Comment l'affaire Bygmalion a relancé la guerre des clans à l'UMP

Jean-François Copé, alors secrétaire général de l\'UMP, et François Fillon, Premier ministre de l\'époque, le 25 avril 2012 à Cernay (Haut-Rhin).
Jean-François Copé, alors secrétaire général de l'UMP, et François Fillon, Premier ministre de l'époque, le 25 avril 2012 à Cernay (Haut-Rhin). (ERIC FEFERBERG / AFP)

Fillonistes et sarkozystes profitent de la démission de Jean-François Copé pour placer leurs pions dans la conquête relancée de l'UMP.

C'est une ambiance à la OK Corral qui attendait les participants au bureau politique de l'UMP, mardi 27 mai, à l'Assemblée. Au lendemain de la défaite aux européennes, Jean-François Copé a été poussé à démissionner de la présidence du parti, avant tout pour son implication présumée dans l'affaire Bygmalion. Ce dossier hautement sensible a fait ressurgir les fractures et les ambitions existant au sein du parti, chaque clan adoptant une attitude différente, entre charges violentes, prise de distance et silence gêné.

Les fillonistes à l'abordage

Ils recherchaient ce moment depuis le 19 novembre 2012, jour de l'élection de Jean-François Copé à la présidence de l'UMP. Les partisans de François Fillon, principal rival du patron du parti, ont tiré à vue sur la direction dès que les révélations sur l'affaire Bygmalion se sont accélérées, lundi 26 mai dans l'après-midi. Principal détonateur de l'affaire, Pierre Lellouche, député filloniste, a demandé à être auditionné par les enquêteurs pour dénoncer une "usurpation d'identité", son nom ayant été utilisé pour justifier des factures présumées fausses, selon ses affirmations.

Quelques heures plus tard, Patrick Devedjian lâchait le mot "démission" en abordant l'avenir de la direction de l'UMP. Laurent Wauquiez, puis Bernard Debré et Eric Ciotti, ont directement mis en cause la défense de Jean-François Copé, qui a assuré ne pas être au courant des dérives financières de la campagne présidentielle de 2012.

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C'est finalement François Fillon lui-même qui mené la charge fatale, lors du bureau politique convoqué mardi matin. Questionnant directement Jean-François Copé sur la responsabilité de "ce gâchis", l'ancien Premier ministre a exhorté son rival à "se mettre en réserve".  Une revanche pour le vaincu de l'élection de novembre 2012, qui a dénoncé au passage le fait que l'accord d'une direction partagée entre les deux camps "n’a jamais eu la moindre réalité". Désormais impliqué dans la gouvernance intérimaire de l'UMP avec Alain Juppé et Jean-Pierre Raffarin, François Fillon a surtout obtenu le droit de retenter sa chance en octobre prochain pour prendre seul, la tête d'un parti à recomposer.

Les copéistes entre silence et abandon du navire

Depuis que les révélations sur l'affaire Bygmalion se sont accélérées, difficile de trouver une réaction d'un proche soutien de Jean-François Copé. D'abord parce que certains sont directement impliqués, à l'image de Jérôme Lavrilleux qui a confessé une comptabilité truquée, ou encore de Michèle Tabarot, présidente de l'Association nationale pour la démocratie locale, structure liée à l'UMP, perquisitionnée par les enquêteurs lundi soir.

Parmi ceux qui se pressaient sur la tribune pour célébrer la victoire de Jean-François Copé le 19 novembre 2012, on a parfois chercher à minimiser les conséquences de l'affaire Bygmalion. "N'ajoutons pas une crise à la crise" a demandé un Jean-Claude Gaudin avant tout désolé par les mauvais résultats des européennes dans La Provence.

D'autres, plus rares, ont décidé d'assumer la crise et de faire face, à l'image de Luc Chatel, soutien indéfectible de Jean-François Copé : "Il fallait regarder la vérité en face. L'UMP était en danger. (...) J'ai eu peur pour notre survie."

D'autres enfin ont vu une opportunité à saisir dans ce remue-ménage général. Guillaume Peltier, ancien soutien très actif de Jean-François Copé, a lâché en direct le président démissionnaire. Et en profite pour laisser entendre qu'il compte présenter une motion au prochain congrès du mois d'octobre, avec son mouvement La Droite forte, codirigé avec Geoffroy Didier.

Les sarkozystes défendent leur chef

C'est en rentrant d'un voyage en Israël, où se produisait son épouse Carla, que Nicolas Sarkozy a pris connaissance de l'accélération de l'affaire Bygmalion. Et d'après Brice Hortefeux, l'ex-président était "mécontent" de voir son nom et sa campagne 2012 entachés par des soupçons de favoritisme, de fausses factures et de possibles détournements de fonds. 

L'ancien ministre de l'Intérieur n'a pas particulièrement épargné Jean-François Copé, demandant "que la justice fasse son travail". Il a en revanche souligné le fait que Nicolas Sarkozy avait été dédouané par le directeur adjoint de la campagne présidentielle : "Je retiens de ce qu'a dit Jérôme Lavrilleux - ce qu'il a dit avec beaucoup d'émotion mais aucune ambiguïté -, c'est qu'il n'avait jamais informé Nicolas Sarkozy de ces sujets."

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Même réaction indignée d'Henri Guaino, l'ancienne plume de l'ex-président, excédé par la question de savoir si Nicolas Sarkozy était au courant du trucage des comptes de campagne : "Au courant de quoi ?, s'est interrogé le député UMP sur France InfoQu'est-ce que vous voulez que j'aie à faire dans des questions de financement de campagne ? Et d'ailleurs, je pense que Nicolas Sarkozy lui-même... Moi, je ne l'ai pas vu consacrer un instant à ces questions pendant le temps de la campagne présidentielle."

Nadine Morano a, elle, eu une pensée pour Jean-François Copé au moment de commenter la démission du président du parti :"Il s'est comporté en président responsable pour protéger sa famille politique, a déclaré à la presse celle qui l'a jusqu'ici soutenu bec et ongles. Il est touché, il se sent trahi par des proches."

FRANCE 2

Puis interrogée sur les conséquences politiques pour Nicolas Sarkozy, l'ancienne secrétaire d'Etat sarkozyste a balayé tout obstacle lié à l'affaire Bygmalion : "On voit bien que les trésoriers ont été très clairs concernant la campagne de Nicolas Sarkozy. Les trésoriers sont ceux qui signent les factures, je n'ai aucune pièce comptable devant les yeux. (...) Je ne pense pas que ça empêche le retour de Nicolas Sarkozy, s'il doit revenir." Un retour qui, après la démission de Jean-François Copé, pourrait être facilité par cette éviction d'un prétendant au poste de sauveur de la droite en 2017.

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