L'héritière de L'Oréal a été entendue lundi pendant plus de deux heures à son domicile par la brigade financière

Liliane Bettencourt
Liliane Bettencourt (FRANCE 3 BRETAGNE)

Liliane Bettencourt, 87 ans, était interrogée dans le cadre de l'enquête portant notamment sur une éventuelle fraude fiscale, a expliqué son avocat Me Georges Kiejman, resté sur place sans assister à l'interrogatoire. "Une présence affectueuse", a-t-il dit.Entamée en fin de matinée, l'audition s'est achevée en début d'après-midi.

Liliane Bettencourt, 87 ans, était interrogée dans le cadre de l'enquête portant notamment sur une éventuelle fraude fiscale, a expliqué son avocat Me Georges Kiejman, resté sur place sans assister à l'interrogatoire. "Une présence affectueuse", a-t-il dit.

Entamée en fin de matinée, l'audition s'est achevée en début d'après-midi.


De l'argent caché sur des comptes suisses
L'interrogatoire de la milliardaire, troisième fortune de France et 17e fortune mondiale, s'est déroulé à son domicile à Neuilly, dans les Hauts-de-Seine, en raison de son grand âge."C'est la seule disposition particulière", a déclaré Marie-Christine Daubigney, procureur adjoint de Nanterre.

Liliane Bettencourt est au centre d'une affaire politique et judiciaire depuis la publication mi-juin d'enregistrements clandestins de ses conversations réalisés par un employé. Ils mettent au jour d'apparentes opérations de fraude fiscale en Suisse et peut-être en Uruguay et à Singapour. L'enquête a déjà démontré que 78 millions d'euros étaient cachés sur des comptes suisses et Liliane Bettencourt en a annoncé le rapatriement en France.

Il est aussi question dans les enregistrements de l'île d'Arros, aux Seychelles, acquise par les Bettencourt en 1999 à l'insu du fisc français. Son statut actuel est peu clair du fait d'un montage compliqué opéré au Liechtenstein. Le fisc ne semble pas s'être intéressé à la fortune Bettencourt depuis de longues années. Liliane Bettencourt a reçu en revanche une centaine de millions d'euros de remboursement de l'Etat depuis 2007 au titre du bouclier fiscal.

Les espèces qui auraient transité par Eric Woerth
Les policiers ont aussi eu toute latitude pour interroger Liliane Bettencourt sur l'embauche en novembre 2007 par son gestionnaire de fortune, Patrice de Maistre, de Florence Woerth, épouse d'Eric Woerth, alors ministre du Budget.

Dans les enregistrements, Patrice de Maistre explique à la milliardaire avoir réalisé cette embauche pour "faire plaisir" à Eric Woerth et "à sa demande". Florence Woerth, qui touchait 200.000 euros par an, a nié tout arrangement devant la police, selon son avocat. Eric Woerth, qui recevait à la même époque et au moins depuis 2006 des chèques de Liliane Bettencourt pour l'UMP, parti dont il était trésorier, nie toute intervention. L'enquête a déjà démontré qu'il avait remis la Légion d'honneur à Patrice de Maistre en janvier 2008, à sa demande.

Eric Woerth, aujourd'hui ministre du Travail, doit aussi être entendu dans les prochains jours comme témoin par la police, à une date que le parquet se refuse à préciser.

La police a aussi pu interroger Liliane Bettencourt sur son entrevue avec Nicolas Sarkozy à l'Elysée en 2008, évoquée dans les enregistrements. Il y aurait été question de la plainte de sa fille, finalement rejetée en 2009 par le parquet.

Enfin, l'enquête concerne les importants retraits en espèces opérés par la milliardaire, jusqu'à 50.000 euros par semaine sur des années. Son ex-comptable Claire Thibout a évoqué des dons à des hommes politiques, notamment un supposé financement illicite de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007 à hauteur de 150.000 euros, via Eric Woerth.

La fille de Liliane Bettencourt, Françoise Meyers, considère que sa mère est victime de "prédateurs" qui profiteraient de son état de faiblesse. Elle demande sa mise sous tutelle que le parquet refuse, en invoquant l'absence de constat médical.

Françoise Meyers poursuit au pénal le photographe François-Marie Banier pour "abus de faiblesse" en raison du milliard d'euros de dons extorqués selon elle à sa mère entre 2002 et 2007. Un complément d'enquête distinct des procédures du parquet est conduit sur ce point par le tribunal de Nanterre via la juge Isabelle Prévost-Desprez, et notamment la question du testament de l'héritière.

Kiejman accuse la juge Prévost-Desprez de partialité
L'avocat de Liliane Bettencourt, Me Georges Kiejman, a par ailleurs accusé lundi la juge Isabelle Prévost-Desprez de "partialité" dans sa conduite de l'enquête sur un éventuel abus de faiblesse dont serait victime sa cliente.

L'avocat juge "indécent et scandaleux que le contenu de la saisie pratiquée chez le notaire de (sa) cliente, sur demande de madame la Présidente Prévost-Desprez, a aussitôt été complaisamment porté à la connaissance de la presse, portant encore une fois atteinte au respect de la vie privée de madame Liliane Bettencourt".

Des perquisitions ont été effectuées la semaine dernière à l'étude du notaire de Liliane Bettencourt et dans la banque où ce dernier dispose d'un coffre, à la demande de la juge Isabelle Prévost-Desprez, du tribunal de Nanterre (Hauts-de-Seine). Elles ont été réalisées dans le cadre du supplément d'information ordonné par le tribunal de Nanterre le 1er juillet, dont Me Kiejman a fait appel et qui doit être tranché le 17 août.

Au cours de ces perquisitions mercredi et vendredi, les policiers ont saisi de nombreux documents relatifs notamment aux dispositions testamentaires de la milliardaire héritière de L'Oréal.

Mme Bettencourt a modifié son testament
Pour Me Kiejman, les "documents saisis ne tiennent pas compte des dernières dispositions testamentaires prises par Madame Bettencourt et dont elle est parfaitement en droit de se réserver le secret".

De son lieu de villégiature en Espagne, Liliane Bettencourt a publié vendredi l'état de son patrimoine, qui s'élève à 15,6 milliards d'euros, dont 14,5 milliards représentant sa participation de 30% au capital de L'Oréal, ainsi que l'organisation de sa succession.

Elle précise que son ou ses légataires à titre universel disposeraient d'un peu moins de 8% de sa fortune, contre plus de 92% pour sa fille et ses deux petits-fils, uniquement après sa mort.