Tapie relaxé : "Nous sommes très étonnés", dit le président d'Anticor

Bernard Tapie, au tribunal de Paris, le 4 avril 2019.
Bernard Tapie, au tribunal de Paris, le 4 avril 2019. (BERTRAND GUAY / AFP)

Le tribunal correctionnel de Paris a relaxé mardi Bernard Tapie, dans l'affaire de l'arbitrage qui l'oppose au Crédit lyonnais sur le dossier Adidas depuis plus de dix ans. Jean-Christophe Picard, le président d'Anticor, a réagi sur franceinfo.

Bernard Tapie a été relaxé dans l'affaire de l'arbitrage controversé ayant octroyé 403 millions d'euros à l'homme d'affaires en 2008 pour solder son litige avec le Crédit Lyonnais. Le tribunal correctionnel de Paris a jugé, mardi 9 juillet, qu'il n'y avait pas assez de preuves pour parler d'une "manœuvre frauduleuse", désapprouvant une décision de justice civile de 2015.

Invité sur franceinfo, mardi 9 juillet, Jean-Christophe Picard, le président d'Anticor, l'association de lutte contre la corruption en politique, à réagi "Nous sommes très étonnésOn nous explique qu'il y a une fraude mais qu'il n'y a pas de fraudeurs." Pour Jean-Christophe Picard, "il est probable que le parquet fasse appel", mais selon lui, au final, "dans cette affaire, ce sont les contribuables qui vont payer."

franceinfo : Votre premier sentiment sur cette relaxe de Bernard Tapie ?

Bernard Tapie : Nous sommes très étonnés car l'arbitrage avait été annulé, considéré comme frauduleux, par la Cour de cassation en 2015. La Cour de justice de la République avait dénoncé en 2016 l'appropriation frauduleuse par Tapie de 45 millions d'euros. Aujourd'hui, on nous explique qu'il y a une fraude mais qu'il n'y a pas de fraudeur. Au regard des réquisitions très sévères du parquet, qui avait réclamé jusqu'à cinq ans de prison ferme, il est probable que le parquet fasse appel, mais pour l'instant nous sommes assez dubitatifs.

Vous ne comprenez pas la différence entre le jugement rendu il y a trois ans et celui d'aujourd'hui ?

S'il y a une fraude, il y a des fraudeurs. À un moment donné, il faut qu'on nous explique qui a fraudé. Ce n'est pas madame Lagarde car madame Lagarde n'a été condamnée que pour négligence ayant permis le détournement de fonds publics, mais ce n'est pas elle la fraudeuse. Donc, qui a fraudé ? Il faut bien qu'on réponde à cette question. S'il y une fraude, il y a des fraudeurs, c'est assez facile à comprendre.

Parlez-nous de cette procédure d'arbitrage. Est-elle utilisée régulièrement ? Y-avait-il des soupçons dès l'organisation de cette procédure ?

C'est une procédure qui existe. Une procédure qui effectivement est plus rapide. Mais le problème de cet arbitrage, c'est qu'il a été soupçonné d'être très partial. L'accusation disait : 'cet arbitrage a été organisé pour faire en sorte que la décision soit favorable à monsieur Tapie'. C'est la partialité de l'arbitrage qui était en cause. Les montants qui ont été par la suite annoncés étaient délirants, 45 millions de préjudice moral, ça ne s'est jamais vu. C'est d'ailleurs pour ette raison que Christine Lagarde a été condamnée pour négligence, elle ne s'était pas opposée à cette décision.

Est-ce que cette affaire a des conséquences sur les finances publiques dans la mesure où Bernard Tapie doit toujours rembourser les 400 millions d'euros qui lui ont été octroyés en 2008 ?

On va voir s’il peut rembourser. Dans cette affaire, on sait très bien que ce sont les contribuables qui vont beaucoup payer. C'est ça le problème. Et surtout, ça n'est pas très dissuasif pour l'avenir. Si ce n'est plus une fraude, c'est au moins un fiasco. Et finalement je remarque que personne n'est responsable, si ce n'est le contribuable qui paye. 

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