Hollande, Macron, Montebourg, Valls... Cambadélis s'en prend à la gauche dans un livre

Le premier secrétaire du Parti socialiste, Jean-Christophe Cambadélis, ici à Paris en juin, doit officiellement quitter ses fonctions le 30 septembre 2017.
Le premier secrétaire du Parti socialiste, Jean-Christophe Cambadélis, ici à Paris en juin, doit officiellement quitter ses fonctions le 30 septembre 2017. (GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP)

Le premier secrétaire démissionnaire du PS publie, mercredi 27 septembre, un essai incisif sur le quinquennat de François Hollande. Tout le monde en prend pour son grade.

C'est le bouquet final. Trois jours avant la fin officielle de son mandat de premier secrétaire du Parti socialiste, Jean-Christophe Cambadélis dénonce. Dans Chronique d’une débâcle, livre qui sort aux éditions L'Archipel mercredi 27 septembre, il s'en prend à plusieurs de ses anciens camarades de gauche.

Celui qui a perdu son siège de député de Paris en juin règle ses comptes avec les ténors du Parti socialiste. Publiés dans le magazine Challenges, des extraits de l'essai de Jean-Christophe Cambadélis permettent de retenir cinq cibles sur lesquels s'est lâché le futur ex-premier secrétaire du Parti socialiste.

Sur François Hollande : "On pourra tout lui demander, même le plus grotesque"

La première cible - la plus évidente - de ce livre est l'ancien président, François Hollande. Le premier secrétaire du PS décrit un homme pris au dépourvu, mal préparé à la fonction présidentielle et incapable de dire non. Il décrit notamment la scène de la victoire de 2012, place de la Bastille, lorsque sa compagne Valérie Trierweiler le somme de l'embrasser.

"'Embrasse-moi!' Et François Hollande s’exécuta. Il esquisse un léger et furtif baiser à Valérie Trierweiler, place de la Bastille, résumant ainsi le soir de sa victoire la teneur de son quinquennat, laissant sous-entendre qu’il ne se désistera à aucune demande... sans vraiment les embrasser."

Cette scène révèle à la France entière la manière dont il la présidera : on pourra tout lui demander, même le plus grotesque, il y répondra. Il ne sera pas l’homme qui dit non.Jean-Christophe Cambadélisdans "Chronique d'une débâcle"

Le 10 janvier 2014, le magazine Closer révèle sa relation avec l'actrice Julie Gayet. Le lendemain, Jean-Christophe Cambadélis a rendez-vous à l'Elysée avec François Hollande. Il raconte comment il voit, en pleine réunion, le président tomber de fatigue. "L’entretien fut plus long qu’à l’accoutumée. Le président luttait contre le sommeil et y sombra même quelques secondes. Je fis de mon mieux pour tenir son attention. La situation devint surréaliste lorsque je dus hausser le ton pour éviter de le laisser s’assoupir à nouveau."

Pour Cambadélis, les difficultés qu'il a rencontrées au cours de son mandat viennent de son entourage et des alliances qu'il a nouées : "Il arrive en responsabilité dans un accord stratégique avec Montebourg, qui est sa négation. La fronde s'est installée dans le code génétique de ce quinquennat."

Sur Emmanuel Macron : "Il est quand même bizarre ton gars"

Cambadélis raconte avoir mis en garde François Hollande sur les possibles velléités d'Emmanuel Macron, alors ministre de l'Economie : "Il est quand même bizarre, ton gars. Je ne suis pas certain qu’il ait en tête notre maintien au pouvoir. Il se voit jouer un rôle plus autonome."

Pour le premier secrétaire du PS, François Hollande ne s'est pas suffisamment méfié d'Emmanuel Macron : "Je pense que François Hollande avait perçu la volonté de son ministre de l'Economie. François Hollande, il n'y a pas une musaraigne qui bouge dans l'espace public sans qu'il l'analyse. Donc il l'avait perçue. Mais il a cherché à l'instrumentaliser. Parce qu'il a pensé que ce jeune homme, qui plaisait aux médias, pouvait être un complément dans l'élection présidentielle, parce qu'à ce moment-là, Juppé s'avançait."

Jean-Christophe Cambadélis raconte le moment où François Hollande apprend la candidature d'Emmanuel Macron à la présidentielle : "Ce moment donna lieu à l’une des scènes les plus cocasses de nos rendez-vous du mardi soir. Nous dînons dans les appartements privés du président, dont la salle à manger n’est pas équipée d’une télévision permettant de voir Emmanuel Macron poser les jalons de sa future candidature. Les agents de l’Élysée s’activent pour dresser un immense écran qui ne fonctionne pas bien. Il s’éteint puis redémarre, avec un Macron couleur pastel puis virant au rouge (...) Le président rit jaune. Il s’énerve même, fait rarissime."

Emmanuel Macron vire au vert pâle et sa voix tourne au ralenti. La tablée est prise d’un fou rire. Stéphane Le Foll rappelle qu’il l’avait bien dit. Le président est au paroxysme de l’agacement en éteignant le téléviseur. Tout le monde comprend qu’Emmanuel Macron ne reviendra pas, ne se retirera pas, ne se rabattra pas.Jean-Christophe Cambadélisdans "Chronique d'une débâcle"

Le chef du PS relate le moment où Emmanuel Macron quitte le gouvernement, la veille de la nomination du deuxième gouvernement Valls.

Sur Manuel Valls : "Un hara-kiri"

L'ancien Premier ministre en prend aussi pour son grade. Cambadélis lui reproche notamment son manque de loyauté et son opportunisme, incarnés par le choix de Manuel Valls de se rallier à Emmanuel Macron pendant la campagne présidentielle.

"J’ai de l’amitié pour Manuel Valls, mais son attitude équivaut pour le coup à un hara-kiri. (...) Que cette gauche lui semble incapable d’être à la hauteur du temps présent, on l’avait compris. Mais, il suffisait d’attendre. Sans être grand clerc, on pouvait penser que Benoît Hamon ne gagnerait pas la présidentielle. Evidemment, à la sortie de cette élection, l’ancien Premier ministre allait apparaître comme le repreneur naturel d’une gauche déboussolée. Non seulement Manuel Valls n’attendit pas, provoquant l’éparpillement de ses propres amis, mais il s’engagea avec Emmanuel Macron dans une stratégie digne du 'génie des carpettes' (…) dans le seul but de ne pas avoir de candidat EM face à lui à Evry... (…) Il s’acharna à vouloir entrer par effraction dans le macronisme, acceptant l’humiliation de l’apparentement."

Sur Arnaud Montebourg : "Il ne pense pas, il plaide"

"Arnaud Montebourg est un homme de cause. Son style, c’est la plaidoirie. Il ne pense pas, il plaide. Il ne discute pas, il plaide. Il ne débat pas, il plaide... sans cesse. Il lui arrive d’ailleurs assez souvent de plaider en dépit du bon sens et de faire de mauvais procès."

Avocat de profession, le style d'Arnaud Montebourg est aussi au centre des critiques. Jean-Christophe Cambadélis rapporte les conditions en coulisses du départ de l'ancien ministre de l'Economie, le citant : "En décembre je m’en vais. (...) Manuel n’a pas respecté le contrat. (...) Il a été étouffé par François Hollande, il n’a impulsé aucune politique économique volontariste. (...) Moi je n’ai plus de contact avec l’Elysée. Je refuse de me rendre aux réunions."

Sur Jean-Luc Mélenchon : "Un Chavez de Saint-Germain-des-Prés"

Le leader de La France insoumise est enfin attaqué par le chef du PS. Il lui reproche notamment de faire le jeu du président Emmanuel Macron. "Disons-le au passage, ce rêve d’un Chavez de Saint-Germain-des-Prés est précisément ce qui sert le président Emmanuel Macron. (...) L’honnêteté m’oblige à constater que l’interpellation radicale, avec ou sans cravate, et la contestation totale sans alternative permettent au nouveau locataire de l’Elysée d’espérer une France acquise."

Jean-Christophe Cambadélis doit quitter Solférino le 30 septembre. Le prochain congrès devrait avoir lieu en février 2018.

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