Gabriel Cohn-Bendit : "Pour moi, Europe Ecologie-Les Verts n'a plus d'avenir"

Gabriel Cohn-Bendit aux côtés de son frère cadet Daniel, le 21 novembre 2009, à Paris.
Gabriel Cohn-Bendit aux côtés de son frère cadet Daniel, le 21 novembre 2009, à Paris. (MIGUEL MEDINA / AFP)

Le frère aîné de Daniel Cohn-Bendit, observateur privilégié de l'écologie politique, revient sur la nouvelle crise qui secoue le parti, après les départs de François de Rugy et Jean-Vincent Placé.

En routard de l'écologie politique, il a été aux premières loges pour suivre les différentes étapes de la vie d'Europe Ecologie-Les Verts (EELV), du succès éclatant aux élections européennes de 2009 jusqu'aux turbulences provoquées par les départs de François de Rugy et Jean-Vincent Placé, en passant par la création officielle du parti en 2010.

Gabriel Cohn-Bendit, frère aîné de Daniel, ancien professeur et fondateur de l'association Les Amis d'Europe Ecologie, aujourd'hui en sommeil, revient pour francetv info sur la nouvelle crise que traverse le parti.

Francetv info : Vous avez suivi de près l'histoire d'Europe Ecologie-Les Verts, depuis sa formation officielle en 2010. La crise actuelle vous surprend-elle ?

Gabriel Cohn-Bendit : Non, car les désaccords ont commencé avant même que le parti ne soit créé. Dans la foulée des très bons résultats des élections européennes de 2009 [les listes d'Europe Ecologie avaient talonné celles du PS, les dépassant même dans certaines circonscriptions], je me souviens avoir encouragé Dany à lancer un appel aux adhésions pour profiter de la dynamique qui venait de se créer.

L'idée était d'appeler les bonnes volontés à rejoindre massivement Europe Ecologie, qui s'inscrivait dans une démarche d'ouverture qui dépassait le simple cadre des Verts. Mais déjà, Jean-Vincent Placé et les autres responsables des Verts s'y sont opposés, pour garder le contrôle de la situation.

Cette situation a perduré l'année suivante, lors des élections régionales. Les listes étaient ouvertes aux non-Verts, mais en pratique, c'était les cadres de ce parti qui décidaient de tout. Cette volonté de vouloir en permanence rester dans le cadre du parti a cassé la belle idée d'une grande formation qui se voulait différente des autres.

Aujourd'hui, la ligne de fracture se situe entre ceux qui souhaitent s'allier avec la gauche de la gauche, et ceux qui voient l'avenir de l'écologie au sein d'un gouvernement de gauche plus modéré...

C'est une question qui est effectivement délicate. Je ne me reconnais pas du tout du côté de Mélenchon, mais il faut reconnaître que s'entendre avec le Parti socialiste n'est aujourd'hui pas évident. C'est un parti au sein duquel les discussions sont déjà très difficiles, alors imaginez un peu lorsque vous venez de l'extérieur !

Selon moi, la seule manière de dépasser ce sujet, et d'espérer une victoire de la gauche en 2017, serait d'organiser une grande primaire en vue de présenter un candidat unique dès le premier tour de la présidentielle. Si on multiplie les candidatures, la gauche a de bonnes chances de ne pas passer.

Organiser un grand débat au sein de l'ensemble de la gauche permettrait de couper l'herbe sous le pied de personnes comme Jean-Luc Mélenchon ou Cécile Duflot, tout en clarifiant la ligne politique du candidat retenu sur le fond. Cela créerait une dynamique unitaire, et j'essaie de pousser Dany à prendre la parole pour que ce projet puisse aboutir.

Avec ces nouvelles perturbations, estimez-vous que l'écologie politique a encore un sens en tant que mouvement indépendant des autres formations ?

Non. Je pense qu'aujourd'hui, l'existence d'un parti écolo ne signifie rien. On peut très bien être écologiste et être favorable à la retraite à 65 ans, comme on peut être écologiste et estimer qu'il ne faut partir à la retraite qu'à 60 ans. Idem sur l'Europe, la représentation proportionnelle à l'Assemblée ou le libéralisme économique.

Aujourd'hui, selon moi, Europe Ecologie-Les Verts n'a plus d'avenir. Les débats entre personnes raisonnables ne sont pas toujours simples, mais entre gens déraisonnables comme il y en a tant dans cette formation, c'est encore plus compliqué. Actuellement, on ne réfléchit pas à la manière de faire triompher des idées, mais on préfère se déchirer sur la meilleure manière d'enrayer la progression du Front national. Ce n'est pas un projet ! Dans ce climat de déshérence, la seule issue que j'entrevois est l'organisation d'une large primaire de gauche.

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