A Rennes avec Ségolène Royal, François Hollande a "tapé" sur Nicolas Sarkozy et présenté son "agenda du changement"

François Hollande en meeting à Rennes, le 4 avril 2012
François Hollande en meeting à Rennes, le 4 avril 2012 (DAMIEN MEYER / AFP)

A la veille du dévoilement du projet chiffré de Nicolas Sarkozy, François Hollande a développé à Rennes, mercredi, son "agenda du changement". Il a aussi "tapé" sur son concurrent de l’UMP, et fait meeting commun avec Ségolène Royal. Tout un symbole.

A la veille du dévoilement du projet chiffré de Nicolas Sarkozy, François Hollande a développé à Rennes, mercredi, son "agenda du changement". Il a aussi "tapé" sur son concurrent de l'UMP, et fait meeting commun avec Ségolène Royal. Tout un symbole.

- "La première année du changement"

François Hollande a fait un coup. Acculé par ses adversaires de gauche comme de droite mais toujours net vainqueur au second tour selon les sondages, le candidat socialiste a lancé, mercredi 4 avril, la dernière ligne droite de sa campagne.

Depuis l'entrée en campagne de Nicolas Sarkozy sur le rythme d'une proposition par jour, François Hollande et son équipe semblaient parfois confinés à répondre au président-candidat. La bataille de l'espace médiatique.

Mais à la veille de connaître le programme chiffré du "candidat-sortant", François Hollande a tenté de reprendre la main. Mercredi 4 avril au matin, surprise en ligne sur le site du candidat : "l'agenda du changement". Décidée afin de dicter leur propre agenda, la révélation détaillée -dans la continuité du travail préparatoire effectué par Laurent Fabius- du planning des réformes à venir est un coup à même de court-circuiter les plans de Nicolas Sarkozy.

Et c'est devant plus de 15 000 personnes rassemblées dans le hall 9 du Parc des expositions de Rennes, mercredi soir, que François Hollande a donc exposé "la première année" du changement au cours de son plus long discours de campagne depuis le Bourget. Un programme élaboré en trois étapes : immédiate après-élection (6 mai-29 juin), session extraordinaire du Parlement (3 juillet-2 août) et les dix mois suivants (août 2012-juin 2013)

"Quand il y a urgence, les pouvoirs publics doivent prendre des mesures tout de suite. Nous devons être prêts dès la première heure du mandat pour agir", a lancé au public breton un François Hollande à la recherche de la dynamique finale. "Le changement commencera tout de suite. Nous sommes prêts", a-t-il répété la voix grave.

- Ségolène Royal « passe le flambeau »

Si le coup médiatique est réussi, c'est parce qu'il aura relayé au second plan le romanesque de la situation du meeting rennais. Initialement prévu le 20 mars mais repoussé pour cause de suspension de la campagne suite aux tueries de Mohamed Merah, ce "grand rassemblement" de Rennes devait principalement marquer les retrouvailles entre Ségolène Royal et François Hollande.

Interrogé dans le TGV à ce sujet, Manuel Valls, directeur de la communication du candidat, a cherché à minimiser la portée de ce premier meeting commun depuis 2007 entre François Hollande et celle qui fut sa compagne ainsi que candidate socialiste à la précédente élection présidentielle. "Je fais de la politique, pas du romanesque, a lâché le maire d'Evry dans le wagon-bar, non loin de Valérie Trierweiler, la nouvelle compagne du député de Corrèze. Les Français attendent des responsables politiques des réponses concrètes."

Mais au-delà de la portée symbolique d'un tel meeting, l'ensemble des ténors socialistes a tenu à rendre hommage à Ségolène Royal, accompagnée à Rennes de son fidèle Guillaume Garot, député du Mans, pour son implication dans la campagne.

"Je suis l'ancienne candidate, je viens passer le flambeau à celui qui peut l'emporter. Lorsque les socialistes sont unis, ils gagnent", a-t-elle déclaré à son arrivée au Parc des expositions, accueillie par une nuée de plumitifs avant de monter sur scène pour une intervention d'une demi-heure.

Sur scène, tailleur bleu électrique et jupe noire, Ségolène Royal a été chaleureusement applaudie par les sympathisants qu'elle a galvanisé avant le discours du candidat. "Le peuple sera au coeur de tout et en avant de tout. La cause que les socialistes défendent est plus grande que nous, a-t-elle clamé avant de mettre l'accent à gauche. "Un autre modèle est possible. Le vote, c'est le moment où la voix d'une caissière vaut celle d'un patron du CAC40."

Après avoir parlé aux abstentionnistes, aux jeunes, aux femmes et aux banlieues, la présidente de la région Poitou-Charentes a brièvement laissé la place à Aurélie Filippetti, maitresse de cérémonie, pour introduire François Hollande. Puis, pour afficher l'unité vantée, Ségolène Royal est remontée sur scène rejoindre le père de ses enfants. Ensemble, ils ont salué la foule un bref instant. Puis elle est repartie sans embrassade.

Ségolène Royal faisait la première partie du meeting de François Hollande à Rennes.
Ségolène Royal faisait la première partie du meeting de François Hollande à Rennes. (DAMIEN MEYER / AFP)

- Quand Hollande tape sur Sarkozy

Après avoir coupé l'herbe sous le pied de Nicolas Sarkozy et affiché une image d'unité, les socialistes ont bien décidé de "taper" sur leur adversaire. "On est dans la confrontation directe et personnelle dans l'optique du deuxième tour, expliquait un proche de François Hollande après le meeting. L'UMP ne nous attendait pas sur ce terrain là."

Car s'il a démenti avoir dit "on va taper Sarkozy", François Hollande a bel et bien été offensif envers ce "candidat-sortant" qui "fanfaronne, plastronne, claironne".

Puisque "l'élection est le moment de rendre des comptes", le député de Corrèze a présenté le bilan de son adversaire et raillé l'annonce, jeudi, de son programme électoral chiffré à seulement 17 jours du premier tour.

"Son projet, je le connais, a-t-il dit sur un ton offensif. Son projet, c'est son bilan en pire. Son projet, c'est le démantèlement du droit du travail. Son projet c'est l'austérité. Ses projets cachés : l'attaque contre les collectivités territoriales, contre les syndicats. Comment le candidat du peuple peut-il être à ce point soutenu par le patronat et le MEDEF ?"

Et puis le candidat socialiste a tenté de gauchiser son discours à travers quelques remarques teintées d'airs de Jean-Luc Mélenchon. "Ce quinquennat marque l'échec d'un système, a-t-il dit sous les applaudissements. L'échec du libéralisme et de la finance folle."

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