"Quand un élève se fait frapper, le quartier veut se venger" : en Seine-Saint-Denis, les rixes entre jeunes continuent après la mort de plusieurs adolescents

Une marche blanche en hommage à Kewi, poignardé à mort aux Lilas, le 13 octobre 2019.
Une marche blanche en hommage à Kewi, poignardé à mort aux Lilas, le 13 octobre 2019. (DELPHINE GOLDSZTEJN / MAXPPP)

Le Premier ministre, Edouard Philippe, annonce des mesures jeudi pour améliorer l'éducation et la sécurité en Seine-Saint-Denis.

"Quand un élève se fait frapper, le quartier veut se venger, et ils peuvent se venger sur n'importe qui. Même sur ceux qui n'ont rien fait et qui n'ont rien à voir dans l'histoire", témoigne un collégien, dans l’un des stades de football du Pré-Saint-Gervais, d'où était originaire un adolescent poignardé à mort le 4 octobre.

Le Premier ministre se rend dans ce département de Seine-Saint-Denis jeudi 31 octobre pour dévoiler des mesures sur l’éducation et la sécurité dans le département. Les élus attendent ces moyens avec impatience, alors qu'ils sont confrontés à des phénomènes complexes de violences, notamment entre adolescents de différentes communes. Des violences qui peuvent tourner au drame, comme début octobre, devant un collège aux Lilas, où Kewi, un adolescent de 15 ans, a été poignardé à mort.

Quand on est dans un lycée, on est mélangés avec des jeunes de tous les quartiers, et il y a des tensions.Un collégien du Pré-Saint-Gervaisà franceinfo

D'ailleurs les collégiens rencontrés par franceinfo sont un peu désabusés par les rixes de quartiers. "C'est normal, il y a des tensions entre les villes et il y aura tout le temps ça, ça ne va pas changer", déplore un autre jeune. "Quand on est ici, ça ne nous inquiète pas", continue son camarade. "Mais quand on va dans une ville où il y a plus d'embrouilles, ça peut nous inquiéter."

"On a besoin de plus de services publics"

Le lycée des Lilas regroupe des adolescents de quatre communes différentes et cristallise ainsi les tensions. Mais les affrontements entre adolescents de Seine-Saint-Denis ne sont pas récents, selon Erwann Guermer, secrétaire départemental du syndicat Unité SGP Police. "Il n'y a rien de plus que ces 15 ou 20 dernières années. Les phénomènes violents dans le 93 existent depuis longtemps. Ils sont peut-être un peu plus visibles ces derniers temps avec l'explosion des réseaux sociaux, la transmission de l'image se fait beaucoup plus rapidement. Je n'ai pas l'impression que l'âge de ces jeunes impliqués dans des rixes ait baissé", indique-t-il.

On doit retrouver, sur ce département, une certaine tranquillité.Laurent Baron, maire du Pré-Saint-Gervaisà franceinfo

En un an, trois adolescents de 13, 15 et 20 ans ont été tués en Seine-Saint-Denis à cause de rivalités de quartiers, sans vraiment d'explications. Pour le maire socialiste du Pré-Saint-Gervais, Laurent Baron, l’État doit aider les communes pour arrêter ces violences. "Il y a un rapport qui est sorti et qui dit que sur le département de la Seine-Saint-Denis, on est en manque de moyens de justice, de police et d'éducation. Je pense qu'on a besoin de plus de services publics. La tranquillité publique, la sécurité, c'est une compétence d'Etat et je pense qu'on doit retrouver, sur ce département, une certaine tranquillité."

Des adolescents, postés au pied de leur immeuble, attendent eux aussi des solutions. "Il faudrait plus de policiers, ils devraient renforcer les sorties des lycées", indique l'un d'eux. "Il y a beaucoup de petits qui ne veulent pas sortir parce qu'ils ont peur de se faire taper." Citoyens, élus, enseignants et associations de Seine-Saint-Denis attendent donc plus de moyens pour lutter contre la violence.

En Seine-Saint-Denis, après la mort de plusieurs adolescents, les rixes entre jeunes de quartiers continuent - Le reportage de Justine Leclercq
--'--
--'--

Vous êtes à nouveau en ligne