Benalla, "une créature qui s'est brûlée dans l'approche du pouvoir" estime une membre de la commission d'enquête sénatoriale

Marie-Pierre de la Gontrie, sénatrice socialiste de Paris et membre de la commission d\'enquête du Sénat dans l\'affaire Benalla.
Marie-Pierre de la Gontrie, sénatrice socialiste de Paris et membre de la commission d'enquête du Sénat dans l'affaire Benalla. (THOMAS PADILLA / MAXPPP)

Alexandre Benalla aurait conservé ses passeports diplomatiques alors qu'il avait affirmé le contraire. Sur franceinfo, Marie-Pierre de la Gontrie, sénatrice socialiste de Paris et membre de la commission d'enquête du Sénat, a souhaité que l'ancien collaborateur soit "réentendu". 

"On voit qu'il y a sans doute une créature qui échappe et qui s'est brûlée dans l'approche du pouvoir", a commenté vendredi 28 décembre sur franceinfo Marie-Pierre de la Gontrie, sénatrice socialiste de Paris et membre de la commission d'enquête sénatoriale sur "l'affaire Benalla" qui avait entendu en septembre dernier l'ex-conseiller de l'Élysée, à la suite de violences contre des manifestants le 1er mai. Selon Médiapart, l'ancien collaborateur d'Emmanuel Macron, pourtant limogé en juillet dernier, a continué à utiliser des passeports diplomatiques ces dernières semaines. 

franceinfo : L'affaire Benalla continue, faut-il rouvrir ces commissions d'enquête ?

Marie-Pierre de la Gontrie : D'abord, notre commission d'enquête au Sénat n'a pas terminé ses travaux, elle a encore le temps de travailler et nous allons élaborer un rapport. Ce qui semble justifié aujourd'hui, ce que je souhaite, c'est qu'Alexandre Benalla soit réentendu. Parce qu'à l'évidence, il nous a tenu des propos qui ne sont pas confirmés par la réalité, peut-on dire pudiquement, et il faut qu'il puisse préciser ces points. Il faut savoir que mentir devant une commission d'enquête est une infraction pénale grave, mais qu'on peut se rétracter. Il y a plusieurs points lors de son audition qui nous avaient paru un peu curieux. Là, nous avons la traduction que ce qu'il nous a dit était inexact. Je souligne cependant que c'est grâce à la presse, ce qui est assez incroyable dans cette affaire. Sans Médiapart et sans Le Monde, tout ça ne serait pas apparu, et l'Élysée réagit a posteriori. C'est très troublant en fait. Lorsque le premier épisode est paru, nous avons été nombreux à considérer qu'il y avait quelque chose d'anormal, de scandaleux dans la façon dont Alexandre Benalla avait bénéficié d'une sorte d'impunité interne, mais on aurait pu penser que les choses étaient remises d'aplomb. Et ce qui apparaît aujourd'hui, c'est que pas du tout. Cette affaire de passeports diplomatiques a son importance, elle traduit une négligence incroyable de la part de l'Élysée et du Quai d'Orsay. Le directeur du cabinet a estimé devoir écrire à Alexandre Benalla le 22 décembre, c'est-à-dire qu'il faut attendre que la presse révèle des choses pour qu'il s'inquiète de cette affaire de passeports diplomatiques ! C'est très étrange.

Pensez-vous que l'Elysée a pu être débordé ou contourné par Alexandre Benalla ?

De deux choses l'une : au minimum, l'Élysée a été débordé, on le voit aujourd'hui puisque tout le monde est empêtré, personne n'est capable d'expliquer. L'un dit une chose et puis les faits démentent, etc. On voit qu'il y a sans doute une créature qui échappe et qui s'est brûlée dans l'approche du pouvoir. Ça, c'est l'hypothèse la plus "positive" pour l'Élysée. L'hypothèse négative, sur laquelle je ne veux pas m'embarquer, que forcément chacun se pose c'est : Pourquoi ? Pourquoi cet homme a-t-il eu autant de latitude ? Pourquoi, alors qu'il avait fauté une première fois, la sanction n'est pas arrivée ? Pourquoi l'avoir maintenu dans un statut privilégié ? Ce qui est vrai c'est que dans cette période très compliquée, qui avait commencé d'ailleurs avec la séquence Benalla, qui s'est poursuivie avec l'affaire des "gilets jaunes", on voit un pouvoir fragilisé. Je ne souhaite pas que ce pouvoir soit fragilisé. Je souhaite que les institutions de la République fonctionnent. Évidemment, tout ce qui peut permettre de ramener quelque chose de rationnel dans cette organisation est nécessaire. Le problème, c'est qu'à chaque étape de cette affaire, pour des raisons que j'ignore, nous avons affaire à un Benalla assez agité. À mots voilés, il dit : "Je ne me tairai plus". On ne sait pas bien de quoi il parle.

Vous aviez croisé Alexandre Benalla à son époque socialiste, vous en gardiez quelle image ?

Effectivement, j'ai réalisé après que je l'avais croisé. Ce n'était pas le même. Je veux dire par là que c'était quelqu'un d'assez discret, efficace, qui était d'ailleurs physiquement différent, qui n'avait pas cet aplomb et cette assurance très impressionnants. Nous avons vu devant la commission d'enquête, au JT de 20h, quelqu'un qui a un aplomb incroyable pour un âge extrêmement précoce. Lorsqu'on accède à ce type de situation, il faut des gens qui soient clairs dans leurs têtes. Visiblement, ce n'était pas son cas.

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