Affaire Cahuzac : que savaient Hollande et le gouvernement ?

François Hollande et Jérôme Cahuzac, alors ministre délégué au Budget, le 4 janvier 2013, sur le perron de l\'Elysée.
François Hollande et Jérôme Cahuzac, alors ministre délégué au Budget, le 4 janvier 2013, sur le perron de l'Elysée. (MIGUEL MEDINA / AFP)

Le chef de l'Etat pouvait-il vraiment ignorer la vérité ? De nombreux indices peuvent laisser dubitatif. En tout cas, plusieurs questions restent en suspens

Passée la stupeur, les interrogations. Après les aveux de Jérôme Cahuzac, qui avait tant nié, la suspicion rejaillit sur les plus hauts personnages de l'Etat. La question tombe sous le sens : depuis que l'affaire a éclaté, il y a quatre mois, comment le gouvernement et le président de la République pouvaient-ils ne pas être au courant ? Mercredi 3 avril, l'opposition a saisi la balle au bond. Soit François Hollande "ne savait rien et c'est quand même extrêmement grave parce que cela signifie que lui-même fait preuve d'une certaine candeur, soit il savait et ça veut dire qu'il a menti aux Français", a affirmé Jean-François Copé sur Europe 1.

Jérôme Cahuzac a trompé tout le monde, jusqu'à son propre avocat, Gilles August, qui a décidé de ne plus le défendre lorsqu'il lui a avoué avoir un compte en Suisse, le 26 mars. Les "yeux dans les yeux", il avait auparavant juré au président de la République n'avoir jamais disposé d'un tel compte. Une position répétée avec force, solennellement, devant l'Assemblée nationale en décembre.

Mercredi, le chef de l'Etat a assuré que Jérôme Cahuzac n'avait "bénéficié d'aucune protection autre que celle de la présomption d'innocence"La gauche souligne la promptitude qu'a mis François Hollande à réagir, mettant fin aux fonctions de son ministre, le 19 mars, trois heures seulement après l'ouverture d'une information judiciaire.

Pour autant, le chef de l'Etat et le gouvernement pouvaient-il vraiment ignorer la vérité ? De nombreux indices peuvent laisser dubitatif. En tout cas, plusieurs questions restent en suspens.

1Pourquoi l'Elysée a-t-il ignoré les informations de Mediapart ?

Le compte de Jérôme Cahuzac à l'étranger ? "Je n'en savais rien", a assuré Jean-Marc Ayrault mardi sur France 2. Pourtant, dès décembre, l'enquête publiée par Mediapart était accablante, enregistrement sonore à l'appui. Depuis, le site d'informations, et d'autres titres de presse n'ont cessé de publier de nouvelles révélations.

L'exécutif a toujours dit vouloir laisser la justice faire son travail dans la sérénité, sans donner d'instruction, ni intervenir dans le dossier. François Hollande semble s'y être tenu. Mais les éléments publiés par Mediapart n'auraient-ils pas pu le conduire à demander des investigations plus poussées aux services de renseignements ? Les explications fournies jusqu'à présent par le couple exécutif laissent à penser que les plus hautes instances de l'Etat disposent de moins de moyens d'enquêter qu'un site d'informations.

Selon Le Canard enchaîné du 27 mars, l'Elysée disposait "depuis Noël" d'une note émanant du ministère de l'Intérieur affirmant que la fameuse bande sonore n'avait pas été "trafiquée", et que la voix était "proche de celle du ministre". Mais aucune décision n'a été prise à ce moment-là.

2Pourquoi le dossier fiscal de Cahuzac n'a-t-il pas fait douter le gouvernement ?

Selon l'enquête de Mediapart publiée en décembre, Rémy Garnier, un ancien agent du fisc, soupçonnait dès 2008 l'existence d'un compte de Jérôme Cahuzac dissimulé en Suisse. Dans un procès-verbal, l'homme disait avoir relevé plusieurs anomalies dans le dossier fiscal de celui qui allait devenir, deux ans plus tard, président de la commission des finances à l'Assemblée nationale. A l'époque, ses observations sont restées sans suite. Pire : Rémy Garnier a été sanctionné pour avoir outrepassé ses fonctions.

Mais début février, soit deux mois après le début de l'affaire, Mediapart révèle que l'administration fiscale s'intéresse de près au dossier fiscal de Jérôme Cahuzac. Parmi les anomalies constatées : un appartement sous-évalué, des montres de luxe non déclarées, un achat immobilier acheté avec des fonds à la provenance indéterminée... Des soupçons qui n'accréditent pas spécialement la thèse du compte en Suisse, mais qui auraient pu, à tout le moins, alerter son ministre de tutelle à Bercy, Pierre Moscovici, mais aussi le couple exécutif. Surtout s'agissant d'un ministre du Budget en exercice, dont la fonction n'autorise guère ce genre d'écarts.

3Moscovici a-t-il posé les bonnes questions aux autorités suisses ?

Les doutes s'accumulent enfin quant à la demande formulée par Pierre Moscovici à la banque suisse UBS via le gouvernement helvétique. "Les Suisses blanchissent Cahuzac", titrait le JDD le 10 février. Selon une "source administrative à Bercy" citée par le journal, la réponse transmise par la banque démentait "formellement la possibilité d'un compte", en tout cas depuis 2006.

Si l'UBS n'a rien trouvé, c'est que ledit compte avait été transféré dès 2000 dans une autre banque suisse, plus discrète, à en croire le Canard enchaîné de mercredi. Le ministre des Finances a-t-il donc été trop imprécis dans sa demande aux autorités suisses ? Plusieurs opposants réclament désormais la démission de ce ministre.

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