Chômage, pauvreté, coût de la vie... Les raisons de la grève générale prévue à La Réunion pour la visite d'Emmanuel Macron

Des \"gilets jaunes\" à La Réunion, le 24 novembre 2018.
Des "gilets jaunes" à La Réunion, le 24 novembre 2018. (RICHARD BOUHET / AFP)

Tous les syndicats réunionnais ont lancé un appel à la grève générale pour "l'ensemble des salariés du secteur privé et du secteur public". 

Une grève générale pour accueillir le président de la République. Après Mayotte et un crochet par les îles Eparses, Emmanuel Macron arrive, mercredi 23 octobre, à La Réunion. Et l'accueil s'annonce tendu, un an après le mouvement des "gilets jaunes" : tous les syndicats réunionnais ont lancé un appel à la grève générale jeudi pour "l'ensemble des salariés du secteur privé et du secteur public". Franceinfo vous explique les raisons de la colère des Réunionnais.

A cause du chômage et de la pauvreté

Deux chiffres permettent de prendre la mesure de l'urgence économique sur l'île. Dans ce territoire de plus de 850 000 habitants, 40% de la population vit sous le seuil de pauvreté et le taux de chômage atteint 24%. Dans le détail, le nombre de personnes sans emploi grimpe même à 42% chez les jeunes. "La situation est extrêmement difficile. Les voyants sont au rouge"s'inquiète David Lorion, député LR de la 4e circonscription de La Réunion, sur franceinfo.

Et cela ne semble pas s'arranger. Pire, la diminution des contrats aidés a aggravé la situation, selon Réunion La 1re. Une crise est née début septembre, lorsque l'Etat a demandé aux collectivités locales de ne plus signer de contrats en "parcours emploi compétence" (PEC). Mais lors de sa dernière visite à La Réunion, la ministre des Outre-mer Annick Girardin a finalement annoncé l'octroi de 1 000 PEC en plus des 11 000 déjà validés, rassurant temporairement les collectivités.

L'inquiétude concerne aussi le montant des retraites. Les seniors réunionnais sont plus nombreux que leurs homologues de métropole à connaître "un parcours professionnel à trous" et redoutent ainsi d'être lourdement pénalisés par la réforme à venir.

A cause du coût de la vie élevé

C'est la préoccupation majeure des habitants de La Réunion au quotidien. Le coût de la vie pour un budget moyen d'un ménage est 7,1% plus élevé à La Réunion que dans l'Hexagone, selon l'Insee. Et cela alors que le revenu médian réunionnais est inférieur de 30% au niveau national, selon l'Agence française de développement. Et la situation empire d'année en année : après une inflation record en 2018 (+1,8%), les prix augmentent toujours en 2019 (+0,6% depuis le début de l'année).

Résultat : quelque 40% des consommateurs "ont diminué leurs achats pour le plaisir", selon un sondage d'Ipsos cité par Réunion La 1re"On comptait nos sous avant les 'gilets jaunes', on les compte encore plus maintenant", s'agace Kévin, qui a été sur les barricades à Saint-André dès le 17 novembre 2018, date du lancement de la mobilisation sociale, auprès de l'AFP. "La vie est toujours aussi chère."

Les prix du logement sont aussi pointés du doigt. "Le mal-logement en est une conséquence directe de cette cherté de la vie", estime Erick Fontaine, administrateur de la Confédération nationale des locataires (CNL), sur Réunion La 1re. Selon l'Insee, les dépenses globales liées au logement sont proches de celles d'un métropolitain, mais les loyers restent en moyenne plus élevés à La Réunion (+5%) notamment dans le secteur privé.

A cause de la défiance envers les politiques

Emanuel Macron veut marquer le coup. Au cours de son séjour, qui s'achèvera vendredi, le président est venu accompagné notamment par les ministres de l'Economie, du Travail et de l'Agriculture. Il devrait rencontrer des demandeurs d'emploi dans une mission locale de Saint-Paul. "J'aurai des messages très forts sur l'agriculture et l'emploi", a promis le chef de l'Etat.

Mais les discours ont du mal à convaincre les habitants, de l'aveu même du président. "La situation n'est pas facile, il y a un doute qui s'est installé sur l'action publique au sens large, a reconnu Emmanuel Macron, lors d'un discours à Mayotte. Mais là aussi, nous avons un engagement, des réponses et une action. Mais parfois les choses prennent du temps et il faut l'accepter."

Pour remédier à cela, l'Etat avait notamment annoncé, en décembre 2018, l'intégration au sein de l'Observatoire des prix, des marges et des revenus (OPMR) de 50 citoyens tirés au sort. Emmanuel Macron doit même leur rendre visite dans la semaine. Pour Victor, un "gilet jaune" de Saint-Denis, ce gouvernement "s'est surtout démarqué par ses actions de communication, mais derrière ça il n'y a rien de concret". "C'est pour ça qu'aujourd'hui le combat des 'gilets jaunes' s'est un peu déplacé, analyse-t-il, auprès de l'AFP. Ce n'est plus seulement le pouvoir d'achat qui nous préoccupe, c'est celui du respect même de la démocratie."

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