VIDEO. En Bosnie, les "femmes courage" qui ne veulent pas d'un barrage sur leur rivière

Avenue de l'Europe / France 3

Depuis plus d'un an, elles occupent le pont du village. Elles bloquent le passage des camions pour empêcher la construction de de minicentrales hydroélectriques sur leur rivière. Ce sont les "femmes courage" de Krušcica, en Bosnie, qu'une équipe du magazine "Avenue de l'Europe" a rencontrées.

Depuis plus d'un an, elles occupent le pont du village. Relayées la nuit par leurs maris ou leurs frères, ces femmes bloquent le passage des camions. Ce qu'elles veulent, c'est empêcher la construction de minicentrales hydroélectriques sur leur rivière, qui menaceraient la biodiversité – les ours, renards, cerfs, oies sauvages qui peuplent l'endroit. Ce sont les "femmes courage" de Krušcica, qu'une équipe du magazine "Avenue de l'Europe" a rencontrées.

"Dans le pays, ils ont prévu de construire 300 centrales sur 270 rivières", explique une juriste du centre Aarhus de Sarajevo, qui soutient les femmes de Krušcica. Son association a porté plainte contre deux projets situés en zone naturelle protégée. Depuis que la Bosnie mise sur l'hydroélectricité pour atteindre, voire dépasser les objectifs en matière d'énergie renouvelable que l'Union européenne a fixés pour 2020, l'exploitation des cours d'eau est devenue un nouveau Far-West.

"250 policiers des forces spéciales contre 50 femmes"

Rien n'arrête les investisseurs, dont les projets peuvent être financés avec l'aide des banques européennes. "Toute cette électricité, on n'en a pas besoin, elle part à l'étranger, expose l'une de ces femmes. Et que fait l'Europe ? L'Europe encourage la construction de toutes ces minicentrales chez nous, alors que chez elle, elle préserve sa faune et sa flore." Quant aux habitants du village, "à aucun moment" ils n'ont été consultés, affirme une autre.  . 

Vingt ans après la guerre en Yougoslavie, les habitants des vallées espéraient vivre en paix grâce au tourisme, mais leurs voix ne sont pas entendues. En août 2017, on leur a envoyé la police. Ils étaient "250 policiers des forces spéciales pour s'en prendre à 50 femmes", témoigne un paysan. Devant les tribunaux, les habitants de Krušcica ont pourtant obtenu gain de cause. Mais cela n'a rien changé : le projet continue. .

Extrait de "Balkans : la ruée vers l'or bleu", un reportage de Frédérique Maillard-Laudisa et Loïc Lemoigne diffusé dans "Avenue de l'Europe" le 21 novembre 2018.

Vous êtes à nouveau en ligne