Qui était informé des écoutes de Sarkozy : l'exécutif s'emmêle les pinceaux

Le ministre de l\'Intérieur, Manuel Valls, le 6 mars 2014 à Paris.
Le ministre de l'Intérieur, Manuel Valls, le 6 mars 2014 à Paris. (THOMAS SAMSON / AFP)

Christiane Taubira, François Hollande et Manuel Valls affirment avoir découvert l'existence des écoutes en lisant la presse. Jean-Marc Ayrault dit au contraire en avoir été informé, tout comme sa ministre de la Justice, dès le 26 février.

Cacophonie au sommet. La communication du gouvernement autour de la mise sur écoute de Nicolas Sarkozy tourne au désavantage de la ministre de la Justice, Christiane Taubira. Alors que cette dernière a affirmé à deux reprises avoir appris l'existence de ces écoutes dans la presse, le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, a reconnu sur France 2, mardi 11 mars, que la garde des Sceaux et lui-même en étaient informés depuis le 26 février. Information confirmée mercredi 12 mars par le procureur général François Falletti. Lors d'un entretien sur RTL, le ministre de l'Intérieur, Manuel Valls, maintient, lui, avoir découvert cette information en lisant Le Monde daté du 7 mars. Retour sur les différentes versions et leurs contradictions. 

Valls dit avoir découvert l'affaire dans la presse le 7 mars

Ce que dit le ministre de l'Intérieur. Il affirme sur RTL avoir découvert les écoutes "à l'occasion des révélations du Monde", le 7 mars. Comment Jean-Marc Ayrault et Christiane Taubira pouvaient-ils en être informés et pas lui ? "Chacun reste dans son rôle", rétorque-t-il. Le locataire de la place Beauvau concède tout juste avoir été "informé en décembre des seules interceptions visant Brice Hortefeux", son prédécesseur. 

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Une version confirmée par l'ancien patron de la Direction centrale de la police judiciaire, en fonctions jusqu'en janvier. Informé des écoutes, "j'ai considéré que je n'avais pas à informer le ministre de l'Intérieur, ni du placement sur écoute, ni du contenu des transcriptions", a expliqué Christian Lothion

Ce qui met à mal sa version. Plusieurs professionnels, dont un ancien directeur de la police judiciaire (PJ) dans Le Figaro, s'étonnent dans la presse du fait que le premier flic de France ait pu ignorer ces écoutes, retranscrites par des officiers de police judiciaire. "Tout ce qui est exploitable a bien dû remonter, au moins verbalement, ne serait-ce que par la voie hiérarchique. Ou alors la PJ est morte", confie un policier de haut rang dans le quotidien.

Ayrault affirme ne pas connaître le "contenu" des écoutes 

Ce que dit le Premier ministre. Au 20 heures de France 2, mardi, le chef du gouvernement admet être au courant de l'affaire, tout comme Christiane Taubira, depuis le 26 février, date à laquelle le juge d'instruction Serge Tournaire a versé les écoutes au dossier. Jean-Marc Ayrault prend toutefois soin de préciser ne pas avoir "appris quel était le contenu des écoutes". "Nous ne savons pas ce qui a été dit dans ces écoutes par les uns ou par les autres."

FRANCE 2

Ce qui met à mal sa version. Lorsque le parquet a ouvert une information judiciaire pour "trafic d'influence" (le 26 février), le procureur de la République en a averti le procureur général François Falletti, qui a lui-même transmis le dossier à la Chancellerie. Mercredi, ce dernier a confirmé l'avoir fait, sur Europe 1. A partir de ce moment-là, écrit Le Canard enchaîné, Christiane Taubira "reçoit régulièrement un résumé du déroulé de l'enquête, comprenant une synthèse des écoutes téléphoniques". Difficile d'imaginer qu'elle n'en ait pas référé à son patron, Jean-Marc Ayrault. 

Taubira dit avoir découvert les écoutes dans "Le Monde"

Ce que dit la ministre de la Justice. Sur le plateau du 20 heures de TF1, mardi, elle assure avoir appris l'existence de ces écoutes dans la presse. "L'avez-vous appris comme nous, en lisant le journal Le Monde à 13 heures vendredi [7 mars], ou avant ?" lui demande Gilles Bouleau. Christiane Taubira finit par répondre : "La réponse à votre question est très claire : je ne le savais pas avant." Elle avait dit la même chose un peu plus tôt sur France Inter. 

 

TF1

Ce qui met à mal sa version. Le Canard enchaîné, d'abord, qui révèle qu'elle était informée depuis le 26 février. Le Premier ministre, ensuite, qui confirme cette information sur France 2. Le procureur général François Falletti, enfin, qui enfonce le clou sur Europe 1. Jean-Marc Ayrault a tout de même tenté de défendre la garde des Sceaux. Il s'est appuyé sur une autre question à laquelle avait été soumise la ministre, et non sur celle qui concerne la date à laquelle elle a été informée. "J'ai relu son interview. On lui pose la question : 'Qui était écouté, d'après vous ?' Elle a répondu : 'Je ne le sais pas.' Et ça, nous ne le savions pas."

Hollande est sur la même ligne que Valls et Taubira

Ce que dit le chef de l'Etat. Dans sa réponse au président de l'Union syndicale des magistrats (USM), Christophe Régnard, François Hollande affirme, selon Le Canard enchaîné, avoir "découvert dans la presse l'affaire des enregistrements Buisson et celle des écoutes de Sarkozy".   

Ce qui met à mal sa version. Selon Le Parisien publié mercredi, le chef de l'Etat était au courant depuis le 4 mars, jour de la perquisition effectuée chez l'avocat de Nicolas Sarkozy, Thierry Herzog, et chez le magistrat Gilbert Azibert. Une information validée par Manuel Valls sur RTL. "Je crois que cette information est juste", déclare le ministre de l'Intérieur.

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