Encéphalogramme plat et cœur en émoi : l'UMP est-elle déjà morte ?

Devant le siège de l\'UMP, à Paris, le 26 mai 2014.
Devant le siège de l'UMP, à Paris, le 26 mai 2014. (THOMAS SAMSON / AFP)

Prolifération d'affaires, petites phrases qui s'emballent, dette étouffante, idéologie illisible... Pour Christian Estrosi, "le parti est déjà mort". Francetv info livre son diagnostic.

La classe politique française aurait-elle des pensées mortifères ? Le 14 juin, devant la crème des responsables socialistes, Manuel Valls mettait en garde les siens : "La gauche peut mourir." Lundi 7 juillet, c'est le camp d'en face qui déprime : l'UMP est "un parti qui est déjà mort, un parti qui ne distribue plus que des investitures et ne produit plus d'idées nouvelles", lâche Christian Estrosi dans Le Parisien.

Si l'UMP n'est pas encore enterrée, le parti créé en 2002 au lendemain de la réélection de Jacques Chirac présente tous les aspects d'un grand malade. Francetv info se plonge dans son dossier médical et dresse un diagnostic.

Idées : encéphalogramme plat

Qui peut résumer aujourd'hui, en quelques mots simples, la ligne politique défendue par l'UMP ? Depuis 2012 et la défaite de Nicolas Sarkozy, le parti semble frappé d'une incapacité chronique à renouveler son corpus idéologique.

La campagne des dernières élections européennes a ainsi mis en évidence une quasi-incompatibilité entre le camp des pro-européens et celui des eurosceptiques. Voilà qui aurait pu donner lieu à une belle et noble bataille d'idées et d'arguments. Las, les échanges ont vite tourné au pugilat, Henri Guaino annonçant même publiquement qu'il ne voterait pas pour la liste UMP, menée en Ile-de-France par le très fédéraliste Alain Lamassoure.

Quant à l'appel à une "droite des valeurs" qui ne lorgnerait plus sur le centre et se réconcilierait avec le peuple de droite, signé fin juin par Henri Guaino, Guillaume Peltier, Rachida Dati et Laurent Wauquiez, il est loin de faire l'unanimité. "Les Français attendent moins une droite des valeurs qu'une droite des solutions", écrivent dans Le Figaro les responsables du petit courant La Boîte à idées. Un défi de taille. Les derniers développements du feuilleton Nicolas Sarkozy montrent en tout cas un parti tout entier absorbé par l'éventuel retour de l'ancien président, et non porté sur l'élaboration d'un programme ou la recherche de réponses concrètes aux problèmes du pays.

Petites phrases : gare à la tachycardie

Après l'intense combat Copé-Fillon à l'automne 2012, suivi d'une guerre larvée de plusieurs mois, l'UMP pensait avoir retrouvé la sérénité. Mais, avec la démission de Jean-François Copé et le retour annoncé, chaque jour plus pressant, de Nicolas Sarkozy, le parti s'est remis à tirer à hue et à dia. Invectives, règlements de comptes, attaques personnelles… Tout y passe.

Quand Alain Juppé émet une critique sur le mode de défense de Nicolas Sarkozy, la réplique tombe aussitôt : "Qu'il se présente, il me rajeunit, éructe l'ancien président en petit comité, selon Les Echos. Moi, je n'ai jamais été condamné ! Et au fait, c'est quoi le bilan réformateur d'Alain Juppé ? Il est nul."

Henri Guaino, lui, "commence à être fatigué des leçons de M. Juppé", de l'"épouvantable arrogance" et de "cet insupportable mépris dont il accable depuis toujours ceux qui sont en désaccord avec lui". "Qui ne se souvient de son histoire ? Pour donner des leçons de morale, il faut être exemplaire", balance-t-il sur Europe 1, renvoyant l'ex-Premier ministre à ses déboires judiciaires passés.

Signe de l'ambiance délétère qui règne rue de Vaugirard, le secrétaire général du parti, Luc Chatel, a écarté, lundi, les représentants du trio Fillon-Juppé-Raffarin d'une réunion sensible sur les comptes de l'UMP, révèle Le Lab. Raison invoquée : le risque de fuites dans la presse. Aux yeux du secrétaire général, les proches collaborateurs des membres du triumvirat placé à la tête de l'UMP ne seraient donc pas dignes de confiance.

Affaires : les métastases gagnent du terrain

Depuis la révélation de l'affaire Bygmalion et de ses ramifications, pas une semaine ne s'écoule sans son lot d'informations troublantes, pour le parti ou pour sa figure tutélaire, Nicolas Sarkozy. De quoi plomber la préparation du congrès prévu à l'automne et l'élection du nouveau président du parti, le 29 novembre.

Concernant l'affaire Bygmalion, deux thèses s'affrontent désormais. La première correspond à celle livrée fin mai par l'avocat de la société de communication. Selon lui, il n'y a jamais eu de surfacturation, qui aurait par exemple permis à certaines personnalités de s'enrichir illégalement. Selon cette thèse, le système de fausses factures établi par Bygmalion permettait en fait de dissimuler le véritable coût de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2012, et d'éviter ainsi un rejet des comptes de campagne. Une version confirmée par un Jérôme Lavrilleux en larmes sur le plateau de BFMTV.

Mais lors de l'interview télévisée consécutive à sa mise en examen, Nicolas Sarkozy s'est inscrit en faux : "Il ne s'agit pas de ma campagne. En ce qui concerne ma campagne, il n'y a jamais eu le moindre système de double facturation". Sous-entendu : s'il y a eu des fraudes, elles ne concernent que l'UMP. Mais dans ce cas, où le surplus d'argent versé par l'UMP à Bygmalion a-t-il bien pu atterrir ?

La tornade judiciaire de la semaine passée à peine éloignée, voilà que d'autres affaires apparaissent. Lundi, une nouvelle enquête a été ouverte. Elle concerne la prise en charge, par l'UMP, de la pénalité financière de 363 615 euros infligée à Nicolas Sarkozy après l'invalidation de ses comptes de campagne, alors que cette somme aurait dû être versée par l'intéressé en personne. Alerté par les commissaires aux comptes du parti, le parquet a lancé une procédure pour "abus de confiance".

Autre affaire récemment dévoilée, cette fois issue de la gestion Copé : selon l'audit des comptes du parti, relayé par le Journal du dimanche, l'UMP aurait payé des billets d'avion à hauteur de 24 000 euros pour l'épouse de Jean-François Copé, afin qu'elle puisse suivre son mari lors de ses déplacements.

Finances : asphyxie en vue ?

Le parti serait criblé de dettes, à hauteur de 80 millions d'euros, si l'on en croit l'audit sur ses comptes tel qu'il est présenté dans le JDD. "Si ce chiffre est exact, cela veut dire que la situation est extrêmement grave et que l'UMP est terriblement fragilisée", commente Christian Estrosi dans Le Parisien.

La présentation officielle de cet audit, mardi, devrait pouvoir renseigner les dirigeants de l'UMP sur sa capacité à survivre jusqu'à la fin de l'année. Selon le JDD, le parti, qui n'arrive plus à rembourser ses emprunts, a été contraint de solliciter un geste des banques.

Et ce n'est peut-être pas terminé. Les prochains mois, marqués notamment par l'élection du président de l'UMP le 29 novembre, pourraient encore faire s'enfoncer les comptes dans le rouge. "A ce stade, on ne sait même pas si nous sommes en capacité de financer le prochain congrès fin novembre, alerte-t-on dans l'entourage d'Alain Juppé, interrogé par Le Parisien. Et encore, c'est juste la base : location de salle, de sono, de lumière et de chaises."

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