Affaire Benalla : "Ça suffit ! Cet homme finit par déstabiliser un système politique qui n'a pas besoin de ça"

Jean-Christophe Lagarde, le 15 décembre 2018, au congrès de l\'UDI.
Jean-Christophe Lagarde, le 15 décembre 2018, au congrès de l'UDI. (VINCENT ISORE / MAXPPP)

Jean-Christophe Lagarde, le président de l'UDI, s'est indigné vendredi sur franceinfo de l'utilisation par Alexandre Benalla de passeports diplomatiques ces dernières semaines, après avoir affirmé qu'il n'en avait plus l'usage.

"Qu'est-ce que c'est que cette histoire ? Pourquoi ce type conserve-t-il encore des privilèges dans la République ? Pourquoi laisse-t-il entendre qu'il a encore des échanges au plus haut sommet de l'État ? Ca suffit ! Cet homme finit par déstabiliser un système politique qui n'a pas besoin de ça", s'est indigné vendredi 28 décembre sur franceinfo Jean-Christophe Lagarde, le président de l'UDI.

Selon Mediapart, Alexandre Benalla, congédié cet été par l'Elysée, a continué à utiliser ces dernières semaines un passeport diplomatique dont il bénéficiait lorsqu'il travaillait au cabinet d'Emmanuel Macron. Le ministère des Affaires étrangères a affirmé lui avoir réclamé en juillet la restitution de deux passeports diplomatiques, ajoutant examiner "les suites à donner, y compris judiciaires". "Qu'il ait un passeport diplomatique encore aujourd'hui dépasse l'entendement", a indiqué le député qui a demandé des explications au ministre des Affaires étrangères. "Le soi-disant 'nouveau monde' finit par faire penser que la République est trouble", a-t-il affirmé.

franceinfo : Est-ce une provocation d'Alexandre Benalla ?

Jean-Christophe Lagarde : Je me demande de combien de privilèges ce personnage bénéficie encore ? J'étais plus inquiet de voir ces menaces qu'Alexandre Benalla proférait à l'encontre d'Emmanuel Macron, parce qu'on a l'impression qu'il croit savoir quelque chose. Je trouve ces menaces inquiétantes, parce que s'il croit savoir quelque chose, est-ce que ce serait de nature à déstabiliser le chef de l'État ? Un pouvoir qui est devenu déjà si fragile... Mais franchement, qu'il ait un passeport diplomatique encore aujourd'hui dépasse l'entendement. Ça pose la question de savoir si l'État est dirigé ou s'il est complaisant ? Parce que six mois après, un passeport diplomatique, ça s'annule ou en tout cas, on le récupère. Quand le Quai d'Orsay nous dit qu'il a demandé à le récupérer, mais enfin, c'est de l'usurpation de fonction ! Pourquoi une plainte n'a pas été déposée ? Ça me fait penser à ce qui s'est passé avant le 1er mai. Ce monsieur commet des violences et on attend le mois de juillet que Le Monde le révèle pour finalement le virer. Sinon, on allait couvrir l'affaire. Et là, il faut qu'on découvre qu'il a un passeport diplomatique pour qu'on s'agite un peu pour le récupérer. Ca suffit ! Le soi-disant "nouveau monde" finit par faire penser que la République est trouble. C'est là où l'on se souvient que lorsqu'on a fait une perquisition chez lui, il avait été prévenu avant. Quelle autre personne se trouve prévenue avant ? Monsieur Mélenchon a-t-il été prévenu avant sa perquisition ?

Pensez-vous qu'Alexandre Benalla est protégé ?

En tout cas, maintenant il va falloir des explications. Qu'est-ce que c'est que cette histoire ? Pourquoi ce type conserve-t-il encore des privilèges dans la République ? Pourquoi laisse-t-il entendre qu'il a encore des échanges au plus haut sommet de l'État ? Ça suffit ! Cet homme finit par déstabiliser un système politique qui n'a pas besoin de ça. Le ministre des Affaires étrangères, a minima, doit s'expliquer. Pourquoi ce passeport diplomatique n'a-t-il pas été récupéré ? J'ai l'impression que quand Gérard Collomb a quitté le ministère de l'Intérieur, ce n'était pas totalement étranger à l'affaire Benalla. On a le sentiment que ce personnage a bénéficié incontestablement de tout un tas de privilèges indus et on se demande s'il n'en bénéficie pas encore. La crise entre Gérard Collomb et Emmanuel Macron est née autour de l'affaire Benalla. Il y a un malaise autour de ce personnage. Je crois qu'à un moment ou à un autre il faudra qu'[Emmanuel Macron] s'exprime sur le sujet.

En septembre, devant la commission d'enquête, Alexandre Benalla a fait comprendre qu'il n'avait plus en sa possession les passeports diplomatiques. Cela vaut-il poursuite selon vous ?

Mentir devant une commission d'enquête, ça vaut poursuite pénale. Et je pense que Philippe Bas, le président de la commission d'enquête au Sénat, le fera, mais il devrait chercher à interroger le ministre des Affaires étrangères et les autres responsables. On se demande pourquoi ils ont dormi pendant six mois ! Qu'est-ce que c'est qu'un passeport diplomatique ? C'est un laissez-passer à travers les frontières, sans besoin de visa, mais c'est aussi un passeport qui pousse les ambassadeurs de France à aider les personnes qui en sont détentrices, parce qu'elles sont censées avoir une mission officielle. Et j'espère que la commission d'enquête du Sénat va procéder à des auditions. Je ne compte pas sur celle de l'Assemblée nationale parce que la majorité de La République En Marche ! s'était rendue complice de tout ça en tuant, en sabotant cette commission d'enquête cet été. Mais il en reste une au Sénat, j'espère qu'elle va aider à faire la vérité là-dessus.

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