Déchéance de nationalité : Valls présentera seul le projet de réforme devant le Parlement

(Manuel Valls s'exprimait devant le groupe des députés socialistes à l'Assemblée nationale © Maxppp)

Le Premier ministre a annoncé ce mardi aux députés socialistes qu'il présenterait sans Christiane Taubira la révision constitutionnelle au Parlement.

"Je présenterai la révision constitutionnelle", tandis que la ministre de la Justice "Christiane Taubira présentera la réforme de la procédure pénale", a déclaré Manuel Valls lors de la réunion du groupe PS. Le Premier ministre devrait ensuite présenter et défendre le projet de réforme constitutionnelle lors des débats parlementaires.

Initialement, Manuel Valls devait défendre le texte aux côtés de la Garde des Sceaux. Depuis l’hostilité affichée de cette dernière à élargir la déchéance de nationalité aux binationaux nés Français et condamnés pour terrorisme, le Premier ministre a dû revoir sa stratégie. Au moins pour ne pas faire perdre en crédibilité une mesure que François Hollande souhaite voir inscrite dans la Constitution. 

Chacun dans son rôle ?

Interrogée à ce sujet, la porte-parole du Parti socialiste, Annick Lepetit, assure que l’absence de Christiane Taubira aux débats parlementaires sur la réforme constitutionnelle "n'est absolument pas interprété par (le groupe socialiste) comme une défiance vis-à-vis de la ministre". "Chacun est dans son rôle" et cette répartition est "logique, normale, naturelle", selon cette élue de Paris, qui assure que Christiane Taubira a même été "applaudie" .

Je savais depuis longtemps que Mme Taubira n'avait pas beaucoup de convictions

 A droite, dans les couloirs de l’Assemblée, des voix s’élevaient déjà pour dénoncer cette mise à l’écart. Parmi elles, celle de Christian Jacob, qui lance : "Mais pourquoi elle reste ?" "Je savais depuis longtemps que Mme Taubira n'avait pas beaucoup de convictions et qu'entre ses soi-disant convictions et son attachement à conserver un strapontin de ministre, elle avait choisi le strapontin. Libre à elle d'être muselée au banc du gouvernement et interdite de parole."

Réticences socialistes 

Le projet de révision constitutionnelle est attendu à l'Assemblée à compter du 4 février. Il devra ensuite être examiné au Sénat. Son adoption est soumise à une majorité qualifiée de 3/5e du Parlement réuni en Congrès. Elle sera difficile à réunir sans le concours de la gauche tant les sceptiques sont encore nombreux au Parti socialiste.

Parmi eux, Christian Paul, député de la Nièvre. "L’agenda politique de la France, dénonce-t-il, ne peut pas être pendant deux mois la déchéance de nationalité, je ne peux pas l’imaginer : les questions essentielles ne sont pas là. Les binationaux ne peuvent devenir une deuxième catégorie de Français, et nous ne pouvons créer des apatrides. Ce terrain est totalement miné, il divise le pays à l’heure où il faudrait le rassembler : ne nous égarons pas sur de fausses pistes."

Un terroriste qui souhaite se donner la mort, que pourrait-il, craindre ? La prison, la déchéance de la nationalité ? Là n’est pas le sujet.

Outre le caractère inopportun de la mesure dans l’agenda, d’autres soulèvent le risque qu’elle soit inutile. "C’est une mesure symbolique, hautement symbolique. Mais qui a des effets concrets, a défendu Manuel Valls. Un terroriste qui souhaite se donner la mort, que pourrait-il, craindre ? La prison, la déchéance de la nationalité ? Là n’est pas le sujet. Il s’agit d’affirmer pour la nation, à travers ce nouveau patriotisme, ce que nous sommes, Français, autour de nos valeurs."  

"C'est une mesure hautement symbolique" - Manuel Valls
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