Démission d'un ministre pour cause de désaccord : de rares précédents

(Jacky Naegelen Reuters)

Delphine Batho entre dans un club très fermé : celui des ministres qui démissionnent ou sont contraints de le faire après avoir ouvertement critiqué la politique gouvernementale. L'ex-ministre de l'Écologie rejoint Alain Madelin, Léon Schwartzenberg et surtout, Jean-Pierre Chevènement.

Tout le monde garde en
mémoire la célèbre phrase de Jean-Pierre Chevènement. Au moment de démissionner
de son poste de ministre de la Recherche, en 1983, il avait déclaré : "Un ministre, ça ferme sa gueule. Et si ça veut l'ouvrir, ça démissionne ".

22 ans plus tard, l'adage
n'a pas changé. Delphine Batho, désormais ex-ministre de l'Écologie, vient de l'apprendre
à ses dépends. Ce mardi matin, au micro de RTL, elle avait déclaré que le
budget du gouvernement était un "mauvais budget ". Convoquée par
Matignon
, elle a été contrainte de démissionner ce mardi après-midi.

Seulement quatre
précédents

L'ancienne ministre
socialiste n'est pas la première à démissionner, loin de là. Mais ils ne sont
pas si nombreux à avoir dû quitter leur poste pour cause de désaccord avec la
politique gouvernementale. En réalité, ils ne sont que quatre, avec des situations très diverses.

Un cas se
rapproche tout particulièrement de celui de Delphine Batho. Il s'agit d'Alain
Madelin. Le 25 Août 1995, alors ministre de l'Économie, il est forcé de
démissionner après un conflit d'autorité avec Alain Juppé. En cause, ses propos
dénonçant les "avantages acquis " des fonctionnaires. Provoquant un tollé
parmi les milieux syndicaux, il avait
également pointé du doigt les foyers bénéficiaires du RMI. Alain Juppé
avait alors tranché contre lui.

Le cas Chevènement

En 1988, la démission de Léon Schwartzenberg est elle moins connue. Et
pour cause, elle gagne aussi le prix de la précocité : jamais un ministre
n'a été démis de ses fonctions aussi peu de temps après avoir été nommé (neuf
jours). En cause cette fois-ci, les déclarations de l'ancien ministre de la
Santé au sujet de ses convictions personnelles sur la lutte contre la drogue et
le dépistage du Sida.

Enfin, la palme revient sans doute à Jean-Pierre Chevènement, puisque
celui-ci a même démissionné trois fois. La première, en 1983, alors qu'il était
ministre de la Recherche : il proteste contre la "parenthèse
libérale
" du gouvernement, et prononce cette phrase restée célèbre.

Une deuxième fois, en 1991. Alors ministre de la Défense mais en
désaccord avec l'engagement de la France dans la guerre du Golfe, il donne sa
démission à Michel Rocard. Enfin, en 2000, Jean-Pierre Chevènement se fait remarquer avec une nouvelle sortie volontaire du gouvernement, afin de
protester contre les "accords de Matignon ", qui reconnaissaient les mouvements
nationalistes corses.

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