Avec Macron, "on parle du fond" : un ex-candidat FN du Loir-et-Cher explique pourquoi il rejoint En marche !

Une distribution de tracts organisée par En marche ! dans les rues de Lille, le 11 février 2017.
Une distribution de tracts organisée par En marche ! dans les rues de Lille, le 11 février 2017. (PHILIPPE HUGUEN / AFP)

Après avoir milité pour le Front national pendant trois ans et s'être présenté aux élections départementales et régionales, Jean Bernard vient de rejoindre En marche !. Il explique sa démarche à franceinfo.

De Marine Le Pen à Emmanuel Macron, il n'y a qu'un (grand) pas ? Jean Bernard, 56 ans, n'a pas peur de faire le grand écart en politique. Après avoir milité pour le Front national pendant trois ans et s'être présenté aux élections départementales et régionales sous la bannière du FN, ce responsable d'agence immobilière vient de rejoindre le comité En marche ! du Loir-et-Cher, à la fin janvier. Un choix déroutant pour certains de ses nouveaux camarades.

Je ne regrette rien ! La repentance n'est pas dans mon état d'esprit.Jean Bernardà franceinfo

L'histoire militante de cette figure locale de Salbris, commune d'un peu plus de 5 000 habitants, commence en 2013. "J'ai toujours eu des idées de droite, style RPR, mais je ne me reconnaissais plus en Nicolas Sarkozy, explique Jean Bernard. En 2013, j'ai donc choisi de rejoindre le Front national, par défaut, parce qu'il n'y avait aucune autre formation dans laquelle je pouvais exprimer mon mécontentement." Le commerçant précise qu'il adhère alors au FN "de Marine le Pen, pas celui de Jean-Marie Le Pen". La différence est de taille pour lui : ce sont les déclarations de la patronne du parti d'extrême droite sur le pouvoir d'achat qui l'ont séduit, affirme-t-il.

Deux fois candidat avec le Front national

Jean Bernard milite et se présente pour les élections départementales dans le canton de la Sologne, en 2015. Il obtient 24% des voix au second tour, lors d'une triangulaire. Quelques mois après, il est placé cinquième de la liste frontiste pour les régionales, mais n'est pas élu. Peu à peu, des désaccords se forment aussi avec le Front national. "Le FN est sous l'influence de l'ultra-gauche, dénonce-t-il. Ils promettent la retraite à 60 ans alors que c'est impossible."

Moi, je trouvais la loi Macron très bien, alors que le FN la critiquait. J'avais un peu l'impression d'être chez Jean-Luc Mélenchon.Jean Bernard, ancien militant FNà franceinfo

Le militant n'est pas non plus choisi pour être le candidat du Front national aux élections législatives de 2017. Il décide alors de claquer la porte du parti en octobre 2016. Pas question pour autant de rejoindre Les Républicains. La personnalité de Nicolas Sarkozy ne colle pas avec sa vision de la politique et le "parachutage" de l'ancien porte-parole de sa campagne de 2012, Guillaume Peltier, dans sa région lui déplaît.

"J'ai été séduit aussi par son discours 'ni gauche, ni droite'"

Entre-temps, Emmanuel Macron est passé par le ministère de l'Economie et a fondé son mouvement, En marche !. "Avec d'autres petits artisans et commerçants, nous regardions de plus en plus près ses propositions, explique Jean Bernard. J'ai été séduit aussi par son discours 'ni gauche, ni droite'." En janvier 2017, il s'inscrit sur le site du mouvement et commence à militer pour l'ancien banquier d'affaires. Du côté du Front national, ce virage agace. "Le mouvement attrape-tout d'Emmanuel Macron se transforme, jour après jour, en voiture-balai du système", réagit le parti dans La Nouvelle République.

Jean Bernard, lui, reste droit dans ses bottes. "Je ne suis pas d'accord avec 100% des idées de Macron, mais j'ai écrit les plus et les moins sur une feuille. Et il y avait davantage de points positifs pour En marche !", explique-t-il. Parmi ce qui lui déplaît chez Emmanuel Macron, ses propos sur la colonisation, que le patron d'En marche ! considère comme un "crime contre l'humanité". "Mais je n'étais pas le seul à trouver que c'était une erreur", lance-t-il.

Des militants d'En marche ! demandent des explications

Son arrivée surprend une partie des sympathisants d'Emmanuel Macron, "mais je pense qu'une majorité a compris ma démarche", affirme Jean Bernard. Pas si sûr, à en croire Christine Jagueneau, référente En marche ! du Loir-et-Cher. Contactée par franceinfo, cette dernière affirme que l'ancien militant du FN "n'aura aucune responsabilité" dans la parti pour le moment. Il n'y aura pas, non plus, de comité local à Salbris, comme Jean Bernard le souhaite. La raison ? Certains militants auraient demandé des explications après l'arrivée de ce personnage connu localement pour son ancien engagement politique.

Jean Bernard sera un adhérent lambda. Il est beaucoup trop tôt pour qu'il ai des responsabilités.Christine Jagueneau, référente En marche ! Loir-et-Cherà franceinfo

Autant dire que le souhait de Jean Bernard d'obtenir une investiture aux élections législatives semble encore loin d'être accordé. Pas de quoi arrêter le nouveau militant d'En marche ! "Ce que j'apprécie, c'est que l'on parle du fond, explique-t-il. Les choix ne se font pas à la roulette russe comme au Front national." Cette fois, il compte bien rester plus longtemps dans ce parti. S'il avait intégré le FN "par défaut", c'est "par conviction" qu'il s'engage dans le mouvement d'Emmanuel Macron.

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