieusement scrutés et ont coûté cher à certains : Nicolas Sarkozy a été épinglé pour son séjour bling-bling sur le yacht de son ami et milliardaire Vincent Bolloré. François Hollande a été moqué pour ses vacances jugées trop "normales".

Les destinations des ministres sont dévoilées mais celle d'Emmanuel Macron reste secrète... pendant soixante-douze heures. La presse révèle ensuite que le couple présidentiel est en villégiature à Marseille, où ils ont posé leurs valises dans une villa, avec une grande piscine, au fond d'une impasse calme sur les hauteurs de la cité phocéenne.

Photo montrant des maisons du parc Talabot, à Marseille (Bouches-du-Rhône), le 14 août 2017.
Photo montrant des maisons du parc Talabot, à Marseille (Bouches-du-Rhône), le 14 août 2017. (BERTRAND LANGLOIS / AFP)

Grand fan de l'Olympique de Marseille, Emmanuel Macron s'offre le 15 août une visite surprise à son club préféré. Le chef de l'Etat participe à l'entraînement aux côtés de Florian Thauvin et pose tout sourire avec le défenseur Grégory Sertic ou le jeune Boubacar Kamara.

Cette parenthèse estivale n'est pas sans bémol. Emmanuel Macron porte plainte, le même jour, pour "harcèlement et tentative d'atteinte à la vie privée" contre un photographe qui le suivait sur son lieu de vacances. D'après l'Elysée, il se serait introduit dans la résidence privée où séjournent les époux Macron. Le photographe dément cette version mais reconnaît avoir suivi le président pendant quinze minutes en voiture.

Qu'un président de la République porte plainte contre un photographe pour "harcèlement" est inédit. Surtout, les photographes avaient davantage de liberté avec les derniers présidents. Marc Dolisi, rédacteur en chef de VSD, se souvient du précédent quinquennat.

On n'est plus habitués car avec Hollande c'était open bar.Marc Dolisià franceinfo

La séquence fait ressurgir de nouvelles critiques sur la communication cadenassée de l'Elysée. Il y a "une volonté de marquer son territoire, montrer qu’il reste celui qui décide de ce qui peut ou non être publié", résume auprès de 20 Minutes Alexandre Eyries, enseignant-chercheur en sciences de la communication à l’université Bourgogne-Franche-Comté.

Un voyage en Europe de l'Est mal géré

Jeudi 24 août, devant la communauté française de Bucarest (Roumanie), première étape de son voyage en Europe de l'Est, Emmanuel Macron défend la politique de son gouvernement : "On ne fait pas des réformes pour ressembler aux autres", lance-t-il en réponse à l'ancien président François Hollande, qui a critiqué la politique sociale de son successeur. Puis il clôt son discours en évoquant les réformes engagées depuis son arrivée à la tête du pays et les difficultés pour les mener : "La France n'est pas un pays réformable. Beaucoup ont essayé et n'y ont pas réussi, car les Français détestent les réformes. Dès qu'on peut éviter les réformes, on le fait."

Cette remarque provoque des réactions hostiles à gauche : le Parti socialiste parle d'"une faute politique lourde" alors que la CGT accuse le président de prendre les Français "pour des imbéciles".

La polémique est là-encore vite remplacée par une autre : face au refus de la Pologne de réviser le statut des travailleurs détachés, but du voyage d'Emmanuel Macron à l'Est, le président français regrette que Varsovie se mette "en marge de l'Europe""Je pense que le peuple polonais mérite mieux que cela. La Première ministre comme son gouvernement auront beaucoup de mal à expliquer qu'il est bon pour le peuple polonais de mal payer les Polonais en Pologne comme dans le reste de l'Europe et que c'est un avenir pour eux", déclare le chef de l'Etat depuis la Bulgarie.

Le coup de menton destiné à marquer son attachement à un "esprit européen" est perçu comme de l'arrogance mal placée par la Pologne, qui regrette l'attaque directe contre la Première ministre Beata Szydlo. "Peut-être ces déclarations arrogantes sont-elles dues à son manque d’expérience et de pratique politique, ce que j’observe avec compréhension, mais j’attends qu’il rattrape rapidement ces lacunes et qu’il soit à l’avenir plus réservé", lui répond l'intéressée. La figure du président qui avait restauré l'image de la France à l'étranger en prend un coup.

Malgré tout, Emmanuel Macron jouit toujours d'une bonne image à l'international : le magazine Fortune le considère par exemple comme la personnalité de moins de 40 ans la plus influente au monde, devant Mark Zuckerberg et Serena Williams. Reste que le gouvernement a commencé, le 22 août, à présenter aux partenaires sociaux le contenu des ordonnances sur la réforme du Code du travail. Le début d'une nouvelle séquence aussi chargée qu'explosive alors que la mobilisation contre la loi El Khomri est encore dans toutes les têtes.

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