"J'en ai marre, j'en peux plus" : en Seine-Saint-Denis, les jeunes subissent les inégalités au quotidien

Edouard Philippe et plusieurs ministres officialisent jeudi une batterie de 23 mesures pour la Seine-Saint-Denis, un département qui cumule d\'importantes difficultés, en insistant sur l\'attractivité pour les fonctionnaires, la sécurité, la justice et l\'éducation. Photo d\'illustration d\'immeubles à Bobigny.
Edouard Philippe et plusieurs ministres officialisent jeudi une batterie de 23 mesures pour la Seine-Saint-Denis, un département qui cumule d'importantes difficultés, en insistant sur l'attractivité pour les fonctionnaires, la sécurité, la justice et l'éducation. Photo d'illustration d'immeubles à Bobigny. (VINCENT ISORE / MAXPPP)

Le gouvernement présente jeudi un plan en 23 mesures pour le département qui concentre un nombre important de difficultés économiques et sociales. Des difficultés qui touchent notamment les jeunes.

L'Etat au chevet de la Seine-Saint-Denis. Après un rapport accablant remis il y a un an et demi au gouvernement sur le manque de moyens et les défaillances des services publics en Seine-saint-Denis, le Premier ministre Edouard Philippe, accompagné de plusieurs ministres, est à Bobigny jeudi 31 octobre pour présenter un ensemble de 23 mesures pour le 93.

Les difficultés économiques et sociales, les jeunes du département les subissent au quotidien. Chloé a 17 ans. Elle a grandi au Pré Saint-Gervais et la première des inégalités, c'est en classe qu'elle l'a vécue. "Ma prof de français a été absente pendant un mois l'an dernier et n'a été remplacée qu'au bout d'un mois. Du coup, la fin du programme a été un peu bâclée", déplore la jeune fille. En Seine-Saint-Denis, un élève perd en moyenne une année de temps scolaire à cause des professeurs absents et non remplacés. Et le turn-over est assez flagrant dans le département. Au collège et au lycée, 50% des enseignants restent moins de deux ans dans leur établissement.  

"Y a pas de mixité sociale, c'est ça le problème"

Des jeunes exposés aussi à la violence et au sentiment d'insécurité, comme John, qui a de plus en plus de mal à vivre cette situation. "Quand on sort le soir, on a peur de se faire agresser, confie-t-il. Moi ça m'est arrivé et ça m'a un peu traumatisé. Dans mon lycée, on n'a pas eu cours pendant deux semaines parce qu'il y a eu un adolescent qui a été poignardé. Je trouve ça grave quand même. Donc voilà, j'en ai marre, j'en peu plus", lâche le jeune homme.

Mais la Seine-Saint-Denis ce n'est pas que ça, selon Camil, agacé par la stigmatisation. "Si vous allez à Paris, dans le 16e, et que vous demandez : 'Vous pensez quoi du 93 ?', on vous dit délinquance, violence. Mais c'est pas de leur faute, c'est ce qu'on voit  la télé", dit-il. Le garçon est scolarisé dans un lycée parisien privé, un souhait de ses parents pour augmenter ses chances, et il a sa théorie sur son département. "En fait, y a pas de diversité sociale, pas de mixité sociale, c'est ça le problème", explique-t-il. Pour lui, la mixité ce serait de voir "des avocats qui peuvent vivre avec des ouvriers dans le même bâtiment sans qu'il y ait de problème, sauf que là on a fait la distinction dès le début". Un retard aujourd'hui "impossible à rattraper", selon Camil. Malgré tout, il ne veut pas quitter son département, il y tient. Et si l'Etat ne change rien, "nous on peut toujours essayer", dit-il.

Le reportage d'Hajera Mohammad
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