VRAI OU FAKE La politique de rénovation urbaine s'est-elle "totalement arrêtée", comme l'affirme Jean-Louis Borloo ?

Jean-Louis Borloo, le 26 septembre 2019, devant l\'église Saint-Sulpice à Paris, lors des funérailles de Jacques Chirac.
Jean-Louis Borloo, le 26 septembre 2019, devant l'église Saint-Sulpice à Paris, lors des funérailles de Jacques Chirac. (ERIC FEFERBERG / AFP)

Le Nouveau programme de renouvellement urbain, lancé en 2014, a connu des débuts difficiles.

Il a beau être officiellement retiré de la vie politique depuis six ans, sa voix continue de porter. Jean-Louis Borloo a réclamé l'ouverture d'"une enquête parlementaire", mercredi 15 janvier au Sénat, afin de comprendre comment la politique de rénovation urbaine avait, selon ses mots, pu être "totalement arrêtée" à cause des "petits hommes gris" de Bercy.

L'ancien ministre de la Ville de Jacques Chirac, considéré comme le père de la rénovation urbaine, était invité par les sénateurs de la Commission économique à évoquer ce plan d'action, qui a engagé plusieurs dizaines de milliards d'euros en plus de quinze ans pour remodeler les quartiers populaires. L'ex-président de l'UDI, chargé par Emmanuel Macron d'imaginer un vaste plan d'action pour les banlieues finalement balayé en mai 2018, dit-il vrai ou "fake" ? 

A y regarder de plus près, il semble plutôt que Jean-Louis Borloo évoque une situation passée. Le fondateur de l'Agence nationale de la rénovation urbaine (Anru) avait déjà formulé cette critique dans son rapport (PDF) remis au chef de l'Etat, en avril 2018. "Depuis quatre ans, la rénovation urbaine est à l'arrêt, l'ambition originelle s'est perdue. La bureaucratie a progressivement pris le pas sur la dynamique de projets", déplorait-il alors.

"Jean-Louis Borloo avait raison de dire que ça prenait trop de temps", reconnaît sur Europe 1 Olivier Klein, président de l'Anru et maire de Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis). A l'époque, "il y a eu une difficulté sur l'enchaînement du premier et du deuxième programme de renouvellement urbain, explique l'élu, mais ça, c'était la situation quand il a remis son rapport".

Un démarrage "beaucoup plus lent que prévu"

Le démarrage du Nouveau programme national de renouvellement urbain (NPNRU), lancé en 2014 pour prolonger le Programme national de rénovation urbaine (PNRU) initial de 2004 jusqu'en 2030, "a été beaucoup plus lent que prévu", déplore le sénateur LR Philippe Dallier, dans un rapport (PDF) de novembre 2019. "L'ensemble des acteurs concernés reconnaît qu'au moins une année a été 'perdue' dans la mise en œuvre du NPNRU", ajoute la sénatrice PS Annie Guillemot dans un autre avis (PDF) de novembre 2018. 

Le NPNRU a pâti d'un budget trop faible au regard des ambitions : 450 quartiers à rénover. "L'enveloppe initiale n'était que de cinq milliards d'euros, ce qui a rendu le montage des dossiers plus difficile", analyse le sénateur LR. Faute de provisions financières suffisantes, peu de projets ont été validés et peu d'argent a été déboursé. En 2018, les autorisations d'engagement de l'Anru – c'est-à-dire le plafond des dépenses pouvant être engagées – "n'ont été que de 74 millions d'euros sur l'année, contre 464 millions d'euros prévus en budget initial", d'après le rapport de l'élu.

Une victime collatérale des réformes

La rénovation urbaine a aussi été la victime collatérale des réformes de l'exécutif. La baisse des APL a entraîné une "ponction d'1,5 milliard d'euros" pour les bailleurs sociaux, chiffre Annie Guillemot. Action Logement, premier contributeur aux programmes de renouvellement urbain, a aussi dû faire face à "des incertitudes" sur l'avenir ses moyens financiers jusqu'à l'adoption définitive de la loi Pacte. "La décision du gouvernement d'instaurer la réduction de loyer de solidarité (...) a conduit les bailleurs sociaux à suspendre leur engagement dans le financement du NPNRU", analyse la sénatrice.

Il y a peut-être eu un sentiment que la rénovation était à l'arrêt, car on ne voyait plus de grues.Olivier Klein, président de l'Anruà l'AFP

Deux décisions ont permis de relancer le NPNRU. Emmanuel Macron a annoncé, en mai 2018, le doublement des crédits de l'Anru pour les porter à 10 milliards d'euros, d'abord. Puis, la loi Elan sur le logement a réformé sa gouvernance et sa gestion financière et comptable, dans le but de leur conférer plus de souplesse.

Une "nette montée en charge" en 2019

Résultat, "l'année 2019 a vu une nette montée en charge du NPNRU", observe le sénateur Philippe Dallier. Le jour où Jean-Louis Borloo s'exprimait, l'Anru s'est d'ailleurs félicitée dans un communiqué (PDF) d'avoir pu valider, en 2018, 371 projets de transformation de quartiers, auxquels elle contribuera à hauteur de 9,5 milliards d'euros, et pour 2019, 192 chantiers et 5,3 milliards.

Le président de l'agence, Olivier Klein, reconnaît toutefois sur Public Sénat que "l'Anru 2 est encore en phase de démarrage ou d'étude" et que la mise en route des chantiers peut être longue. "Il y a des temps incompressibles : les temps de créations de ZAC [zones d'aménagement concerté], des concours d'architecte… L'administration est parfois bien longue au regard des besoins des habitants." Avant de concluresur Europe 1 : "Aujourd'hui, le renouvellement urbain n'est pas du tout à l'arrêt." Et d'ajouter : "J'ai eu Jean-Louis Borloo au téléphone, il partage cette analyse."

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