Affaire Kohler : si les "faits sont avérés, sur le plan politique c'est plus grave que l'affaire Benalla"

Alexis Kohler, à l\'Élysée, le 5 juin 2018. 
Alexis Kohler, à l'Élysée, le 5 juin 2018.  (JULIEN DE ROSA / EPA)

L'historien Jean Garrigues estime que le mélange des genres est assez courant sous la Ve République qu'il faut continuer de réformer pour plus de transparence. 

Depuis mercredi 8 août, Alexis Kohler est visé par une deuxième plainte de l'association Anticor. Le secrétaire général de l'Élysée s'est prononcé en faveur de contrats accordés à l'armateur MSC, appartenant à sa famille en 2010 et 2011, et alors qu'il représentait l'État au conseil d'administration des chantiers navals de Saint-Nazaire ainsi qu'au conseil de surveillance du grand port maritime du Havre (GPMH), sans révéler ses liens familiaux.

Une affaire qui, si elle est prouvée, "est plus grave que l'affaire Benalla", estime jeudi 9 août sur franceinfo Jean Garrigues, historien, et professeur d'histoire contemporaine à l'Université d'Orléans et à Sciences Po.

franceinfo : Ces liens familiaux entre Alexis Kohler et MSC, est-ce un mélange des genres qui vous étonne ?

Jean Garrigues : Pas vraiment, c'est un mélange des genres assez courant sous la Ve République. Le pantouflage de ces hommes qui sont issus des mêmes écoles, l'ENA, l'Inspection des finances, et qui transitent en permanence entre des responsabilités dans les cabinets ministériels, en l'occurrence à l'Élysée, et dans le monde du management public ou privé est quelque chose d'assez fréquent mais cela ne veut pas dire qu'il faut excuser le conflit d'intérêts.

Pourtant on a mis en place une Haute Autorité de la vie publique. Comment explique-t-on alors que cette situation perdure ?

Depuis quelques années, depuis 2013, et plus récemment avec les lois votées sous Emmanuel Macron, la vigilance s'est accrue sur les conflits d'intérêts. On sait que cela a beaucoup existé au Parlement, des lobbys notamment pharmaceutique, du bâtiment, de la distribution de l'eau, ont été très influents par le truchement de parlementaires qui leur étaient plus ou moins liés, ou qui avaient eu des liens par le passé avec ces sociétés.

Mais le filet n'est peut-être pas assez dense et quelque fois on passe entre les mailles du filet. En l'occurrence, il faut reconnaître que les faits qui sont reprochés à Alexis Kohler sont des faits antérieurs à ses responsabilités à l'Élysée. Mais c'est quand même un symptôme d’un système qui n'est pas encore totalement transparent.

On l'a vu récemment avec l'affaire Benalla, où l'on découvre que certains collaborateurs ne sont pas forcés de déclarer tout ce qui devrait l'être ?

À mon sens, si les faits sont avérés pour Alexis Kohler je pense que sur le plan politique, l'affaire est plus grave que celle d'Alexandre Benalla. Simplement ce que cela révèle, à la fois pour Benalla et pour Kohler, c'est que cet entourage d’Emmanuel Macron, qui a fait ses preuves dans une sorte de commando pour gagner la présidentielle de 2017, s'est constitué au fur et à mesure autour d'hommes de confiance et on n’a pas toujours vérifié de manière assez claire l'origine et le parcours de ces personnages. [...] Mais d'un point de vue historique on va de plus en plus vers l'éthique, la transparence, et je ne pense pas que l'on puisse faire un procès d'intention à Emmanuel Macron de vouloir préserver un État opaque, et une citadelle assiégée. Mais je pense qu'il faut continuer à rénover et à réformer.

Vous êtes à nouveau en ligne