L'affaire Benalla "deviendra une affaire d'État si le président de la République n'en tire pas toutes les conclusions", estime Jean-Christophe Lagarde

Jean-Christophe Lagarde lors du congrès à Versailles, le 9 juillet 2018. 
Jean-Christophe Lagarde lors du congrès à Versailles, le 9 juillet 2018.  (LUDOVIC MARIN / AFP)

Le président de l'UDI dénonce une "affaire très grave", qui interroge "l'équilibre des pouvoirs".

Après les révélations sur Alexandre Benalla, Jean-Christophe Lagarde dénonce sur franceinfo jeudi 19 juillet "une affaire politique très grave, qui deviendra une affaire d'État si le président de la République n'en tire pas toutes les conclusions : celles qui concernent M. Benalla, comme celles qui concernent l'équilibre des pouvoirs dans notre pays". Cet adjoint au chef de cabinet du président de la République a été filmé en train de frapper un manifestant le 1er mai à Paris.

Selon Jean-Christophe Lagarde, député UDI de Seine-Saint-Denis, si Alexandre Benalla ne s'en va pas "de lui-même, le président de la République doit très vite le faire partir". Mais d'après lui, cette affaire pose la question "de l'équilibre des pouvoirs" car "le Parlement n'a pas la capacité d'aller enquêter".

franceinfo : L'affaire est dans les mains de la justice. L'IGPN est saisie. Est-ce que cela est suffisant ?

Jean-Chrisotphe Lagarde : Non, quand on travaille pour le président de la République, quand on travaille à l'Élysée, on doit pouvoir avoir la confiance des Français. Qui pourrait faire confiance à cet homme qu'on voit usurper les fonctions de policiers, frapper un homme à terre, trahir totalement les fonctions qui sont les siennes ? Je ne comprends pas pourquoi il n'a pas démissionné de lui-même. Il est censé servir la présidence de la République, il est en train de la salir. S'il ne s'en va pas de lui-même, le président de la République doit très vite, ce soir même, le faire partir. N'importe quel fonctionnaire qui aurait commis une telle faute aurait perdu son emploi. Il faut que la justice passe et que les responsables politiques, à commencer par le chef de l'État, assument le fait qu'on ne peut pas travailler à l'Élysée quand on a de tels comportements.

Est-ce que la sanction administrative était insuffisante ?

Il y a les fautes de monsieur Benalla ; la justice doit s'en occuper. Il y a le fait qu'il ne peut plus occuper ses fonctions ; c'est au président de la République d'y mettre fin rapidement. Mais on doit savoir pourquoi il y a de tels dysfonctionnements dans notre pays. Nous sommes en train de réviser la Constitution, qui est la garantie de l'équilibre des pouvoirs. On voit bien qu'il n'y pas d'équilibre des pouvoirs puisque l'Assemblée nationale ne peut même pas enquêter sur ces faits. Avec le président de la République, [nous avons] le chef de l'État le plus puissant de tout le monde occidental. Et nous avons le Parlement le plus faible de toutes les démocraties. Nous n'avons même pas la capacité d'aller enquêter. Pourquoi devrions-nous le faire ? Pour garantir aux Français que cela ne peut pas se reproduire. On ne peut pas seulement faire confiance au pouvoir exécutif. En France, il n'y a aucun pouvoir qui arrête le pouvoir exécutif.

Est-ce que cette affaire a été étouffée ?

C'est justement ce qu'une enquête parlementaire et ce que l'enquête judiciaire devraient pouvoir établir. Je trouve que les faits sont suffisamment graves pour qu'on ait le droit d'aller rechercher la vérité, parce que les Français ont droit à la vérité. Cet homme doit être immédiatement écarté de l'Élysée. Il doit être sanctionné par la justice dans un jugement. Dans une vraie démocratie, nous aurions pour mission d'enquêter pour garantir que, si dysfonctionnement il y a eu, on prenne les mesures pour que cela ne se reproduise pas. La plus grande conséquence qu'on pourrait espérer de cette affaire, c'est qu'en France, on rééquilibre un peu les pouvoirs, pour vivre un peu plus en démocratie. C'est une affaire politique très grave et cela deviendra une affaire d'État si le président de la République n'en tire pas toutes les conclusions : celles qui concernent M. Benalla comme celles qui concernent l'équilibre des pouvoirs dans notre pays.

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