Affaire Bygmalion : comment Sarkozy dévie les coups

L\'ancien président de la République Nicolas Sarkozy, le 28 mai 2014, à Madrid (Espagne).
L'ancien président de la République Nicolas Sarkozy, le 28 mai 2014, à Madrid (Espagne). (PAUL WHITE / AP / SIPA)

En coulisses, l'ancien président est "très mécontent" des conséquences du scandale qui secoue l'UMP. Il a choisi de prendre ses distances tout en continuant à garder le silence.

C'est en revenant de Tel-Aviv (Israël), où son épouse Carla Bruni donnait un concert dimanche soir, que Nicolas Sarkozy a assisté, lundi 26 mai, aux déclarations de l'avocat de Bygmalion, puis à la confession de Jérôme Lavrilleux en direct sur BFMTV. Le nom de l'ancien président a été évoqué par le premier avant que le second ne le dédouane publiquement dans cette affaire de maquillage présumé des comptes du candidat UMP lors de la campagne présidentielle de 2012.

Face au tourbillon qui s'est emparé de son parti le lendemain, avec l'éviction de Jean-François Copé à la clé, l'ex-chef de l'Etat a dû adopter une stratégie silencieuse, et retenir sa colère, que détaille francetv info.

Il garde le silence

Mardi, pendant que le bureau politique de l'UMP tournait au règlement de comptes façon boucherie, Nicolas Sarkozy entamait un footing dans un parc de Madrid. A l'agenda de l'ex-président étaient prévues de longue date deux rencontres en grande pompe avec Mariano Rajoy, le Premier ministre espagnol, puis avec le roi d'Espagne Juan Carlos. Au cours de ces entrevues chaleureuses, l'ancien chef de l'Etat n'a à aucun moment évoqué l'affaire Bygmalion ou les bisbilles de l'UMP.

Le Premier ministre espagnol, Mariano Rajoy, et l\'ancien président français Nicolas Sarkozy, le 27 mai 2014 à Madrid (Espagne).
Le Premier ministre espagnol, Mariano Rajoy, et l'ancien président français Nicolas Sarkozy, le 27 mai 2014 à Madrid (Espagne). (POOL MONCLOA / AFP)

Il a, en fait, préféré cacher sa colère. Car, selon son fidèle lieutenant Brice Hortefeux, interrogé le matin même sur RTL, Nicolas Sarkozy est "très mécontent de voir son nom associé à cette curieuse actualité". Dans Le Parisien, un ami de l'ex-président va plus loin : "Il a envie de les tuer !" Fidèle à sa stratégie d'homme silencieux retiré du brouhaha politique, il a missionné ses proches pour réagir, et nier en bloc toute implication dans l'affaire Bygmalion.

Il prend de la distance

Pour déminer le terrain, c'est le trésorier de la campagne présidentielle de 2012 qui est en première ligne. Dès lundi soir, Philippe Briand a démenti les déclarations de l'avocat de Bygmalion mettant en cause l'ancien président : "Il n'a jamais été demandé d'imputer des dépenses sur le compte de l'UMP", assure-t-il.

Comme le relaie Le Figaro, le trésorier est intervenu lors du bureau politique de l'UMP, affirmant à ses collègues être sûr de la provenance des 21,3 millions d'euros dépensés pendant la campagne : "A aucun moment, je n'ai rencontré de fournisseur, ni donné de consignes. Mon rôle était d'assurer le suivi des dépenses engagées."

En clair, s'il y a eu des dépenses frauduleuses, elles sont imputables à celui dont c'était le rôle de les engager, l'ex-directeur de campagne adjoint, Jérôme Lavrilleux, pas à Philippe Briand et encore moins à Nicolas Sarkozy. Si ce n'est Jérôme Lavrilleux seul, alors il faut également chercher la faute chez Bygmalion, assure un collaborateur sarkozyste au Figaro : "Les éventuels agissements frauduleux de Bygmalion concernent Bygmalion. Nos meetings ont été dûment payés."

Comme les nombreux sarkozystes décidés à défendre leur chef, un proche du président écarte tout soupçon dans Le Parisien : "Sarko, il n'a jamais su ! Il disait : 'il faut d'autres meetings'. Et tout le monde disait : 'oui monsieur le président'. Personne n'a jamais eu les c... de lui dire non ! A aucun moment, on ne l'a alerté. On savait que Bygmalion abusait. Ses conseillers l'ont envoyé dans le mur, c'est encore lui qui va payer !" 

Il pense au coup suivant

L'affaire Bygmalion et l'organisation du congrès extraordinaire en octobre amènent la presse à s'interroger sur un possible retour de Nicolas Sarkozy dans la course politique dans ces conditions. Selon Libération, la figure du sauveur de l'ancien président en a pris un coup, les regards se tournant plutôt vers Alain Juppé, membre de la troïka transitoire, et qui laisse toujours planer un doute sur son engagement en 2017.

Les proches du président ont pourtant estimé, à l'image de Rachida Dati, que l'intervention de Nicolas Sarkozy était "inéluctable". Pour Christian Estrosi, secrétaire général de l'association Les Amis de Nicolas Sarkozy, même analyse : le retour, c'est maintenant.

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Selon Le Parisien, certains proches "n'excluent plus, pourquoi pas, qu'il postule à la tête de l'UMP lors du congrès d'octobre". 

L'affaire Bygmalion "n'est pas une bonne chose pour son image", comme le concède un proche cité dans Le Figaro. Alors que les choses semblent s'accélérer, Nicolas Sarkozy ne pourra pas dévier les coups à distance très longtemps.

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