Le voyage de Manuel Valls, ça fait combien en taxis d'Agnès Saal ou en cigares de Christian Blanc ?

Le Premier ministre, Manuel Valls, à Paris, le 9 juin 2015.
Le Premier ministre, Manuel Valls, à Paris, le 9 juin 2015. (CITIZENSIDE / YANN KORBI / AFP)

L'aller-retour du Premier ministre pour assister, à Berlin, le 4 juin, à la finale de la Ligue des champions, a été payé au moins 12 000 euros par l'Etat. Un trajet en avion dénoncé comme une "faute politique" par la droite.

Il s'était posé en défenseur de l'exemplarité des hommes politiques. L'image de Manuel Valls sortira sans doute écornée de l'affaire de son aller-retour pour Berlin. Le Premier ministre s'y est rendu, accompagné de deux de ses enfants, samedi 4 juin, pour assister à la finale de la Ligue des champions. Il a aussi rencontré le président de l'UEFA, Michel Platini, avant de retourner à Poitiers pour le congrès du PS. Un voyage effectué, entre Paris et Berlin, dans un avion de la République, et donc aux frais de l'Etat. Alors que l'opposition l'encourage à rembourser la somme, comparons celle-ci à ce qu'ont coûté à l'Etat d'autres scandales de ces dix dernières années.

L'aller-retour de Manuel Valls a coûté entre 12 000 et 24 000 euros

Sur le coût exact du déplacement du Premier ministre, les estimations des médias divergent. Une source gouvernementale, citée par l'AFP, situe l'addition entre 12 000 et 15 000 euros, estimant le coût horaire d'un déplacement dans le Falcon 7X entre 3 000 et 4 000 euros.

C'est l'estimation la plus basse : L'Obs parle d'un coût de 4 742 euros de l'heure, pour 3 heures et 20 minutes aller-retour et une facture totale de 15 800 euros. Europe 1 semble arrondir le tarif horaire à 5 000 euros, et la durée du vol à 4 heures, pour arriver à 20 000 euros. Enfin, Le Parisien assure que ces avions sont en réalité facturés entre 6 000 et 7 500 euros de l'heure aux ministères : dans ce cas, le voyage de Manuel Valls aurait donc coûté "plus de 24 000 euros".

Pour effectuer nos comparaisons, nous avons retenu l'estimation basse du gouvernement, soit 12 000 euros.

C'est autant que les cigares de Christian Blanc

En juin 2010, Le Canard enchaîné épingle le secrétaire d'Etat au Grand Paris, Christian Blanc, pour ses goûts de luxe : en près d'un an, il a dépensé 12 000 euros de havanes aux frais de l'Etat. Il se défend alors, raconte Libération, en accusant son ancien chef de cabinet et en plaidant l'imprudence : "C’est vrai (...) que parfois, la tête prise par mon travail, j’ai saisi des cigares sans me préoccuper de leur provenance." Il assure avoir remboursé une somme de 4 500 euros correspondant à sa consommation personnelle. Ce qui ne l'empêchera pas de démissionner du gouvernement quelques semaines plus tard.

C'est trois fois moins que les taxis d'Agnès Saal

L'ancienne présidente de l'INA a démissionné en avril après la révélation de ses très importants frais de taxi : en huit mois, elle aurait dépensé 40 915 euros de déplacements en taxis, alors même qu'elle bénéficiait d'un chauffeur de fonction. Une note qui avait été entièrement réglée par son institution, un établissement public. Agnès Saal, contre laquelle une enquête pour "détournements de fonds publics aggravés" a été ouverte, a donc coûté environ le triple du vol Paris-Berlin de Manuel Valls.

Elle a depuis remboursé une partie de cette somme, près de 16 000 euros selon ses avocats. Mais Le Parisien rapportait, début juin, qu'elle aurait fait le même usage "non exclusivement professionnel" du taxi entre 2007 et 2014, lorsqu'elle était directrice générale du Centre Pompidou. Ce qui pourrait alourdir son coût pour les finances publiques.

C'est trois fois moins que le manque à gagner dû à la "phobie administrative" de Thomas Thévenoud

En 2014, Manuel Valls n'avait pas été tendre avec son éphémère secrétaire d'Etat : il ne "comprenait pas" que Thomas Thévenoud ne démissionne pas de son poste de député, après la révélation de sa "non-conformité fiscale". Paralysé par sa "phobie administrative", Thomas Thévenoud avait réglé en retard, voire pas du tout, ses impôts depuis 2012. Un manque à gagner pour l'Etat que l'on peut chiffrer grâce à la somme qu'il dit avoir payée à l'administration fiscale, le 1er septembre 2014, pour régulariser sa situation : 41 475 euros, dont 12 593 euros de pénalités.

C'est cinq fois moins que l'appartement d'Hervé Gaymard

En février 2005, le ministre de l'Economie et des Finances de Jean-Pierre Raffarin, Hervé Gaymard, avait vu sa carrière coupée nette par une autre affaire de dépenses publiques : la révélation qu'il habitait, avec son épouse, un appartement de fonction de 600 m² loué par l'Etat. Quelques mois plus tard, il avait fini par régler le coût de son faux pas au Trésor public : 58 894 euros, soit deux mois de loyer à 14 000 euros auxquels s'ajoutent les frais dépensés pour l'aménagement du duplex, rapportait alors Libération.

C'est dix fois moins que le voyage officiel d'Alain Joyandet en jet privé

C'est la facture la plus lourde de ces dix dernières années : en mars 2010, le secrétaire d'Etat à la Coopération, Alain Joyandet, doit se rendre rapidement, non pas à Berlin, mais en Martinique. Pour ce voyage, il n'emprunte pas un avion de la République, mais loue un Falcon 7X à une compagnie privée. Le prix : 116 500 euros, révèle alors Mediapart. Plaidant les contraintes d'agenda, Joyandet finit tout de même par démissionner, plombé par une autre affaire de permis de construire illégal.

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