VIDÉO. Irak, euro, handicap, cancer, sécurité routière, "il y a une œuvre Chirac", résume Alain Juppé

France Inter

Alain Juppé réagissait ce vendredi sur France Inter à la mort de celui dont il fut Premier ministre de 1995 à 1997.

"Le meilleur d'entre nous", voilà comment Jacques Chirac présentait Alain Juppé. L'ancien Premier ministre réagissait vendredi 27 septembre sur France Inter à la mort de celui qui fut "son ami" et avec qui il a bâti une relation de "confiance réciproque qui ne s'est jamais démentie". Alain Juppé est revenu sur ce qu'il appelle "l'œuvre Chirac" : les dossiers du handicap et du cancer, la sécurité routière, la professionnalisation des armées, le non à la guerre en Irak, la taxe sur les billets d'avion, etc.

Condamné par la justice dans le dossier des emplois fictifs de la mairie de Paris, tout comme Jacques Chirac, Alain Juppé a assumé avoir "commis des erreurs", mais l'ancien maire de Bordeaux n'en veux "absolument pas" à Jacques Chirac dans cette affaire. Aucune "amertume" pour Alain Juppé qui a continué "à garder ce lien très étroit avec Jacques Chirac" et qui l'a vu "très récemment".

Un "bulldozer"

En préambule, Alain Juppé s'est souvenu de cette "relation unique dans le monde politique" qu'il a entretenue avec Jacques Chirac. Plus qu'un homme politique, c'était "un bulldozer" à ses débuts, se remémore Alain Juppé: "Celui qui a entraîné les gaullistes de tous bords et puis un homme tellement attentif aux autres."

C'est cette attention à autrui qui a poussé Jacques Chirac à s'engager "pour le handicap, le cancer". Et c'est notamment ce qui fait dire à Alain Juppé qu’il y a "une œuvre Chirac". "Si aujourd'hui, l'euro nous permet d'échapper aux turbulences sur les marchés monétaires mondiaux, analyse Alain Juppé, on le doit certes à Mitterrand, via le traité de Maastricht. Mais si le traité de Maastricht a été ratifié, c'est parce que Jacques Chirac, contre son propre parti, a pris position pour le oui, comme Balladur et moi d'ailleurs, et c'est peut-être cela qui a apporté le 1% supplémentaire."

Alain Juppé juge que l'on a trop tendance à oublier le volet social des mandats de Jacques Chirac. Et il prend donc l'exemple de la taxe sur les billets d'avion qui permet de fournir des médicaments aux pays qui en ont le plus besoin. Autres réalisations citées en vrac par l'ancien Premier ministre : "Le plan cancer, une charte de l'environnement qui figure encore dans le bloc de constitutionnalité, l'introduction du principe de précaution."

Toujours sur le plan national, Alain Juppé se souvient également que le président Chirac a professionnalisé les armées : "Si aujourd'hui l'armée française est l'une des plus efficaces sur les terrains d'opérations extérieures, on le lui doit en grande partie." Concernant le bilan de la politique extérieure de Jacques Chirac, Alain Juppé se souvient d'un président qui "tout au long de sa vie a construit avec les dirigeants allemands une véritable confiance parce qu'il avait un vrai engagement européen". "Il y a également le non à la guerre en Irak, et de plus, poursuit Alain Juppé, il a donné de la France dans le monde arabe et en Afrique une image extraordinairement positive."

Quand je vais en Afrique, je suis un peu surpris de voir les gens venir vers moi très chaleureusement. Pourquoi ? C'est peut-être parce que derrière Alain Juppé, il y a Chirac.

Alain Juppé

à France Inter

Quelle était en définitive l'orientation politique de Jacques Chirac ? "Pour lui, il y avait deux bornes à ne pas franchir, résume Alain Juppé. La première concerne les valeurs républicaines. Il a été d'une intransigeance absolue vis à vis de l'extrême droite. Il avait une véritable exécration de l'antisémitisme et du racisme sous toutes ses formes. Et puis l'autre borne, c'était le communisme. Quand il était à la tête du RPR, en face il y avait le programme commun socialo-communiste." Plus globalement, "il n'avait pas un tempérament conservateur et je dirais qu’il était un social libéral".

Jacques Chirac a été le premier président condamné par la justice dans l'affaire des emplois fictifs de la mairie de Paris. Alain Juppé a été condamné en 2004 dans le même dossier. D'aucuns ont alors dit à l'époque qu'Alain Juppé avait payé pour Jacques Chirac. Est-ce que l'ancien Premier ministre lui en a voulu ? "Certainement pas. J'ai commis moi-même des erreurs."

J'ai assumé ses erreurs. Je l'ai fait sans aucune hésitation et sans amertume.

Alain Juppé

à France Inter

Alain Juppé tente de se justifier : "On n’avait pas la conscience à l'époque de cette exigence de transparence et de séparation entre argent public et argent politique. Ce n'est pas une excuse, c'est une explication." Enfin Alain Juppé, qui a vu Jacques Chirac "très récemment", a fait preuve de pudeur, ne préférant pas raconter ses dernières entrevues avec l'ancien président : "J'ai continué à le voir très régulièrement. Il est venu à Bordeaux, nous sommes allés naturellement dans un bon restaurant. Il avait encore de l'appétit, qu'il a perdu ensuite... J'ai continué à garder ce lien très étroit avec lui. Je l'ai vu très récemment. Je ne donnerai pas de date. Cela, c'est notre vie privée…"

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