De la friture sur la ligne Hollande-Ayrault

Le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault (G), et le président de la République, François Hollande, le 19 septembre 2012 à l\'Elysée.
Le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault (G), et le président de la République, François Hollande, le 19 septembre 2012 à l'Elysée. (BERTRAND LANGLOIS / AFP)

Le chef de l'Etat et le Premier ministre éprouvent les pires difficultés à donner une cohérence à leur communication.

POLITIQUE – Ils déjeunent ensemble tous les mardis, s'entretiennent en tête-à-tête chaque mercredi avant le Conseil des ministres, et jurent qu'ils s'entendent à merveille. Mais entre François Hollande et Jean-Marc Ayrault, l'ambiance n'est pas au beau fixe, à en croire plusieurs journaux qui soulignent, vendredi 5 octobre, la communication chaotique du couple exécutif.

Ces dernières semaines, les couacs se sont multipliés entre les deux hommes. Il y a d'abord eu cet engagement de François Hollande, le 9 septembre sur TF1, d'"inverser la courbe du chômage d'ici un an". Mais dix jours plus tard, sur RTL, le Premier ministre avait semblé le remettre en cause : "Je ne sais pas si nous y parviendrons, mais je veux tout faire pour y parvenir." Une concession qui fait désordre.

Les hausses d'impôts mal expliquées aux Français

Le débat budgétaire a aussi mis en lumière l'improvisation du couple exécutif. François Hollande serait ainsi à l'origine de l'argument selon lequel "90% des ménages seront épargnés par les hausses d'impôt". Un élément de langage que Jean-Marc Ayrault aurait été contraint de reprendre à son compte lors de son intervention sur France 2, affirment Les Echos. Avec, au passage, une petite nuance, le Premier ministre parlant désormais de "90% des contribuables".

Pour Libération, le chef du gouvernement s'est "emmêlé les pinceaux avec cette contre-vérité des 9 Français sur 10 qui seraient épargnés par les hausses d'impôts", ce qui a permis à la droite de contre-attaquer en sous-entendant que les classes moyennes paieraient autant que les classes aisées. Une allégation tout aussi inexacte mais qui laisse des traces dans l'opinion.

L'Elysée bouscule l'agenda de Matignon

Entre le président et son Premier ministre, il y a aussi des cafouillages d'agenda. La visite-surprise de François Hollande à Echirolles (Isère), en compagnie de Manuel Valls, après le meurtre de deux jeunes, a fait une victime collatérale : un déplacement de Jean-Marc Ayrault à Grenoble sur la politique de la ville, prévu trois jours plus tard, et finalement annulé, affirme Le Figaro.

Les Echos rappellent aussi la manière peu élégante dont a été annoncée, à la sortie d'un Conseil des ministres, la tenue le soir même à Matignon d'un séminaire gouvernemental sur la compétitivité alors qu'il n'était même pas inscrit à l'agenda de Jean-Marc Ayrault.

Ayrault court-circuité par certains ministres

Devant la faiblesse apparente du Premier ministre, les prétendants jouent déjà des coudes pour se placer en éventuel recours. "François Hollande commence à regarder", confie un membre du PS au Figaro. En tout cas, certains ministres ne se privent pas pour court-circuiter le chef du gouvernement et s'adresser directement au président, affirment Les Echos.

S'ils rament parfois désynchronisés, François Hollande et Jean-Marc Ayrault n'en demeurent pas moins dans la même barque. Leur chute conjointe et continue dans les enquêtes d'opinion le leur rappelle cruellement, semaine après semaine.

Vous êtes à nouveau en ligne