L'Angle éco. Le Vatican à l’heure des comptes

Le pape François s’est engagé à réorganiser en profondeur les opaques finances du Saint-Siège. Un parcours semé d\'embûches (L\'Angle éco/France 2)
Le pape François s’est engagé à réorganiser en profondeur les opaques finances du Saint-Siège. Un parcours semé d'embûches (L'Angle éco/France 2)

François, le “pape des pauvres”, se veut aussi celui de la transparence financière et de la fin des scandales au Vatican. Les comptes du Saint-Siège sont donc scrutés de près depuis son arrivée, en mars 2013. Mais la réforme s’annonce laborieuse.

C'est peut-être le premier souverain pontife à parler autant d’économie. Se voulant le pape d’une Eglise pauvre “pour les pauvres”, François n’hésite pas à dénoncer les injustices. Deux mois à peine après son élection, il critiquait déjà “le fétichisme de l’argent” et la “dictature de l’économie sans visage”. “L’argent doit servir et non pas gouverner”, martelait-il lors d’un discours au Vatican en mai 2013. Avec, peut-être, le Saint-Siège en ligne de mire.

Détournement de fonds, blanchiment, corruption...

Des scandales financiers d’ampleur touchent, de près ou de loin, le siège de l’Eglise catholique depuis des décennies. Les Italiens ont encore en mémoire la faillite, en 1982, de la banque du Vatican, la Banco Ambrosiano, et la mort mystérieuse de son directeur Roberto Calvi. Cet établissement permettait à l’Institut pour les œuvres de religion (IOR) de placer de l’argent dans des paradis fiscaux. Les affaires se sont multipliées au fil des années. En 2009, on apprenait que de faux comptes d’associations caritatives à l’IOR étaient en fait destinés à des donations politiques, des détournements de fonds ou du blanchiment d’argent. Un an plus tard, 23 millions d’euros détenus par la banque du Vatican étaient jugés suspects et gelés.

En 2012, le plus petit Etat du monde apparaissait sur une liste américaine de pays “vulnérables” face au blanchiment d’argent. Quelques mois plus tard éclatait le premier scandale des “Vatileaks”, quand étaient révélés des documents confidentiels du Vatican qui faisaient état, entre autres, de corruption et d’une mauvaise gestion du patrimoine de l’Eglise.

 Assainir et réformer

Sans mettre fin aux scandales, l’arrivée du pape François marque un tournant dans la gestion particulièrement opaque des finances du Vatican. Le souverain pontife s’engage à réorganiser en profondeur les finances du Saint-Siège et à contrôler au plus près les comptes de ses institutions.

Dès l’été 2013, il réunit un groupe d’experts financiers internationaux et crée la Cosea, une commission chargée d’enquêter et de proposer des réformes de fond. Le groupe est dirigé par Joseph Zahra, ancien directeur de la plus grande banque de Malte, et compte parmi ses experts l’ancien ministre des Affaires étrangères de Singapour George Yeo, ou encore le Français Jean-Baptiste de Franssu, aujourd’hui à la tête de la banque du Vatican.

Le travail de la Cosea entraîne la création d’un "conseil pour l’économie" et d’un "secrétariat pour l’économie" au Vatican, en 2014. C’est désormais le pape qui supervise les finances du Saint-Siège, qui dépendaient jusqu’ici de la secrétairerie d’Etat pour les questions financières. Un an plus tard, le secrétariat pour l’économie obtient officiellement un pouvoir de “contrôle” et de “vigilance en matières administrative et financière”. L’ensemble des dicastères de la Curie et des “institutions liées au Saint-Siège” sont concernés.

Les plus grands cabinets de conseil internationaux se succèdent aux portes du Vatican dès 2013. KPMG est chargé de “mettre les procédures comptables de tous les organismes du Saint-Siège aux normes internationales”. Le groupe Promontory Financial lance un audit de l’Administration du patrimoine du Siège apostolique (APSA), qui gère le patrimoine immobilier du Vatican, et contrôle les 19 000 comptes de l’IOR.

Depuis 2010, la banque du Vatican est contrôlée par l’Autorité d’information financière (AIF). Cette institution du Saint-Siège, renforcée par l’arrivée du pape François, lutte contre le blanchiment d’argent et tente d’aligner les finances du Vatican sur les normes internationales. En 2013, l’organisme recense 202 activités financières “suspectes” – un record –, contre seulement six en 2012 et une seule en 2011. En 2014, 4 600 comptes de l’IOR sont clôturés, soit plus d’un sur quatre, et 2 000 autres devraient suivre.

L'opacité règne toujours 

Pour l’Autorité d’information financière, ces chiffres montrent l’ampleur du travail de contrôle réalisé au Vatican. Mais aussi qu’il faut poursuivre les efforts. L’AIF a encore recensé 147 transactions suspectes au sein du Saint-Siège en 2014. Des opérations financières d’une valeur totale de 561 000 euros ont été suspendues cette même année.

Dans son dernier rapport (lien en anglais), Moneyval, l’organisme du Conseil de l’Europe chargé de la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme, salue le travail d’enquête opéré par l’AIF et l’IOR, mais demande davantage. Malgré le gel d’actifs et des enquêtes en cours, le comité ne voit pas encore de “résultats concrets” permis par des “poursuites judiciaires sérieuses” ou des saisies pour les cas de blanchiment d’argent.

La réforme initiée par le pape François promet d’être semée d’obstacles. Dans son livre Chemin de croix (Flammarion), le journaliste italien et auteur des Vatileaks Gianluigi Nuzzi révèle les fortes résistances, au cœur de la Curie, contre la transparence. Il raconte notamment un cambriolage au sein de la Préfecture pour les affaires économiques du Vatican, au cours duquel des documents confidentiels de la commission de réforme économique sont volés.

De nouvelles révélations

En novembre 2015 éclate l’affaire “Vatileaks 2”. En se basant sur la fuite de documents secrets, les journalistes Gianluigi Nuzzi et Emiliano Fittipaldi révèlent une nouvelle série de scandales financiers au Saint-Siège. Est ainsi dévoilée une longue liste de cardinaux et membres de la Curie logeant tous frais payés dans les spacieux appartements de l’APSA. On apprend aussi que le Denier de Saint-Pierre, en principe destiné à des initiatives caritatives, sert avant tout à “l’entretien de la Curie romaine”.

Le pape François réagit. Tout en qualifiant de “crime” la fuite de ces documents, il a promis de poursuivre son travail de réforme au sein. Dernière annonce en date, en décembre 2015, l’examen du bilan financier du Saint-Siège par la société d’audit PricewaterhouseCoopers, en collaboration avec le Secrétariat pour l’économie. La transparence demandée par le pape reste pour l’instant partielle. Pour preuve, le maigre “bilan financier” publié par le Vatican (lien en italien), qui tient sur à peine plus d’une page, et donne le déficit du Saint-Siège sans préciser ni les dépenses ni les recettes. Moins de dix chiffres sont rendus publics. Le Vatican reconnaît uniquement un déficit de 25,6 millions d’euros en 2014 et la découverte de 939 millions d’euros d’actifs jusqu’ici cachés.

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