D'i-Télé à En marche ! en passant par la Maison Blanche, le parcours pied au plancher de Laurence Haïm

Laurence Haïm pose lors d\'une séance photo pour l\'AFP, à Paris, le 1er février 2017. 
Laurence Haïm pose lors d'une séance photo pour l'AFP, à Paris, le 1er février 2017.  (JOEL SAGET / AFP)

Star de Twitter, l'ancienne correspondante de Canal+ aux Etats-Unis est devenue la porte-parole d'Emmanuel Macron. Rencontre dans le QG de campagne du candidat.

"Washington D.C. 6 heures du matin. Un nouveau monde m'attend. Ravie de rejoindre @EmmanuelMacron et son équipe #EnMarche." C'est avec ce message sur Twitter que Laurence Haïm a fait une double annonce, mercredi 11 janvier. La correspondante historique d'i-Télé et Canal+ quitte les Etats-Unis et le journalisme pour rejoindre le staff de l'ancien ministre de l'Economie, candidat à la présidence de la République.

Retour en France donc et un "déménagement à l'américaine" pour Laurence Haïm. "J'ai déménagé 20 ans de vie en une semaine et j'ai mis mes affaires dans un garde-meubles." A 50 ans, elle prend immédiatement ses fonctions de porte-parole"Une prise de risque, reconnaît-elle, mais je vis les choses à fond." Un choix qui laisse son ami de 30 ans Jérôme Godefroy, ancien journaliste de RTL, "sur le cul". "Elle a un instinct incroyable et un culot extraordinaire", poursuit-il. En décembre, c'est elle qui a décroché son téléphone pour proposer ses services au leader d'En marche !.

Glacée par "le populisme de Trump", la journaliste a eu envie, dit-elle, "de rentrer en France et de changer de vie". Jérôme Godefroy explique aussi qu'elle a très mal vécu le long conflit social à i-Télé alors qu'elle suivait pour la chaîne la campagne américaine. "Elle a été maltraitée par la direction comme tous les journalistes, mais cela a été amplifié parce qu'elle était loin de la rédaction."  

"Elle peut avoir un appétit et une passion déraisonnés"

Le nom et le visage de Laurence Haïm incarnent la politique "made in USA". Pendant huit ans, elle a raconté les deux mandats de Barack Obama sur i-Télé et dans "Le Grand Journal" de Canal+ grâce à une accréditation "full access" à la Maison Blanche. Un seul Français, le correspondant de l'AFP, dispose du même statut.

Personnage atypique et bosseuse opiniâtre, la journaliste ne mâche pas ses mots à l'antenne. En 2004, elle a les larmes aux yeux pour annoncer la réélection de George W. Bush. En octobre dernier, après un face-à-face entre Hillary Clinton et Donald Trump, elle lâche : "Nous sommes atterrés que ces politiques donnent ce spectacle. Il n’y en a pas un pour rattraper l’autre. (...) C’est un spectacle pathétique de la démocratie. Il faut lutter contre ça pour arrêter ce massacre."

Hors antenne, les rédacteurs en chef d'i-Télé se souviennent de ses SMS et de ses coups de fil, de jour comme de nuit, pour signaler une information ou pour protester car ses sujets ne sont pas diffusés à l'antenne. Le ton est parfois dur. Les jeunes la redoutent. L'intéressée assume : "Je ne suis pas hypocrite, sourit-elle. Lorsqu'une 'breaking news' tombe aux Etats-Unis et que Paris est en boucle sur la météo, c'est rageant."

C'est un personnage atypique, une autodidacte qui ne lâche jamais rien. Elle peut avoir un appétit et une passion parfois déraisonnés.Jérôme Godefroyà franceinfo

Le traumatisme du 11-Septembre

Lorsque Laurence Haïm commence sur RTL, en 1986, elle est en charge d'une rubrique people pour la matinale. On est encore loin de l'intervieweuse de Barack Obama. "Ce n'était pas très bon, je le lui disais tous les jours", se souvient Jérôme Godefroy. En 1992, à 26 ans, elle devient correspondante de Canal+ aux Etats-Unis. "Ma vie a basculé le 11 septembre 2001", raconte-t-elle au magazine Society, qui lui tire le portrait en novembre. 

Lorsque l'un des avions percute le World Trade Center, Laurence Haïm, de retour de reportage, est en train d'atterrir à New York. A peine l'appareil s'est-il posé qu'elle appelle i-Télé et entame un travail frénétique de couverture des attentats. Parfois aux côtés de personnes qui la déçoivent. "Après les attentats, les journalistes français arrivaient pour couvrir les événements sur place, ils me demandaient les adresses des restos branchés, s'il y avait des soldes… Je me sentais en décalage. D'un coup, j'ai eu envie d'être plus américaine", explique-t-elle dans Society.

"Elle a du mal à passer de l'autre côté du miroir"

Profondément marquée par ces événements, elle raconte son quotidien bouleversé et son traumatisme dans deux livres, Journal d'une année à part (éd. de La Martinière) et Une Française à New York (éd. Robert Laffont). "Un jour, elle le promet, elle renoncera au journalisme et arrêtera de courir", écrit Society en novembre. Aujourd'hui, elle ne court plus, elle "marche" avec Emmanuel Macron, qu'elle compare à Barack Obama lorsqu'elle est invitée sur les plateaux télé.

Il y a une dynamique de campagne similaire à 2008, la première élection d'Obama. Un candidat jeune, une ferveur, des gens de tous horizons qui ont envie que les choses changent...Laurence Haïmà franceinfo

"Est-ce que les gens d'En marche ! l'utilisent à sa juste valeur ?" s'interroge son ami Jérôme Godefroy. Porte-parole d'Emmanuel Macron depuis un mois, elle "cherche encore sa place", estime un journaliste qui couvre la campagne du candidat à la présidentielle. "Elle le dit elle-même, qu'elle a une difficulté à passer de l'autre côté du miroir", explique ce reporter.

"Laurence Haïm joue plus le rôle d'une conseillère de l'ombre pour Macron, elle est toujours derrière lui et ils se parlent beaucoup. Elle est très attentive aux questions, au cadre, aux images", témoigne encore ce journaliste qui décrit une femme "sympa et agréable". Censée être spécialisée sur les questions internationales, Laurence Haïm se trouve parfois où on ne l'attend pas. Elle a par exemple accompagné son candidat, le 28 février, lors d'un déplacement en Mayenne, à la rencontre d'exploitants agricoles.

Un rôle flou mais une énergie folle

"Vous avez une interrogation sur mon rôle ?" s'inquiète-t-elle. "Il faut que j'évite les questions sur mon parcours de journaliste. J'aimerais m'effacer le plus possible au profit du candidat et de son programme. C'est la difficulté dans laquelle je suis actuellement, concède la nouvelle porte-parole. Au début, j'arrivais de vingt ans de vie américaine, je me demande si mes premiers passages télé n'ont pas été trop rapides."

Mise en difficulté le 26 janvier sur le plateau de "C à vous", sur France 5, à propos des déclarations contradictoires d'Emmanuel Macron, Laurence Haïm lâche : "Je ne me mouille pas trop..." Si les contours de sa mission sont encore flous, si elle n'a pas encore totalement pris ses marques, elle se dit "passionnée" par sa nouvelle vie. Il émane d'elle une énergie folle. On la sent sincèrement investie dans la campagne. Elle le répète : elle est "à fond, à 100%". Au QG d'En marche !, on la trouve "disponible" et "bien intégrée au sein d'une équipe soudée". Et personne ne critique l'ancienne journaliste.

"Je fais attention à l'orthographe sur Twitter"

Autre changement – radical – dans la vie de Laurence Haïm, elle ne tweete plus de manière compulsive. Finis les "BREAKING NEWS", les "#analyseLH" et les photos de la pelouse de la Maison Blanche. "Je fais attention aux fautes d'orthographe et à ce que je partage", confirme-t-elle. En changeant de carrière, elle était persuadée que "les gens se désabonneraient massivement". Ce n'est pas le cas. Son compte rassemble plus de 187 000 abonnés. "En revanche, je reçois beaucoup plus d'insultes qu'avant, donc il faut savoir se blinder." 

Laurence Haïm pose avec son smartphone lors d\'une séance photo pour l\'AFP, à Paris, le 1er février 2017. 
Laurence Haïm pose avec son smartphone lors d'une séance photo pour l'AFP, à Paris, le 1er février 2017.  (JOEL SAGET / AFP)

Blindée, elle l'est, et rompue à l'exercice de l'interview. Lorsqu'on lui demande si elle entend jouer un rôle auprès d'Emmanuel Macron en cas de victoire à la présidentielle, la porte-parole botte en touche. "Je refuse de me projeter au-delà de quatre mois. Il ne faut pas faire de politique-fiction et j'ai appris à avoir la parole prudente", dit-elle. Et comment envisage-t-elle la déception qu'occasionnerait une défaite ? Comme la "fin d'un tournage de cinéma". Ses amis journalistes l'assaillent de questions sur la campagne d'Emmanuel Macron, "mais je ne peux rien dire !"

"Ça vous a déçu, vous ?"

Après avoir vanté les mérites d'un journalisme américain qui tient en horreur la connivence entre les journalistes et le personnel politique, la correspondante française assume son changement de vie. Mais elle s'interrompt. L'air d'avoir besoin qu'on la rassure : "Ça vous a déçu, vous ?" La nouvelle a en tout cas été fraîchement accueillie chez les anciens d'i-Télé. "Elle a passé son temps à nous faire des leçons de journalisme et à dénoncer la collusion entre journalistes et politiques, donc on est tombés de l'armoire", raconte l'un d'entre eux. 

J'ai pratiqué un journalisme politique indépendant qui respectait les règles des journalistes de la Maison Blanche. Maintenant, je suis passée de l'autre côté.Laurence Haïmà franceinfo 

Est-ce un aller sans retour ? "C'est une bonne question", s'amuse la porte-parole d'Emmanuel Macron. "Je suis une femme libre, je n'ai pas d'enfant. Quand j'ai envie de faire quelque chose, je le fais", affirme-t-elle. Son rêve ? Réaliser un documentaire animalier. "Quand j'aurai 100 ans, j'irai dans la jungle et je le ferai !"

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