L'article à lire si vous ne comprenez rien à l'affaire Bygmalion

Nicolas Sarkozy lors d\'un meeting de campagne sur la place de la Concorde, à Paris, le 15 avril 2012.
Nicolas Sarkozy lors d'un meeting de campagne sur la place de la Concorde, à Paris, le 15 avril 2012. (KENZO TRIBOUILLARD / AFP)

Fausses factures, double comptabilité, meetings extravagants... Les révélations se succèdent dans l'affaire Bygmalion. Francetv info récapitule les principaux éléments.

Des meetings "dignes des [Rolling] Stones", des drapeaux à foison ou des toilettes à 1 250 euros... Libération publie, lundi 23 juin, des extraits des factures détaillées de 44 événements de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2012, organisés par une filiale de la société Bygmalion, Event & Cie.

Ces nouveaux éléments alimentent le feuilleton d'une affaire qui, d'accusations de surfacturation à l'UMP, s'est réorientée vers la question du financement de la campagne du président sortant en 2012. Vous commencez à être un peu perdus ? Francetv info reprend tout depuis le début.

Bygmalion, c'est quoi déjà ?

Bygmalion, c'est le nom d'une agence de communication créée en 2008 par Bastien Millot et Guy Alves, deux proches de Jean-François Copé. Le premier a été son directeur de cabinet à Meaux (Seine-et-Marne), ville dont il est maire. Le second a collaboré avec lui à Bercy lorsque Copé était ministre délégué au Budget (2004-2007).

C'est par Bygmalion que le scandale a éclaté. En février, Le Point accuse Jean-François Copé, alors président de l'UMP, d'avoir "sponsorisé avec l'argent de l'UMP" la société de communication. Prestataire pour le parti, l'entreprise aurait surfacturé certaines de ses prestations à l'occasion de la campagne présidentielle de 2012.

Au départ, on parlait de "conventions fictives", non ?

Effectivement. L'UMP a été particulièrement généreuse avec Event & Cie, l'une des filiales de Bygmalion. De janvier à juin 2012, le parti a versé plus de 12 millions d'euros pour le règlement de 55 "conventions thématiques", révèle Libération mi-mai. Mais impossible de retrouver la trace de la plupart de ces réunions, ce qui attise les soupçons : s'agit-il d'événements fictifs ?

Comment en est-on arrivé à la campagne de Nicolas Sarkozy ?

La réponse intervient le lundi 26 mai. Bygmalion passe à l'attaque, via son avocat, Patrick Maisonneuve. Lors d'une conférence de presse explosive, il affirme que de "fausses factures" ont été établies "à la demande de l'UMP" afin de dissimuler les dépassements des dépenses de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2012. En effet, la loi impose à un candidat qualifié au second tour de ne pas dépasser un plafond de 22,5 millions d'euros.

Dans la foulée, Jérôme Lavrilleux, directeur adjoint de la campagne de Nicolas Sarkozy et directeur de cabinet de Jean-François Copé, se livre dans une interview confession sur BFMTV. Au bord des larmes, il confirme que des meetings de Nicolas Sarkozy ont été "indûment" pris en charge par l'UMP. La faute, dit-il, à un "dérapage" sur le nombre d'événements et leurs prix. 

Pour résumer, il y a donc eu de fausses factures pour de fausses conventions, acquittées par l'UMP pour régler de vraies prestations réalisées pour de vrais événements de campagne de Nicolas Sarkozy.

Mais alors, combien a vraiment coûté la campagne ?

Officiellement, Nicolas Sarkozy a dépensé 21,3 millions d'euros pour sa campagne de 2012. C'est la somme déclarée à la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques. En réalité, l'ensemble de la campagne a coûté 39 millions d'euros, calculent Mediapart et Libération. La faute, notamment, à l'explosion des coûts des 44 meetings du président-candidat.

Pourquoi a-t-elle été aussi chère ?

En 2012, Nicolas Sarkozy démarre sa campagne tard, à la mi-février. Trop tard ? En face, l'avance de François Hollande dans les sondages se confirme. Pour contrer la poussée du socialiste, le camp du président-candidat accélère, organisant jusqu'à une réunion publique par jour. Le tout "dans une grande improvisation", parfois "du jour pour le lendemain", selon un acteur de la campagne.

Cette organisation dans la précipitation aboutit à un "coût délirant" des meetings, écrit Libération. Le quotidien estime que Bygmalion a effectué des "prestations réelles", mais "payées à prix d'or" car commandées dans une situation d'urgence.

A cela s'ajoute une sorte de folie des grandeurs, à en croire les factures détaillées des meetings, consultées par Libération. Ainsi, 3 400 euros auraient été dépensés pour la seule loge de Nicolas Sarkozy à Bordeaux, en mars 2012. 

Comment a été organisé ce système de financement ?

Qui savait ? Quand et comment a été décidé le système de fausses factures ? Sur ces questions cruciales pour l'enquête, les versions des uns et des autres divergent. Jérôme Lavrilleux affirme à Mediapart que la décision d'imputer indûment des frais à l'UMP a été prise entre début mai et juillet 2012, "lors d'une réunion dans le bureau d'Eric Cesari [alors directeur général de l'UMP] en présence du directeur de campagne Guillaume Lambert, de Franck Attal de Bygmalion, et Fabienne Liadzé, la directrice financière de l'UMP". Du côté de Bygmalion, on situe la prise de décision en avril 2012, note le JDD. Faux, répondent Cesari et Lambert, qui "démentent catégoriquement" l'existence d'une telle réunion.

Selon le journal, Fabienne Liadzé est "la cheville ouvrière" du système. Elle aurait tenu, durant la campagne, une double comptabilité au sein de l'UMP pour savoir, meeting après meeting, quelle part imputer au compte de campagne de Nicolas Sarkozy, quelle part ventiler sur les finances de l'UMP. D'après le JDD, elle aurait reçu, jusqu'en avril, les factures réelles d'Event & Cie. A partir de ce moment-là, ces factures auraient été détruites et remplacées par de nouvelles, minorées, avant que le solde ne soit réglé via les conventions fictives. Fabienne Liadzé a refusé de commenter ces accusations.

Quant à Eric Cesari, ex-directeur général de l'UMP, il dément "avoir signé un quelconque engagement de dépenses dans le cadre de la campagne de Nicolas Sarkozy". Mais selon Libération, sa signature figure à la fois au bas des devis des conventions fictives de l'UMP et au bas des fausses factures des meetings de campagne, accompagnée d'un "bon pour accord". Le journal estime donc qu'il a "validé" tout le système de fausse facturation.

Où est allé l'argent ?

L'explosion des comptes de campagne cache-t-elle une autre fraude ? C'est ce que suggèrent certains sarkozystes, qui tiquent à la vue des sommes dévoilées dans la presse. "J'ai assisté à des meetings en 2012, rien ne justifie ces coûts", juge un fidèle sarkozyste dans Libération. Selon le quotidien, beaucoup soupçonnent "la trace de rétrocommissions versées à Copé et ses amis pour constituer un éventuel trésor de guerre". "Il faudra vérifier les marges des fournisseurs, tout le monde s'est goinfré", assure-t-on au JDD dans l'entourage de l'ancien président.

Dès le début de l'affaire, cette hypothèse a été balayée par l'avocat de Bygmalion, Patrick Maisonneuve. "Bygmalion n'a pas financé monsieur Copé", assure le conseil, qui affirme qu'il n'y a eu dans cette affaire "ni surfacturation, ni rétrocommission, ni enrichissement personnel". Dans ses aveux télévisuels, Jérôme Lavrilleux va dans le même sens. Il assure que Jean-François Copé n'était pas au courant du système de double comptabilité.

Et Nicolas Sarkozy, il savait ou pas ?

Fidèle lieutenant de Nicolas Sarkozy, Brice Hortefeux assure, sur RTL, que l'ancien président a été "très mécontent de voir son nom associé" à l'affaire. "Il n'était pas au courant, il est tombé de l'armoire !" affirme son entourage au Parisien. "Sarko, il n'a jamais su, confirme un de ses amis, qui décrit un président très éloigné des préoccupations budgétaires. Il disait : 'Il faut d'autres meetings'. Et tout le monde disait : 'Oui, monsieur le président.' Personne n'a jamais eu les c... de lui dire 'non' !"

Sauf qu'un SMS nuance quelque peu cette version. Dans un courrier adressé au parquet et dévoilé par Le Figaro (article payant), le directeur de campagne, Guillaume Lambert, affirme que Jérôme Lavrilleux a évoqué la dérive des dépenses tard dans la campagne, dans un texto daté du 28 avril à 12h19 : "Jean-François [Copé] ne vient pas à Clermont, il y est allé la semaine dernière. Louer et équiper la deuxième halle est une question de coût. Nous n'avons plus d'argent. JFC en a parlé au [président de la République]." En lui-même, ce message ne permet pas de savoir si Nicolas Sarkozy était au fait du système présumé frauduleux pour maquiller le dépassement de ses frais de campagne. Mais il semblait au moins au courant de l'envolée des dépenses.

L'affaire Bygmalion ne concerne-t-elle que l'UMP ?

Non, le nom de Bygmalion revient également dans d'autres affaires. La police judiciaire de Nice (Alpes-Maritimes) enquête sur l'attribution suspecte de marchés publics à Menton, qui impliquerait l'entreprise et une autre société, Com1+. La justice s'intéresse aussi à cinq contrats litigieux passés de 2009 à 2012 entre la commune de Saint-Maur-des-Fossés (Val-de-Marne) et Idéepole, une filiale de Bygmalion. 

France Télévisions est également concernée : son ancien président, Patrick de Carolis, a été mis en examen pour "favoritisme" dans le cadre d'une enquête sur des contrats entre le groupe audiovisuel et Bygmalion. A partir de 2008 ont été signés des contrats avec l'entreprise pour des prestations de veille internet, courriers aux téléspectateurs ou stratégies de communication. Et cela alors que Bastien Millot, fondateur de Bygmalion, avait auparavant occupé la fonction de directeur délégué chargé de la stratégie à France Télévisions.

J'ai eu la flemme de lire l'article en entier et j'ai scrollé vers le bas. Vous me faites un résumé ?

Bygmalion, une société de communication créée par deux proches de Jean-François Copé, aurait facturé des conventions fictives à l'UMP en 2012. Selon l'avocat de la société, les montants acquittés par le parti correspondaient en réalité à des meetings de Nicolas Sarkozy. 

Un système mis en place pour répondre à l'explosion des coûts de la campagne du président sortant : 39 millions d'euros au lieu des 22,5 autorisés par la loi, selon Mediapart et Libération. Officiellement, Jean-François Copé et Nicolas Sarkozy n'ont pas été mis au courant de ce système de fausses factures, mais un texto dévoilé par l'ancien directeur de campagne de Sarkozy indique que les deux hommes avaient eu vent de l'envolée des dépenses.

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