Cacophonie au sein de la majorité sur un possible remaniement

Le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, le 1er mars 2014 à Rome (Italie).
Le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, le 1er mars 2014 à Rome (Italie). (MATTEO CIAMBELLI / SIPA)

L'annonce d'un remaniement apparaît de plus en plus proche. Alors, un nouveau Premier ministre ? Un virage à gauche ? Tout le monde ne semble encore d'accord.

Qui, quand et comment remanier ? Mercredi 26 mars, dans le huis clos du Conseil des ministres, François Hollande a jugé que le gouvernement devait "entendre les Français", après les résultats catastrophiques de la gauche au premier tour des municipales. Si pour lui, la "leçon" à tirer du scrutin est de "travailler au redressement du pays avec plus de force", la question d'un remaniement s'impose.

Au sein de la majorité, des responsables en profitent pour faire part de leurs préférences. Que ce soit sur les délais, la ligne politique à embrasser ou les ministres à exclure de l'équipe, aucun cap n'est réellement fixé. 

Sur le calendrier

Selon de nombreux journaux, François Hollande va passer le début de semaine prochaine à plancher sur tous les scénarios possibles. Faut-il remanier un ou deux jours après les municipales, ou bien après la présentation du pacte de responsabilité (courant avril, dit-on) ? Voire après les européennes, fin mai ? Les parlementaires socialistes sont divisés sur la question.

Un premier groupe plaide pour un remaniement après les européennes. "Ce scénario qui permettrait 'd'user Ayrault jusqu'à la corde' et de conserver une carte pour le lendemain du scrutin européen", selon des propos d'élus rapportés par Le Figaro. D'autres souhaitent un remaniement juste après les municipales. "François Hollande donnerait ainsi l'impression d'avoir entendu le message des urnes. Et susciterait un nouvel élan, qui se cristalliserait ensuite autour du pacte de responsabilité", rapporte le journal. D'après Le Figaro, c'est ce deuxième scénario qui semble s'imposer.

Sur le sort de Jean-Marc Ayrault

Un des gros points d'interrogation de ce remaniement a trait au Premier ministre. François Hollande doit-il garder Jean-Marc Ayrault dans son équipe, après la claque des municipales et les mauvais chiffres du chômage 

Ils veulent son départ. "Je ne vois pas trop comment il pourrait rester, sauf si on sauve une trentaine de villes, ce à quoi personne ne croit vraiment", dit une source au Parti socialiste, citée par Reuters. "Le pays est ingouvernable, Hollande et Ayrault s'entraînent tous les deux par le fond. Il faut couper une branche", renchérit un conseiller dans Le FigaroL'ancienne ministre de l'Ecologie Delphine Batho et le député PS Malek Boutih ont eux aussi opté publiquement pour un départ de Jean-Marc Ayrault, respectivement dans Le Parisien et sur France 2

Ils veulent son maintien. Mais tout le monde ne partage pas cet avis au sein de la majorité. "Avec Ayrault, tout le monde pense avoir trouvé le coupable idéal. C’est un peu facile, commente dans Libération un conseiller ministériel. Le fait est que s’il ne joue que défensif, il est mort lundi matin. Ce qui ne veut pas dire que s’il joue offensif, il sera vivant." Pour son entourage, en revanche, Ayrault est le seul garant de "l'équilibre entre toutes les composantes de la majorité".

Ils entretiennent le suspense. Son maintien à Matignon reste une "hypothèse crédible", selon Alain Vidalies, ministre chargé des Relations avec le Parlement. "Le président n'a pas dit qu'il allait changer de Premier ministre. Il n'a pas non plus dit qu'il allait le confirmer. C'est sa décision", a-t-il dit lors de l'émission "Preuves par 3", sur Public Sénat. "Je me souviens de remaniements ministériels et de changements de Premier ministre qui, très rapidement, ont fait 'flop'", relève de son côté Jean-Pierre Bel, le président du Sénat, qui loue la "personnalité et les grandes qualités" du Premier ministre. 

Sur la ligne politique à adopter

Le nom des potentiels nouveaux ministres dépend aussi de l'orientation que souhaite donner François Hollande à sa politique. Pour Harlem Désir, le gouvernement ne doit pas changer de cap mais se montrer plus efficace. "On a fait beaucoup de choses, ouvert beaucoup de chantiers, défend-il, mais il faut sans doute plus de clarté dans la façon de les présenter, plus de rapidité et d'efficacité au service des valeurs de la gauche." Ce qui nécessite "un dispositif sans doute plus resserré, plus à même de faire passer les messages du sens de l'action que nous menons, des priorités", estime le premier secrétaire du PS.

Certains redoutent une politique trop à droite, symbolisée par le pacte de responsabilité et l'éventuelle nomination de Manuel Valls à la tête du gouvernement. "La question de la justice doit être au cœur des politiques que nous allons mener et continuer à mener pour redresser notre pays", a prévenu Bruno Le Roux, dans l'émission "Questions d'info" sur LCP. Un proche d'Ayrault l'assure : "Seule une ligne sociale-démocrate, et non sociale-libérale, permettra" de consolider "une majorité de gauche pour soutenir la politique souhaitée par le président".

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