Quatre questions pour reprendre le fil de l'affaire des écoutes de Nicolas Sarkozy

Discours de Nicolas Sarkozy dans un meeting le 22 avril 2015 à Nice (Alpes-Maritimes).
Discours de Nicolas Sarkozy dans un meeting le 22 avril 2015 à Nice (Alpes-Maritimes). (JEAN CHRISTOPHE MAGNENET / AFP)

L'ancien président de la République est renvoyé devant le tribunal correctionnel pour "corruption" et "trafic d'influence" dans l'affaire dite "des écoutes".

Le procès "des écoutes" aura-t-il lieu ? L'ancien président Nicolas Sarkozy, son avocat Thierry Herzog et l'ex-magistrat Gilbert Azibert ont été renvoyés devant le tribunal correctionnel,  pour "corruption" et "trafic d'influence", dans l'affaire dite "des écoutes", a indiqué jeudi 29 mars à France Télévisions une source proche du dossier, confirmant une information du Monde. L'ancien président va contester ce renvoi en correctionnelle. Franceinfo revient en quatre questions sur cette affaire.

Dans quel cadre Nicolas Sarkozy a-t-il été écouté ?

L'ancien président a été placé sur écoute, en septembre 2013, dans le cadre des investigations sur les soupçons de financement libyen de la campagne présidentielle victorieuse de 2007. Une affaire qui lui a valu d'être mis en examen, le 21 mars 2018. Les enquêteurs s'étaient aperçus à cette occasion que l'ex-chef de l'Etat et son avocat communiquaient via des téléphones portables acquis sous fausse identité, notamment celle d'un certain Paul Bismuth pour Nicolas Sarkozy.

Qu'ont révélé ces écoutes ?

Sur la base d'écoutes du téléphone d'emprunt au nom de Paul Bismuth, Nicolas Sarkozy est soupçonné d'avoir, en 2014, sollicité le haut magistrat Gilbert Azibert, par l'intermédiaire de son avocat Thierry Herzog, "pour tenter d'influer sur une décision" de la Cour de cassation le concernant dans l'affaire Bettencourt, résume une source proche de l'enquête. "Ou, à tout le moins, pour tenter d'obtenir des informations confidentielles", poursuit cette source.

En échange, le président de l'UMP aurait promis d'intervenir pour que le magistrat obtienne un poste de prestige à Monaco. Finalement, l'ex-président n'a pas obtenu gain de cause et Gilbert Azibert n'a pas récupéré le poste convoité. L'ancien chef de l'Etat a fait savoir dès juillet 2014 qu'il considérait la thèse des enquêteurs comme "une insulte à [son] intelligence". 

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Ces écoutes étaient-elles légales ? 

L'ancien président de la République et son avocat, Thierry Herzog, avaient déposé, le 12 septembre 2014, leurs requêtes en nullité de la procédure dans cette affaire. L'ancien chef de l'Etat considérait que la justice avait violé le secret professionnel en écoutant ses conversations avec son avocat.

Thierry Herzog avait d'ailleurs indiqué au Monde, le 7 mars 2014, que "les conversations entre un avocat et son client ne peuvent être écoutées, pire, enregistrées et retranscrites, pour fonder l’ouverture d’une information". La procédure est pourtant possible, si le bâtonnier est prévenu, ce qui semble avoir été le cas.

Malgré ces contestations, la cour d'appel de Paris a confirmé, le 7 mai 2015, la validité de ces écoutes. La Cour de cassation avait à son tour validé les écoutes le 22 mars 2016.

Et maintenant ?

Nicolas Sarkozy va contester son renvoi en correctionnelle, ont indiqué ses avocats dans un communiqué. "Nicolas Sarkozy fera valoir ses droits en saisissant la chambre d'instruction, en attendant sereinement le résultat de la requête en nullité. Il ne doute pas qu'une fois encore, la vérité finira par triompher", écrivent Pierre Haïk et Jacqueline Laffont.

La requête en nullité, qui vise à faire annuler la procédure, sera examinée par la chambre d'instruction le 25 juin prochain, précisent les avocats, qui s'étonnent de recevoir au même moment une ordonnance de renvoi en correctionnelle et une convocation devant la chambre de l'instruction.