Elections : les Tunisiens de France enthousiastes, mais attentifs

Des Tunisiens arborant leur doigt bleuté, signe qu\'ils ont participé à l\'élection de l\'assemblée constituante de Tunisie, le 21 octobre 2011 à Paris.
Des Tunisiens arborant leur doigt bleuté, signe qu'ils ont participé à l'élection de l'assemblée constituante de Tunisie, le 21 octobre 2011 à Paris. (FTVi)

Depuis le jeudi 20 octobre et jusqu'au samedi 22, les Tunisiens installés en France participent à l'élection de leur assemblée constituante. Beaucoup sont enthousiastes, d'autres plus inquiets. Reportage au consulat de Tunisie à Paris.

"Merci de vous être déplacés ! C'est par là !" Sonia Bessamra, coordinatrice des premières élections libres de Tunisie, accueille ses compatriotes avec un grand sourire.

Au consulat de Tunisie à Paris, comme dans la plupart des bureaux de vote ouverts en France pour l'occasion, les électeurs se sont déplacés en nombre vendredi 21 octobre pour participer à l'élection de l'assemblée constituante.

Mais le geste démocratique est encore maladroit. Mauvais bureau de vote, mauvaise adresse, électeurs qui ont oublié de s'inscrire sur les listes… les 500 000 Tunisiens de France sont enthousiastes, mais pas encore habitués à voter. Sonia Bessamra est obligée d'aiguiller les votants.



Même sentiment de confusion joyeuse à l'intérieur du consulat. Dans chaque recoin du bâtiment, des électeurs, partout. Etudiants, retraités, mères de famille ; toutes les générations sont présentes et se bousculent pour faire valoir leur nouveau droit.

Les autorités sont un peu dépassées, mais le but est atteint : les urnes se remplissent et les index gauches se teintent d'encre bleue. C'est ainsi que l'on "marque" les électeurs qui ont déjà voté, afin d'éviter toute fraude.



"C'est énorme !" Mohammed Jemaa, 29 ans, n'en revient pas. "Je savais que la démocratie arriverait un jour, mais je pensais que ce seraient mes enfants ou mes petits-enfants qui la verraient !" Chez ce médecin-chercheur tunisien arrivé en France quatre ans auparavant, l'impatience monte : "Dimanche, quand tous les Tunisiens auront voté à l'étranger et au pays, on connaîtra enfin notre vrai paysage politique."

"Petit à petit, on va y arriver!"

Comme beaucoup d'électeurs à Paris, le jeune homme est optimiste, lui qui vient d'une famille très engagée en politique : "Jusqu'ici, pour beaucoup de Tunisiens, 'politique' ça rimait avec 'corruption'. Le fait de voter et que sa voix compte, ça dissipe tout !

L'enthousiasme est tout aussi fort chez Nesrine Ben Baldi et Chehir Bouzgarrou, deux étudiants fiers d'avoir voté :



Bernard Allali, lui, sourit beaucoup moins. "Je suis inquiet", prévient même le président de l'association Arts et traditions populaires des juifs de Tunisie. "Les programmes des candidats ont beaucoup moins tourné autour des vrais problèmes, comme la fuite des capitaux et des cerveaux, que de questions de religion et de positionnement vis-à-vis d'Israël."

Le fait que le parti islamiste Ennahda soit donné favori lui fait craindre pour l'avenir : "Leur leader a déjà annoncé que si son parti ne gagnait pas, c'est que l'élection était truquée ; c'est pas bon tout ça."

"Moi je suis plus confiante", tempère Monique Hayoun, blogueuse et membre elle aussi de l'association représentant les juifs de Tunisie. "Mais au lieu de présenter 110 partis, dont beaucoup ne sont pas à la hauteur, les hommes politiques auraient dû se regrouper. Il y a une vraie guerre d'ego pour l'instant. Heureusement, après ces élections, ça va se réguler. Maintenant, j'espère que les gens vont voter utile, pour que les politiques parlent d'abord d'emploi et des conditions de vie des Tunisiens."

Vous êtes à nouveau en ligne