Mise en examen de Nicolas Sarkozy : "Est-ce qu'il y a des preuves matérielles ? Non", répond l'avocat de Claude Guéant

Claude Guéant (à g.), alors ministre de l\'Intérieur, et Nicolas Sarkozy, alors président de la République, le 13 avril 2012, en Corse.
Claude Guéant (à g.), alors ministre de l'Intérieur, et Nicolas Sarkozy, alors président de la République, le 13 avril 2012, en Corse. (PASCAL POCHARD CASABIANCA / AFP)

L'avocat de Claude Guéant, Philippe Bouchez-El Ghozi, a estimé, jeudi sur franceinfo, que l'accusation, qui vaut une mise en examen à Nicolas Sarkozy dans le cadre de l'enquête du financement libyen supposé de la campagne de l'ex-président, reposait "sur deux types de personnages sulfureux".

Philippe Bouchez-El Ghozi, l'avocat de Claude Guéant, ancien bras droit de Nicolas Sarkozy, a affirmé, jeudi 22 mars sur franceinfo, que l'affaire du financement libyen supposé de la campagne de l'ancien chef de l'État ne reposait "que sur des accusations" venant de "personnages sulfureux" et qu'il n'y avait "aucune preuve matérielle" dans ce dossier. Nicolas Sarkozy a été mis en examen, mercredi soir, et placé sous contrôle judiciaire. Une mesure qui a "un peu étonné" l'avocat.

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franceinfo : Êtes-vous surpris par cette mise en examen de Nicolas Sarkozy ?

Philippe Bouchez-El Ghozi : Elle était annoncée dès le début de cette garde à vue, en réalité, donc sur la forme, elle ne me surprend pas. C'est sur le fond qu'elle me surprend et qu'elle me choque, en réalité. Dans ce dossier, nous sommes aujourd'hui avec, principalement, et quasi uniquement, des accusations qui reposent sur deux types de personnages sulfureux : M. Takieddine, condamné à maintes reprises par la justice, quelques Libyens aussi, au premier rang desquels l'ancien chef des services de renseignement de la Libye. C'est à dire des gens qui sont quand même habitués à des opérations de manipulation. Ce monsieur, Abdallah Senoussi, est quelqu'un qui a été condamné pour des faits de terrorisme contre les intérêts français. Voilà les accusateurs. C'est cela, le dossier !

Vous pensez vraiment que les juges ne s'appuient que sur les déclarations de ces personnages sulfureux ?

Je vous donne un exemple, qui vient d'être publié il y a quelques minutes : la déclaration de M. Sarkozy qui a été faite hier soir devant les juges. Cette déclaration, c'est la déclaration qu'on fait pour essayer de convaincre les magistrats de ne pas vous mettre en examen et de vous placer sous le statut de témoin assisté. Vous verrez qu'on ne répond que sur ces sujets-là. Est-ce qu'il y a des preuves matérielles, est-ce qu'on s'explique sur des preuves matérielles ? Non, il n'y en a pas.

Vous êtes l'avocat de Claude Guéant, l'ancien bras droit de Nicolas Sarkozy, lui aussi mis en examen dans ce dossier. Est-ce que l'étau se resserre ?

Cela fait que l'information judiciaire est ouverte. S'il y'avait vraiment des faits que l'on pouvait reprocher à Claude Guéant, je pense que cela ne fait pas cinq ans qu'on l'aurait laissé mis en examen. Il serait renvoyé devant un tribunal. On ne peut pas le faire, parce que, justement, au-delà des indices qui justifient une mise en examen, vous n'avez pas d'éléments tangibles qui permette de justifier une condamnation.

Comment expliquez-vous le placement de Nicolas Sarkozy sous contrôle judiciaire ?

C'est assez classique dans le cas d'une mise en examen. En revanche, s'agissant de la personnalité de Nicolas Sarkozy, de cette affaire, et surtout cinq ans après l'ouverture d'une information judiciaire. Je ne connais pas le contenu de ce contrôle judiciaire, mais j'en suis un peu étonné. Je pense qu'on ne va pas demander à un ancien président de la République de ne pas quitter la ville de Paris. Si c'est pour ne pas rencontrer Claude Guéant, je pense que cela fait longtemps qu'il a eu l'occasion de le rencontrer à maintes reprises.